"J'étais loin d'être le premier architecte de mon temps à avoir fait des meubles, mais ma manière de les concevoir s'apparentait à mon architecture."
Fils d’un cordonnier gantois, Victor Horta se révèle mauvais élève et se fait renvoyer de plusieurs écoles. A douze ans, ses parents l’envoient à Paris pour suivre un apprentissage auprès du décorateur d'intérieur, Jules Dubuysson. Sur place, il découvre les principaux courants picturaux (l’impressionnisme, le pointillisme…), l’architecture classique, ainsi que les nouveaux matériaux de construction (notamment l’acier et le verre). A la mort de son père, en 1880, le jeune homme décide de revenir à Gand, et entame des études académiques aux Beaux-arts (poursuivies à Bruxelles). La même année, il commence à assister Alphonse Ballat, l’architecte du roi Léopold. Il a l’occasion de participer à la construction des Serres royales de Laeken. Très vite, il décide de s’éloigner des théories jusqu’alors apprises et se penche sur les celles de
Viollet-le-Duc .
Au début des années 1890, Victor Horta intègre la loge maçonnique bruxelloise des « Amis Philanthropiques ». Son initiation lui permet, très tôt, de rencontrer de nombreux intellectuels et de disposer d’une clientèle fortunée (essentiellement de jeunes bourgeois aux goûts raffinés, aux idées progressistes et souhaitant s’éloigner de l’historicisme ambiant). Les francs-maçons ne tardent pas à s’adresser à lui pour leurs villas de luxe.
Pour son ami, Emile Tassel, professeur de géométrie à l’Université de Bruxelles, Victor Horta conçoit le tout premier édifice Art nouveau (1892-1895). La façade joue sur les courbes et contre-courbes, intègre des fenêtres de tailles variables et exploite les possibilités du métal (pour des éléments tout aussi structurels qu'ornementaux). A l’intérieur, l’architecte déploie un faste remarquable : des vitraux aux motifs végétaux, des fresques, des mosaïques etc. Il parvient à structurer l’espace de manière particulièrement fluide (avec trois pièces en enfilade…), et à organiser de grandes perspectives lumineuses (grâce à un puit de lumière au centre de l’habitation et à une véranda côté jardin).
Entre 1916 et 1918, Victor Horta s’exile aux Etats-Unis et découvre les gratte-ciels. Il change alors d’orientation : il abandonne l’arabesque, s'essaie au béton, et donne un aspect beaucoup plus cubiste à ses constructions. A son retour en Belgique, il se lance dans de grandes réalisations – l'hôpital Brugmann, le musée des beaux-arts de Tournai... – et s'acharne contre son rival partisan du design industriel,
Henry van de Velde. De 1926 et 1928, il s'enthousiasme pour le « Municipal Development », un projet d'aménagement de grande envergure sensé toucher une zone du centre de Bruxelles – mais qui ne voit pas le jour à cause de la faillite des promoteurs anglais – et se lance dans la construction de la gare Centrale (terminée par Brunfaut). En 1932, il obtient le titre de baron par le roi Albert Ier, et, à partir de 1939, se consacre à ses mémoires.