Est beau ce qui procède d'une nécessité intérieure de l'âme. Est beau ce qui est beau intérieurement. ”
La révélation
Vassili Kandinsky est, aux côtés de
Piet Mondrian ou
Kasimir Malevitch, l’un des premiers peintres et théoriciens de la peinture abstraite. Né en 1866 à Moscou dans une famille cultivée, il suit des études de droit et d'économie, tout en s’intéressant tant à la musique qu’à la peinture et aux arts traditionnels russes.
Ça n'est qu'à l'approche de la trentaine que Kandinsky connaît la puissante révélation de l'art moderne, en 1895, en découvrant dans une exposition à Moscou les
toiles impressionnistes de
Monet. Le jeune homme décide alors de se consacrer à la peinture, et l'année suivante s’établit à Munich, important centre artistique de l’époque. Il y fonde le groupe Phalanx, actif dans les premières années du XXe siècle.
De l'ancienne Russie à l'abstraction
Les premières œuvres de Kandinsky montrent la Russie ancienne hérissée de tours à bulbes et peuplée de cavaliers, et relèvent plastiquement du
pointillisme de Seurat, tout en étant teintées de symbolisme. Installé à Paris en 1906 avec sa compagne
Gabriele Münter, l'artiste entre en contact avec la peinture fauve : ses toiles se teintent alors de couleurs pures.
En 1910, de retour en Bavière, l’artiste rédige le célèbre
Du Spirituel dans l’art, où il analyse la résonance spirituelle de la peinture et insiste sur la nécessité de s’affranchir de la nature. Kandinsky exécute à la même période sa première aquarelle abstraite, puis va peindre des
Impressions,
Improvisations et
Compositions d’inspiration musicale, spirituelle et cosmique.
En 1911, il fonde avec
Franz Marc le groupe
Die Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu), qui organise des expositions pour diffuser les œuvres d'artistes réunis par l'idée de spiritualité en art. Est publié l'
Almanach der Blaue Reiter, qui compile textes et illustrations d'artistes et de musiciens partageant ces affinités.
Les années russes et le Bauhaus : de l'abstraction lyrique à l'abstraction géométrique
En 1914, Kandinsky est forcé de rentrer à Moscou. Les années de guerre sont pour l'artiste synonymes de difficulés matérielles et morales. À la suite de la révolution bolchévique, il intègre les instances culturelles officielles de la Russie communiste, mais en 1921, quitte le pays avec son épouse Nina, pour accepter d’enseigner au Bauhaus de Weimar.
Au contact des théories du Bauhaus dirigé par
Walter Gropius, la peinture de Kandinsky s'oriente alors nettement vers l'abstraction géométrique. L'artiste publie en 1926
Point, ligne, plan où il expose sa théorie et sa pédagogie de l'art.
Les dernières années parisiennes
En 1933, les œuvres de Kandinsky sont condamnées par le régime nazi : l’artiste et son épouse s'exilent en France, à Neuilly-sur-Seine, où il mourra en 1944 après avoir obtenu la nationalité française. Ses dernières toiles d'une grande gaieté, inspirées par
Miro, explorent une abstraction biomorphique foisonnante, qui évoque une atmosphère irréelle peuplée d’êtres microscopiques.
Quelques œuvres majeures :
- Sans Titre (première aquarelle abstraite, 1910, Paris, musée national d’Art moderne) (Illus.)
- L’Almanach du Cavalier Bleu (1911)
- Lyrique (1911, Rotterdam, musée Boymans-Van Beuningen)
- Improvisation 19 (1911, Munich, Stadtische Galerie)
- Tableau à l’arc noir (1912, Paris, musée national d’Art moderne)
- Moscou I (1916, Moscou, Galerie Tretiakov)
- Composition VIII (1923, New York, Guggenheim Museum)
- Jaune, rouge, bleu (1925, Paris, musée national d’Art moderne) (Illus.)
- Quelques Cercles (1926, New York, Guggenheim Museum)
- Ensemble multicolore (1938, Paris, musée national d’Art moderne)
- Bleu ciel (1940, Paris, musée national d’Art moderne) (Illus.)