"S’il n’y a volonté de ne pas célébrer ni déplorer le monde, il n’est néanmoins pas question de neutralité au sens d’une évidence de la composition, de cadrage."
Exposé pour la première fois en 1994 à la galerie Polaris (Paris), Stéphane Couturier est immédiatement remarqué avec ses clichés relevant de l’ « archéologie urbaine » (titre de sa première série). Dans la lignée de Charles Scheeler, des
Becher, de
Thomas Struth,
Beat Streuli (…), le photographe s’attache aux développements urbains et aux métamorphoses des bâtiments depuis le dix-neuvième siècle. Son objectif : « questionner la perception que nous avons de la ville et de ses différents territoires qui ne sont le plus souvent que segmentation de l'espace et télescopage des formes ». Particulièrement séduisante dans notre société post-moderne (constamment mue), cette orientation ne tarde pas à lui amener rapidement des propositions d’expositions aux Etats-Unis ainsi qu’en Europe, ainsi qu’une large clientèle (publique – les fonds et musées français possèdent de nombreuses œuvres - et privée).
Réalisé à la chambre, l’oeuvre de Stéphane Couturier – entre documentaire et plasticité (indéniablement, il relève plus de cette dernière) - met en avant des chantiers, des façades d’immeubles, des coins plus ou moins abandonnés des urbanistes… Avec élégance, le photographe réussit à mettre nu les « tripes de la ville » ; que ce soit celles de Berlin, Dresde, Paris… ou plus récemment La Havane (série largement présentée lors des foires en 2006). Au début, il se concentre sur les centres-villes, puis, à la fin des années 1990, se penche sur extensions des mégalopoles. Pour sa série « Monuments » (1997-2000), il s’attaque aux tours d’habitation de Séoul et Moscou, dans « Lanscaping » (2001-) à Tijuana et San Diego…
Le photographe français aborde sa pratique comme un peintre le fait avec ses toiles. Le grand format et l’écrasement de la perspective des ses compositions contribuent généralement à procurer cette impression. Jamais, le regardeur n’est confronté à un espace banal ; il est toujours face à un lieu peuplé d’éléments aussi divers qu’inhabituels dans le quotidien de monsieur tout le monde. Ici et là, il découvre des échafaudages, des bulldozers, des façades sans bâtiments derrière, des structures métalliques de chantiers, des vues d’usines très colorées (les chaînes de Renault sur l’Ile Seguin en 1993, les baies vitrées de la chocolaterie Menier à Noisiel en 1994, Maec à Cahors en 1996 …). Le sujet est composé d’une multitude de matières et couleurs
Stéphane Couturier a reçu de nombreuses subventions et commandes publiques (centre national des Arts plastiques en 1996, la bourse de la Ville de Paris sur les parcs et jardins en 1998, puis pour un travail sur la ville de Moscou l’année suivante…). En 2003, il se voit remettre le Prix Niepce.