"Ce que nous créons est statique dans sa substance matérielle. Il est donc un contrepoint à la nature."
Après des études à l’Université Cornell (1952) et un voyage en Europe – lors duquel il rencontre son maître spirituel,
Le Corbusier – Richard Alan Meier exerce durant quelques années chez Skidmore, Owings & Merill (1960), puis chez Marcel Breuer (1960-1963), l’un des chefs de file du Style international. Féru d’art contemporain, le jeune architecte prend l’habitude de participer à des projets d’artistes ; à partir de 1959, il entreprend une étroite collaboration avec
Frank Stella, en 1963, aide
Barnett Newman à finaliser une maquette de synagogue...
En 1963, Richard Meier fonde son agence à New York et se spécialise dans la conception de villas aux façades blanches, évoquant celles des années 1920 et 1930. L’environnement lui apparaît devoir déterminer la forme de la maison ; c’est à partir de lui, que doivent se dégager les axes et points de fuite. Les formes géométriques de l’habitat sont particulièrement soignées (aussi pures que celles précédemment formulées par
Le Corbusier) et l’intérieur est toujours confortablement aménagé (le fonctionnalisme européen n’est ici pas de mise). En 1969, ses premiers projets sont montrés au MoMA en présence de ceux des quatre autres membres de « The New York Five » :
Peter Eisenman, Michael Graves, Charles Gwathmey et John Hejduk.
Dès 1973, Richard Meier se lance dans la construction d’édifices cultuels, qu’il n’hésite pas à considérer comme des « œuvres d’art » à part entière. Bâti au sommet d’une butte, son premier grand édifice, l’Atheneum de New Harmony (Indiana), ressemble à un navire (balustrade de paquebot, accès par une passerelle…) placé sur pilotis. Quelques années plus tard, il dessine les plans du High Museum of Art d’Atlanta : un édifice inscrit dans la continuité de pensée du Guggenheim new-yorkais, et qui se veut une réponse aux principaux problèmes rencontrés par
Frank Lloyd Wright (gestion de la lumière, des angles de vue…).
A la partir de la fin des années 1970, Richard Meier participe à plusieurs concours en Europe. Il remporte notamment la construction du musée des arts décoratifs de Franckfort sur Main (duquel se dégage une sensation de liberté ordonnancée), et celle du musée d’art contemporain de Barcelone.
Richard Meier n’a que peu construit en France. En 1989, son projet pour la bibliothèque nationale n'est pas adopté, au profit de celui de
Dominique Perrault. Beaucoup moins spectaculaire que l'ensemble des quatre tours retenu, son programme s’ancre davantage dans la tradition de l’architecture classique (la bibliothèque nationale d'Henri Labrouste…) : un long bâtiment sur six niveaux devait accueillir les réserves et une immense salle de lecture. Son vaste plan d’urbanisme pour Aix-en-Provence « Sextus-Mirabeau » (1990) est également resté au fond des cartons. Celui-ci intégrait des installations culturelles, commerciales et habitables, un palais des congrès, un gare, une salle de jeux… Seul le siège de Canal + (1988-1992, Paris) est réalisé : un étroit bâtiment recouvert de gros carreaux blancs, d’apparence fort moderne, glissé dans un environnement peu reluquant.