Le noir, c’est, d’un côté, l’extrême, le sombre, il n’y a pas plus sombre que le noir, et, à côté de cela, une couleur lumineuse. Le rapport de ces deux possibilités a fait que je me suis orienté vers cette manière de peindre.
Tôt passionné par l’art roman, qu’il découvre à l’abbatiale de Conques, et par la préhistoire, dont plusieurs sites marquent le paysage de sa région natale, Pierre Soulages décide très tôt de devenir peintre. Dès 1947, les toiles qu’il présente à sa première exposition au Salon des Surindépendants annoncent son œuvre ultérieur : abstraites et sombres, elles ont la rigueur d’une peinture minimale où le noir domine.
Peintes parfois au brou de noix, les toiles noir et blanc de Soulages marquent le paysage artistique d’après-guerre par leur originialité, et rencontrent rapidement un succès international. Son style ira en s’épurant. Travaillant d’abord le contraste, Soulages va, à partir de 1979, explorer quasi exclusivement ce qu’il nomme lui-même l’ « outrenoir », ou le « noir-lumière », obtenu grâce à la réflexion de la lumière par les différents états de surface du noir : il brosse horizontalement ses toiles d’un noir épais, saturé, soyeux, aux reflets multiples.
Des peintures noires de Pierre Soulages surgit mystérieusement la lumière, et la mystique de cet état de grâce de la peinture provient peut-être de l’esthétique romane, qui permet la communion directe avec Dieu, et qui marqua tant l’artiste dans son enfance, à Conques (par un retour sur sa propre révélation à l’art, il réalise de 1987 à 1994 les vitraux de l’abbatiale). L’influence de l’art et de la calligraphie chinois est également très présente, par le mélange antinomique de précision et de hasard dans le trait de l’artiste, dont témoignent de manière exemplaire ses gravures.
Pierre Soulages a aujourd’hui 87 ans. Il vit et travaille à Sète.
Quelques œuvres majeures :- Peinture 195 x 130 cm, 20 novembre 1956 (New York, Guggenheim Museum)
- Peinture 220 x 366 cm, 14 mai 1968 (Paris, musée national d’Art moderne)
- Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979 (Paris, musée national d’Art moderne)
- Polyptyque C (1985, Paris, musée national d’Art moderne)
- Vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques (1987-1994)