Construire un stade est pour moi la même chose que bâtir une cathédrale. ”
Après des études d’architecture dans les célèbres universités de Columbia (New York) et Cambridge (Angleterre), Peter Eisenman travaille, durant deux ans, dans l’agence initiée par
Walter Gropius (The Architects Collaboration). En 1967, il fonde à New York, l’Institute for Architecture and Urban Studies, qu’il dirige jusqu’en 1982.
A l’occasion d’un symposium d’architecture, le Museum of Modern Art de New York consacre, en 1969, une exposition à cinq jeunes architectes encore méconnus que la presse ne tarde pas à surnommer les « New York Five » : Peter Eisenman, Michael Graves, Charles Gwathmey, John Hejduk et
Richard Meier. Chacun de leur côté, les Cinq bâtissent des maisons aux façades blanches (« The Whites »), ont en goût un commun pour la manipulation des formes traditionnelles et s’expriment via des jeux de pleins et de creux, d’ombres et de lumière. A sa manière, Peter Eisenman conçoit, de 1967 à 1972, quatre villas à partir de formes cubiques, agencées via des rotations, translations…
Figure majeure de la déconstruction architecturale, Peter Eisenman estime que l’homme post-moderne évolue dans un univers fragmenté et incertain. Selon lui, plus rien ne justifie de placer l’humain au centre des conceptions architecturales, de conserver les idéaux classiques prônant l’unité, la hiérarchie, l’ordonnancement des éléments… L’heure est venue de procéder à une « décomposition » architecturale, de déstabiliser les modèles en place. Dans les années 1980, l’architecte a l’occasion de participer, avec le philosophe français
Jacques Derrida, au concours pour l’aménagement du parc de La Villette. Tous deux imaginent le projet Chora L Works (qui ne verra jamais le jour), un espace inspiré du concept platonicien de chôra.
En 2005, Peter Eisenman inaugure un mémorial de l’Holocauste à Berlin, une vaste place de dix-neuf mille mètres carrés, ponctuée, d’après un plan en damier, de plus de deux mille sept cents stèles en béton, de hauteurs variables. A première vue incompréhensible, cet inhabituel champ de mémoire pénétrable intrigue puis réussit à progressivement s’intègrer dans le quotidien des habitants du quartier.
Peter Eisenman a fait partie du personnel enseignant de l'Université de Cambridge, des universités Princeton, Harvard et Yale, ainsi que de l'Ohio State University. Actuellement, il est professeur titulaire de la chaire d'Architecture Irwin S. Chanin à la Cooper Union (New York) et professeur invité à l’Université de Princeton. Il s'est également illustré comme rédacteur en chef de la revue
Oppositions et comme directeur de publication de la collection « Oppositions Books ».