La nécessité est la seule maîtresse de l’art. ”
Après de longues études commencées, en 1857, à l’institut polytechnique de Vienne, poursuivies à l’académie royale de la construction de Berlin (où il découvre l’œuvre de Schinkel) et achevées aux Beaux arts viennois, Otto Koloman Wagner réalise ses premières constructions (des immeubles locatifs, banques et résidences citadines) dans le style classique. Esthétiquement proches des édifices de type palladien, la Länderbank (1882-1884) et la première villa Wagner (1886-1888) font la part belle au vocabulaire antique : pilastres, colonnes, pergolas…
A partir de 1890, Otto Wagner se voit confier la gestion urbaine de Vienne, s’écarte du style historicisant et met au point une esthétique technique ouvrant les perspectives du fonctionnalisme au vingtième siècle. Son bureau d’études – qui emploie Joseph Maria Olbrich et
Joseph Hoffmann – réalise trente stations pour le nouveau métropolitain (celles-ci sont ornées de motifs de tournesols stylisés) ainsi que des ponts et écluses sur le Danube. Tout à la fois modernes et esthétiques, ses aménagements séduisent et lui valent d’être promu directeur de l’Académie d’architecture de Vienne (1894).
En 1896, Otto Wagner publie son manifeste
Moderne Architektur pour les étudiants de l’Académie des beaux-arts. Il y développe ses conceptions des matériaux et explique notamment les raisons de son attirance pour le fer. Le 3 avril 1897, il co-fonde avec une poignée d’architectes et de peintres (dont
Gustav Klimt) partageant sa sensibilité, l’Union des artistes figuratifs ; un mouvement qui ne tarde pas à donner naissance à la Sezessionstil (« Sécession viennoise »). L’année suivante, il se lance dans la construction de deux immeubles d’habitation de la Wienzeile. Rompant avec les conventions en place, il orne les façades d’entrelacs de motifs floraux, et sur l’un d’eux, ajoute, au niveau du dernier étage, des gerbes à motif de palmes dorées ainsi que des plumes de paon.
Construit en deux phases (de 1904 à 1907, puis de 1910 à 1912), la Caisse d’Epargne de la poste apparaît comme le joyau le plus significatif de la carrière de Wagner. Le bâtiment est bâti en béton armé, revêtu d’un parement en marbre (fixées par des boulons apparents en aluminium) et couronné d’une balustrade et de Victoires symbolistes. L’intérieur est baigné de lumière et particulièrement soigné : la salle des guichets est parsemée de bouches de chauffage futuristes, le bureau du directeur présente des chaises bergères, un bureau aux pieds flûtés…
A la même époque, Otto Wagner conçoit la Steinhofkirche (le lieu de culte d’un sanatorium réservé aux malades mentaux, réalisé de manière très sobre, avec des matériaux très précieux et des mosaïques), divers plans pour des musées (non concrétisés), sa seconde villa (une bâtisse, à la façade crépie de blanc et recouverte de motifs géométriques)…