L'artiste vient à la vie pour un accomplissement qui est mystérieux. Il est un accident. Rien ne l'attend dans le monde social.
Odilon Redon développe au long de sa carrière un art intensément personnel, qui reste incompris jusqu’en 1890. Originaire d’une famille de la bourgeoisie bordelaise, il fait en 1863 une rencontre décisive, celle du graveur Rodolphe Bresdin, qui l’initie à la gravure et à la lithographie, et l’oriente vers un art libre, héritier du romantisme, exprimant la vision subjective et onirique de l’artiste.
Avec la guerre de 1870, Redon ressent une « évolution de sa propre conscience » : c’est le début de la période des
Noirs, ensemble de fusains et de lithographies exécutées jusqu’en 1895. Il traduit son angoisse dans des albums lithographiques :
Dans le Rêve (1879),
Origines (1883), et dans des séries :
La Tentation de saint Antoine (de 1888 à 1896) et
L’Apocalypse de saint Jean (1899), où se lit l’influence de
Goya et de l’infiniment petit. Odilon Redon porte son aventure spirituelle aux confins du conscient, et explore avec obsession plusieurs thèmes : la hantise des origines, l’anthropomorphisme, le vertige de l’infini. Ses œuvres provoquent un scandale, mais ont aussi aussi des fidèles, comme
Huysmans ou
Mallarmé.
Dans les années 1890, les
Noirs évoluent pour faire place à des œuvres plus intériorisées. A cette évolution répond l’usage nouveau du pastel et de la peinture, pour des portraits, des études de fleurs et des paysages. A partir de 1890, Redon tente la transposition colorée des thèmes des
Noirs (
Les Yeux clos, 1890), jusqu’à ce que la couleur triomphe définitivement en 1900, dans une variation colorée sur des thèmes mythologiques (
Le Char d’Apollon, 1905), ou religieux (
Bouddha, 1906).
L’œuvre synthétique et spiritualiste d’Odilon Redon aura une large influence sur l’art de
Gauguin et des Nabis.