Je ferai de l'art, de l'art en masse, en tout et partout. Je me gorgerai, je m'enivrerai de cette pure et sainte jouissance, de cette douce vie, si désirée, d'artiste.
Si la carrière de Maurice Denis dura plus d’un demi-siècle, l’artiste est surtout connu pour les œuvres produites au sein du groupe des Nabis qu’il fonda avec des amis de lycée, et qui dura moins de dix ans. Agé d’une quinzaine d’années, il rencontre
Pierre Bonnard,
Edouard Vuillard et
Paul Sérusier. Avec quelques autres, ils subissent les mêmes influences et décident rapidement de créer une sorte de confrérie. Le terme « nabi » signifie prophète en hébreu, et rappelle la mission qu’ils se sont donnée : guider l’art vers de nouvelles voies, plus spirituelles et authentiques. En 1890, âgé seulement de 20 ans, Denis rédige la « Définition du néo-traditionnisme », programme de leur art.
Surnommé « Nabi aux belles icônes » en raison de la simplification et de l’archaïsme de sa peinture, Denis s’inspire des Primitifs italiens (notamment de
Fra Angelico). Il privilégie les thèmes religieux et exalte la famille chrétienne, prenant souvent son épouse et sa famille pour modèles. Ces images intimes sont teintées d’un humour et de tendresse.
Parallèlement, le peintre exploite les thèmes symbolistes chers à son époque, et après une courte période divisionniste, adopte une peinture claire, sans modelé, animée de rythmes onduleux proches de la ligne Art Nouveau sensibles dans de grands panneaux décoratifs comme
Les Muses (1893).
Son admiration pour la Renaissance dépouille peu à peu sa peinture de ce caractère « 1900 ». A partir de 1898, Maurice Denis réalise de grandes compositions décoratives dans un style classique, entre autres le plafond du théâtre des Champs-Élysées, en 1912.
Après la Première Guerre mondiale, Denis, peintre profondément catholique, fonde les « Ateliers d’Art sacré », qui livrent de nombreuses décorations murales pour des églises. Il devient réellement un peintre-décorateur en exécutant des fresques pour des hôtels particuliers ou des bâtiments publics prestigieux tels que le Petit Palais, à Paris, ou le siège de la Société des Nations, à Genève.