Seule une communion intime avec la solitude permet à l’homme de se retrouver. ”
Après l’obtention de son diplôme d'ingénieur en 1923, le Mexicain Luis Barragán entreprend des voyages en Europe ; notamment en Espagne (où il est séduit par l’architecture mauresque) et en France. Sur place, il a l’occasion de visiter l’Exposition internationale des arts décoratifs (1925, Paris), de se lier d’amitié avec le poète et paysagiste Ferdinand Bac, d’assister aux conférences de
Le Corbusier (1931)…
A partir de 1936, Luis Barragán s’installe à Mexico et opère une synthèse entre l’architecture locale (celle des villages traditionnels mexicains, des maisons précolombiennes, des églises baroques…) et l’art européen (Art Déco,
Piet Mondrian,
Ludwig Mies van der Rohe…). Ses constructions – souvent entreprises avec des visées personnelles – tentent également de réunir l’architecture, l’art des jardins et la sculpture.
A la fin de la seconde guerre mondiale, Luis Barragán réalise ses premiers jardins méditatifs. Tout comme
Frank Lloyd Wright, il intègre avec brio les éléments naturels présents sur place aux siens (géométriques et minimaux) et s’essaie à « mettre en valeur le potentiel expressif et poétique de la terre ». Très simple, son jardin idéal est envisagé comme un refuge, un espace privé capable de « contenir rien moins que l’univers ». Il ne doit pas nécessiter un entretien trop important et doit être dénué de matériaux nocifs à l’environnement.
En 1944, l’architecte mexicain acquiert un immense désert de trois mille cinq cents kilomètres carrés, au pied du volcan Xitle (sud de Mexico) et rêve d’y bâtir un véritable paradis. Il exploite la lave grise comme matériau de construction et aménage progressivement des places, maisons, fontaines, escaliers tortueux… Très vite, son projet nommé « el Pedregal » prend de l’envergure ; en 1960, neuf cents habitations y sont implantées et le rêve d’Eden est perdu…
En 1947, Luis Barragán établit sa maison-atelier à Tacubaya, dans la banlieue de Mexico (classée en 2004 au patrimoine mondial de l'humanité). D’une superficie totale de 1161 m2, son logement est construit en béton, comprend trois niveaux ainsi qu’un petit jardin privatif. Régulièrement, il le repeint ; différentes photographies le montre successivement en rose, rouge, ocre, terre, bleu…
Tout au long de sa carrière, Luis Barragán découpe clairement ses espaces, joue avec la lumière, crépite et pigmente ses murs. Il résiste à, ce qui lui semble être l’un des grands travers de l’architecture contemporaine, celui de l’usage quasi-systématique du verre : « l’architecture qui n’éveille pas de sentiment de sécurité n’a pas rempli sa mission spirituelle ».
En 1980, Luis Barragán reçoit le prestigieux Prix Pritzker, considéré comme la plus importante récompense en architecture.