"L'architecture, c'est une tournure d'esprit et non un métier. "
A treize ans, Charles-Edouard Jeanneret-Gris entame un apprentissage de graveur-ciseleur à l’Ecole des arts et métiers de sa ville natale, La Chaux-de-Fonds (Suisse). En 1905, il réalise sa première construction pour un membre de l’école puis, durant douze ans, entreprend une série de voyages en Europe. Il découvre Florence, Sienne, Bologne, Padoue, Gargoano, Budapest, Paris (où il observe avec attention les œuvres en béton armé d’
Auguste Perret), Lyon (où il rencontre
Tony Garnier), Berlin (où il fait la connaissance de
Ludwig Mies van der Rohe et
Walter Gropius)…
En 1917, l’architecte suisse s'installe à Paris, ouvre son premier atelier et se fait connaître sous le pseudonyme de Le Corbusier. Très rapidement, il se lie d’amitié avec les principaux artistes de l’avant-garde (George Braque,
Juan Gris,
Pablo Picasso, Jacques Lipchitz…), publie
Après le Cubisme (1918), fonde la revue
L’Esprit nouveau et développe un étonnant projet de ville contemporaine pour trois millions d'habitants, faite de gratte-ciels et de jardins (1922).
Durant les années 1920, Le Corbusier construit principalement en région parisienne : le Pavillon de l'Esprit Nouveau (1925, Paris), la villa Cook (1926, Boulogne sur Seine), la maison Ternisien (1926, Boulogne sur Seine), la cité de refuge de l’Armée du Salut (1926-1932, Paris), la Villa Savoye (1929-1931, Poissy)... Conçue pour un assureur, cette dernière reflète le goût de l’architecte pour les pilotis (permettant une distanciation par rapport au sol), les larges fenêtres offrant une large luminosité et le toit-terrasse.
Dans les années 1940, Le Corbusier élabore le principe mathématiques de Modulor (un système de mesure basé sur les proportions du corps humain), publie la
Chartre d’Athènes (1944, un manifeste destiné à rendre la cité habitable et harmonieuse) et entame son premier grand ensemble architectural à Marseille (1945-1952). Construite sur pilotis, d’après les règles du modulor, la Cité radieuse est composée de trois cent soixante duplex, de boutiques, d’une école, d’équipements sportifs… Ne laissant personne indifférent, elle est vite surnommée la « villa du fada » et sert de modèle à des équipements similaires à Nantes-Rezé (1952-1975), Berlin (1956-1957), Meaux (1957-1959) et Firminy-Vert (1965-1967).
Parmi les œuvres tardives du Corbusier, figurent deux édifices religieux : la Chapelle Notre-Dame du Haut (1950, Ronchamp) et le Couvent de Sainte-Marie de la Tourette (1957-1959, Eveux). Erigé au sommet d’une colline, le premier est entièrement bâti en béton, blanchi à la chaux et fait la part aux lignes curvilignes, très pures. Réalisé comme un lieu de paix et de silence, le second reprend nombre de conceptions développées précédemment : l'oratoire est construit en béton brut, les cellules mesurent 1,83 m de large sur 5,92 m de long et 2,26 m de haut (soit la taille des chambres d'enfants de ses unités d'habitation), des toits-terrasse sont organisés sur trois ailes, les façades des bâtiments ne donnant pas vers l’extérieur sont vitrées…