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Mon travail est un décalibrage, une organisation des fuites. ”
Après avoir validé une licence de Lettres et une maîtrise d'enseignement en Arts-Plastiques (son mémoire est intitulé : « De la division des Arts ») à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Luc Moulène travaille comme conseiller artistique chez Thomson-Sintra Activités Sous-Marines (1981-1989) puis, durant quelques mois, comme concepteur créateur en publicité (1989). A partir de 1990, il se tourne radicalement vers l’art : il entame une carrière d’artiste international et enseigne à l'Ecole Nationale de Communication, d'Art et de Design de Nancy (1990-1992), puis à l'Ecole Supérieure Art et Design d'Amiens (1993-1994) et l’Ecole d’art de Grenoble (1993-1999).
Au début des années 1990, Moulène se fait apprécier avec son corpus quasi-documentaire « Disjonctions ». Avec acharnement, l’artiste tente de percer les différentes conventions adoptées dans les différents genres photographiques : natures mortes, portraits, architecture, scènes urbaines quotidienne… Il ne cherche pas à nous séduire, s’affranchit de tout style particulier, s’écarte du spectaculaire (le réel devient une sorte de double de sa représentation) et fixe son attention sur le banal.
Cette idée se retrouve dans la série « Monuments, Paris ». Moulène photographie d’imposants édifices - le ministère des Finances, le Louvre, le Pont d’Austerlitz, le Parc de Bercy… - en évitant, avec soin, toute célébration de la monumentalité. Ses photos sont contruites grâce à un procédé d’entonnoir : il place, au centre, une scène quotidienne et le monument en fond. Sur le cliché du Pont d’Iéna, le regard se focalise sur une fourgonnette de CRS immobile sur le Pont d’Iéna et s’échappe dans le lointain (les tours de Grenelle).
En 1999, Moulène initie la série « Documents/Objets de grève », reprenant, en gros plan, des produits réalisés collectivement lors de manifestations salariales. Ceux-ci sont confectionnés avec les outils de production des entreprises et imaginés à des fins manifestes. Ils quittent le traditionnel discours publicitaire et reflètent une parole publique inhabituelle.
Entre 2002 et 2005, Moulène photographie des « Produits de Palestine ». Comme dans l’ensemble précédent, les objets manufacturés en Palestine gagnent le statut d’icônes. La différence réside principalement dans le fait de l’immédiateté du conflit.
En 2005, Moulène est invité à se pencher sur les collections du Louvre. Il sélectionne vingt-quatre œuvres - pour la plupart des statuettes antiques –, puis les photographie de face (celles-ci semblent nous regarder), à la lumière du jour pour révéler leur étrangeté. Formant un inhabituel musée imaginaire, l’ensemble est présenté dans la salle de la Maquette du musée parisien et reproduit en pleine page dans un supplément du quotidien Le Monde, gratuitement distribué.
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