L'art, c'est l'harmonie. L'harmonie c'est l'analogie des contraires, l'analogie des semblables, de ton, de teinte, de ligne… ”
Insatiable dessinateur dès sa prime jeunesse, Georges Seurat s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts en 1877, et reçoit un choc formidable lors de la visite de la quatrième exposition impressionniste de 1879. Grand lecteur, homme cultivé, il dévore les traités de peinture, lit Charles Blanc, étudie les lois d'Eugène Chevreul sur le contraste simultané des couleurs, suit les préceptes de
Delacroix,
Corot, Couture.
Dessinant beaucoup, Seurat étudie dans ses œuvres graphiques veloutées les volumes, les jeux d’éclairage, alliant à la force des lignes la sensibilité des ombres : son dessin évolue alors plus vite que sa peinture. Ses premières toiles, dépouillées de toute anecdote, se rattachent par leurs sujets (la campagne et les paysans), à la tradition de Barbizon et aux grands peintres réalistes comme
Gustave Courbet.
Parallèlement, Seurat subit l’influence des impressionnistes, dont il adopte la technique et, à partir de 1883, les thèmes, notamment celui des bords de Seine. Sa première toile importante,
Une Baignade, Asnières (1884), refusée au Salon, est une œuvre originale, monumentale, influencée par
Puvis de Chavannes et
Pissarro.
Deux ans plus tard,
Un dimanche à la Grande Jatte (1886) signale l’aboutissement de ses recherches et répond à des préceptes rigoureux : chaque personnage pensé en fonction de l’ensemble ; technique de la « division » fondée sur l’emploi de couleurs juxtaposées selon la théorie du contraste simultané ; opposition entre les formes géométrisées et les surfaces colorées ; utilisation du nombre d’or pour construire la perspective.
Un groupe d’artistes se forme alors autour de Seurat et de
Paul Signac, son disciple : ils forment le groupe des « néo-impressionnistes », rapidement critiqué. Pourtant Seurat continue à travailler avec acharnement, produit des œuvres toujours aussi strictement ordonnancées selon des lignes ascendantes ou descendantes qui suggéreraient, comme les couleurs chaudes ou froides, la gaieté ou la tristesse. Dans ses vues maritimes également, il poursuit cette réflexion sur la composition géométrique et la division des couleurs.
Peintre théoricien, « réunissant la pratique à l’idée et l’inconsciente fantaisie à l’effort réfléchi », Seurat influence fauves, cubistes, expressionnistes et futuristes, jusqu’aux artistes du Bauhaus… Il meurt précocement en 1891, à l’âge de 31 ans.