Elevé dans une famille munichoise cultivée et aisée (son oncle, Karl Philipp Fohr, est un artiste romantique de renom), Christian Schad est encouragé à cultiver son inclination pour la peinture. En 1913-1914, il étudie la peinture à l’académie des Arts plastiques de Munich. Pacifiste convaincu, Christian Schad réussit à se faire réformer et s’exile, en 1915, en Suisse. Sur place, il se lie d’amitié avec les figures du mouvement Dada (Hans Arp, Hugo Ball,
Francis Picabia…) et l’éditeur Walter Serner, qui publie ses premières xylographies dans une revue phare du mouvement expressionniste. Christian Schad expérimente divers procédés et met au point la schadographie (nom donné par
Tristan Tzara). Antérieure aux recherches menées par
Man Ray et Laszlo Moholy Nagy, cette technique photographique sans appareil consiste à déposer des papiers découpés, ainsi que des objets de rebus sur du papier photosensible ensuite insolé. Le résultat prend la forme d'une trace blanche de l'objet (partie du papier protégée) sur un fond noir (partie exposée) et apparaît fort étrange. En 1918, plusieurs schadographies sont publiées dans le numéro 7 de la revue
Dada (et accompagnées d’un texte de
Tristan Tzara). Au lendemain de la guerre, Christian Schad se lance dans le « rappel à l’ordre » artistique connu sous le nom de Nouvelle Objectivité. Il tente de revenir à la représentation de la réalité opérée par les maîtres anciens et peint de nombreux portraits (genre classique par excellente). De 1920 à 1925, il s’installe en Italie, à Naples et Rome. Il y contente les œuvres des grands maîtres de la Renaissance (
Léonard de Vinci, Bronzino,
Raphaël…) et peaufine sa technique ainsi que son degrés de précision. Le pape Pie XI le convie au Vatican pour peintre son portrait. En 1925, Christian Schad s’installe à Vienne, fréquente les milieux de l’aristocratie désargentée et de la bourgeoisie plus ou moins malhonnête. Ses œuvres représentent alors des scènes de travestissements et de déviances sexuelles. Deux ans plus tard, il décide de revenir à Berlin. Il pratique différents métiers d'appoint et fréquente assidûment les lieux de plaisir (cabarets, cafés, maisons closes, champs de foire…). Leurs habitués deviennent naturellement les modèles de ses tableaux… Au début des années 1980, Christian Schad revient à la schadographie et illustre de vingt photomontages le livre d’Aloysius Bertrand,
Gaspard de la nuit. Découvert par le public français lors des expositions collectives « Paris Berlin » et « Réalismes » tenues au Centre Pompidou, l’œuvre de Christian Schad est réuni par la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol lors d’une grande rétrospective, du 6 novembre 2002 au 14 novembre 2003.
Quelques œuvres majeures : - Schadographie 2, 1919
- Schadographie 15, 1960. Gélatine d'argent. 10,5 x 14,1 cm
- Schadographie 20, 1960. Gélatine d'argent. 23,5 x 17,7 cm
- Schadographie 24b, 1960
- Schadographie 50, 1962
[Illustration : Christian Schad,
Schadografia 24b, 1960]