"Larchitecture est un langage très difficile à comprendre il est mystérieux, contrairement à la musique qui est immédiatement compréhensible."
En 1926, Carlo Scarpa achève ses études à l’académie des beaux-arts de Venise, sa ville natale, et intègre l’agence de Vincenzo Rinaldo. Au bout de cinq ans, il s’établit à son compte et se lance dans des projets extrêmement variés tels que la rénovation d’espaces commerciaux, le réaménagement de la Ca’Foscari médiévale (Université de Venise) ou encore la création d’objets en verre pour la société Venini à Murano. Le public ne commence réellement à l’apprécier que durant la guerre en tant que scénographe de la biennale de Venise (1942), puis de nombreuses autres expositions artistiques (
Paul Klee en 1948,
Giovanni Bellini en 1949,
Piet Mondrian en 1956, à Rome…).
Le travail de Carlo Scarpa est essentiellement marqué par un soin extrême apporté à la mise en scène des œuvres et à la lisibilité de l'architecture. Le bâtiment idéal lui apparaît comme devant réconcilier la nouveauté et les traditions locales ; un véritable challenge dans le tissu historique fort mouvementé des villes italiennes et un défi lancé à l’esthétique fonctionnaliste alors à la mode. Pour Scarpa, l’architecte doit absolument prendre le temps de redécouvrir les différentes strates historiques (ex. à Venise, il doit s’imprégner des traditions coloristiques…) et tenir compte de toutes les particularités du site (des éléments, qu’ils soient monumentaux, banaux, fortuits, endommagés…) pour optimiser ses transformations. Il doit également faire la part belle à la lumière et exploiter les diverses possibilités expressives des matériaux (que ce soit le béton armé, la pierre, le bois…). A titre personnel, Scapa apprécie tout particulièrement les surfaces ajourées ou semi-transparentes ainsi que les formes circulaires.
Excellant dans la restauration et le réaménagement de centres d’art, Carla Scarpa est chargé, en 1955, de réaliser l'extension de la gypsothèque de Canova à Possagno. A partir de 1956, il s’attaque au Castelvecchio à Vérone (un bâtiment du XIVe siècle converti en musée d’art municipal), puis, l’année suivante, au musée Correr à Venise. Dans tous ces lieux de prestige, il parvient à implanter de nouveaux paysages et à subtilement tisser des récits complexes à partir de formes autonomes. En Italie, Carla Scarpa se voit également confier divers aménagements de boutiques et sociétés ; notamment la restructuration du magasin Olivetti situé sue la place Saint-Marc de Venise, et la réorganisation du siège de la Banque populaire de Vérone.
En 1978, Carla Scarpa décède des suites d'un accident au Japon et est enterré dans le « jardin des morts » qu’il avait conçu pour la famille Brion (près de Trévise). Au final, le corpus de ses réalisations reste, somme toute, assez restreint ; il peut se résumer à une poignée de réaménagements d'intérieurs et de résidences de luxe (comme la villa de l’avocat Luciano Veritti, très influencée par les demeures de
Frank Lloyd Wright).