Ne vous laissez pas intimider par la nature, au risque d’être déçu du résultat.
Né aux Antilles, Camille Pissarro part faire ses études à Paris, puis fuit en 1853 au Vénézuela pour pouvoir se consacrer à la peinture avant de revenir vivre à Paris en 1855. Il y rencontre
Claude Monet et peint alors surtout des paysages tropicaux et des études de plein air dans les environs de Paris, sous l’influence de
Corot et de
Courbet, dont il reprend les compositions fermes et les contrastes vigoureux.
En 1866 il s’installe à Pontoise, puis à Louveciennes, où il représente le paysage environnant, avec une prédilection pour les routes, avant de se réfugier à Londres en 1870 où il découvre les paysagistes anglais, notamment
Constable. De retour en France, il s’aperçoit que la plupart des œuvres entreposées chez lui ont été détruites : obligé à repenser son style, il débute alors une période de travail féconde, de maturité, guidée par les mêmes recherches que ses amis impressionnistes, avec lesquels il expose.
Des différences profondes le séparent pourtant des impressionnistes : s’il s’intéresse parfois à l’étude des reflets de l’eau, Pissarro s’attarde surtout sur l’aspect changeant du sol et de la nature, peints dans une riche gamme de couleurs à base de bruns, de verts et de rouges, avec une grande précision d’observation, une magistrale fermeté d’exécution et de composition qui influencent
Cézanne et
Gauguin.
En 1884, Pissarro, toujours curieux, fait la connaissance de
Signac et de
Seurat, et est séduit par leurs nouvelles méthodes : il commence à peindre des toiles pointillistes, mais celles-ci ne rencontrent pas le succès. Le peintre abandonne le divisionnisme et reprend son ancienne manière, qui s’en trouve enrichie.
Dans les années 1890, à l’instar de
Monet, Pissarro se spécialise dans les séries exécutées d’après un même motif, généralement urbain, dans des vues plongeantes sur les rues les plus fréquentées de Paris. Mais la grande différence avec les séries de
Monet est que le peintre varie les points de vue, et emploie une gamme de couleurs plus subtile et plus riche.
Il meurt à Paris en 1903, à l’âge de 73 ans.