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D'abord, faire la part de la légende sulfureuse entretenue par le film de Bruno Nuytten, et essayer d'oublier Adjani dans le rôle Camille Claudel, non seulement en raison de la ressemblance physique, mais aussi de la performance de l'actrice. Puis, mettre de côté la liaison tumultueuse avec Auguste Rodin, le génie, le plus grand sculpteur du XIXe - et du XXe ? - siècle. Enfin regarder l'œuvre, sans oublier la condition de l'artiste femme autour de 1900, époque misogyne s'il en fut, où le mot « sculpteur » n'avait pas de féminin.
A ses débuts, les sujets manquent à Camille Claudel : elle croque par le dessin ou le modelage ses proches, notamment son frère Paul, dans un buste magnifique où se lit dans la clarté du regard et la mâchoire serrée le destin du jeune poète de dix-huit ans.
Si elle débute dans l'ombre du maître - dont certains se préserveront, notamment Brancusi qui refusera d'intégrer l'atelier de Rodin en déclarant que « rien ne pousse à l'ombre des grands arbres » -, Camille Claudel trouve son originalité dans l'affirmation d'une sensualité assumée et l'usage de matériaux hétérogènes, qui placent résolument son travail dans le courant de la sculpture symboliste.
Reconnaissant son originalité, celui qu'elle appellera toujours « Monsieur Rodin » dit d'elle : « Je lui ai montré où elle trouverait de l'or, mais l'or qu'elle trouve est bien à elle ». Couple créateur, Rodin et Camille Claudel croisent leurs inspirations, à tel point que l'attribution de certaines œuvres à l'un ou à l'autre, comme Vertumne et Pomone (1888), peut être difficile.
L'Age mûrEn 1892, Camille Claudel, qui comprend que Rodin ne l'épousera jamais, malgré le « contrat » qu'elle lui a fait signer, quitte l'atelier du sculpteur. L'année suivante elle exécute Clotho, portrait de vieille femme au corps décharné, à la sensualité niée, dont le corps en plis et replis dit la souffrance. En perpétuelle insécurité morale et psychique, Camille Claudel exprime dans plusieurs œuvres l'angoisse de l'abandon et de la mort, notamment dans L'Age mûr, débuté en 1896 : cette composition à trois personnages a souvent été interprétée comme une métaphore autobiographique des relations entre Camille et Rodin, tiraillé entre sa maîtresse et sa compagne de toujours, Rose Beuret, mais elle évoque surtout la fin de la jeunesse et le départ vers la mort.
L'œuvre marque l'aboutissement de l'influence à la fois artistique et personnelle de Rodin sur Camille Claudel. Après douze ans d'une relation tumultueuse, les amants se séparent définitivement en 1898. La sculptrice se défend alors de faire « du Rodin », et se consacre, dit-elle, à « de petites choses nouvelles », plus légères, comme ces Causeuses (1897) à la chevelure ébouriffée, où l'artiste parvient à rendre le mouvement circulatoire de la parole, ou encore la célèbre Vague (1898), œuvre unique en bronze et onyx, véritable objet d'art polychrome très Art Nouveau, pour lequel Camille Claudel défie les contraintes des matériaux.
Peut-être le travail de Camille Claudel se perd-il alors dans l'anecdote, malgré une volonté universaliste. À partir de 1905, l'inspiration s'épuise, elle cesse d'inventer, pour entrer dans un processus obessionnel de variations sur les œuvres précédentes. L'artiste ne parvient pas à obtenir de commandes publiques, indispensables à la survie d'un sculpteur, malgré le soutien de critiques, de collectionneurs et de Rodin lui-même. De plus en plus isolée et sans le sou dans son atelier de l'île Saint-Louis, Camille Claudel subit la frustration de commandes annulées et d'un accueil public mitigé. Paranoïaque, elle accuse incessamment Rodin de ses échecs successifs.
Puis en 1913, une semaine seulement après le décès de son père protecteur, c'est l'internement, demandé, par peur du scandale, par sa mère et le puritain Paul Claudel, selon lequel « tous ces dons n'ont servi qu'à faire son malheur ». Suivent trente années interminables dans un asile du Vaucluse et le glissement vers une folie sans doute bien réelle. Avant l'élaboration du « mythe Camille Claudel » depuis le début des années 1980.
Quelques œuvres majeures :
| Amis/Famille | Auguste Rodin, Paul Claudel |
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