pétunia est une revue d'art féministe. Pour la décrire, peut-être vaut-il mieux laisser parler la note d'intention formulée par ses trois initiatrices, Lili Reynaud Dewar, artiste, Valérie Chartrain, et Dorothée Dupuis, directrice de Triangle France, à Marseille :
Dans le petit monde des revues d'art, trouver sa niche est une condition indispensable à la visibilité, c'est-à-dire à la survie. Depuis quelques années, le dessin prend une place de plus en plus importante dans les pratiques artistiques, mais il lui manquait encore, si ce n'est une bibliographie conséquente, du moins une revue digne de ce nom.
C'est chose fait avec Roven, « revue critique sur le dessin contemporain », semestriel qui paraît pour la seconde fois. Dirigé par Johanna Carrier et Marine Pagès, Roven est un bel objet, réalisé par Sylvie Astié du collectif franco-japonais Dokidoki, qui met en avant l'image sans lui concéder tout l'espace et donne au texte juste ce qu'il lui faut de place pour respirer.
On fait dans ce second numéro de précieuses découvertes, notamment les dessins grotesques et inquiétants, entre Henry Darger et James Ensor, de l'artiste canadien Marcel Dzama, ou les impressions post-Pop déréalisantes de l'Américain Matthew Brannon...
On y trouve aussi, pêle-mêle, des focus sur des artistes pratiquant le dessin, comme le duo Hippolyte Hentgen, qui fait la couverture avec son dessin surréaliste Burden of life, une étude sur le dessin « à l'aveugle », un dossier thématique sur le dessin à quatre mains, avec notamment un portfolio du collectif suédois Teckningsklubben, un choix de livres d'artistes par la libraire Florence Loewy ou une étude sur le symboliste belge Félicien Rops, qui montre que les directrices de la revue ne se cantonnent pas au strict contemporain. Roven multiplie ainsi de manière réjouissante les ouvertures à la réflexion, et tranche avec nombre de revues consacrées à la création contemporaine, ultra-centrées sur leur domaine. On lui prédit un bel avenir.
Roven, n°2, automne-hiver 2009-2010, 128 pages, 18 euros. www
Diffusion Les Presses du réel
A lire : notre dossier sur le dessin contemporain
Quand une revue se met dans la peau d'une autre revue... Le douzième numéro de Livraison, revue de l'association strasbourgeoise de diffusion et d'édition Rhinocéros, propose une « re/lecture » d'une autre revue, Third Text, fondée par l'artiste anglais d'origine pakistanaise Rasheed Araeen en 1987 à Londres. Echo, plus qu'anthologie, le numéro reproduit dans leur intégralité des textes emblématiques de Third Text, traduits pour la première fois en français.
Cette couverture a fait polémique, des personnes de religion catholique ont manifesté leur désapprobation. L’œuvre est d’un collectif d’artistes contemporains Taroop&Glabel , qui a l’habitude d’ interroger des thèmes comme le commerce, la religion, la société du divertissement, les ordres militaires ou médiatiques. Le collectif tente de ridiculiser et désacraliser certaines icônes, en bref il s’attaque à tout ce qui pourrait, poussé à l’extrême, nuire à l’épanouissement d’un penser par soi-même.
Jean-Marc Adolphe, Valérie Da Costa et David Sanson de Mouvement ont donc répondu à ces accusations (www) en étayant leur propos de réflexions sur la notion même d’icône :
« Désacraliser ce qui nous rabat sans cesse sur l’identique de notre identité, telle est l’une des premières vocations de l’art. Son travail de sape, en quelque sorte, à l’encontre des représentations dominantes et de l’idolâtrie », écrivons-nous dans l’éditorial de ce numéro 47. Ces mots, qui font référence au philosophe Giorgio Agamben, trouvent un écho inattendu dans les écrits de théologiens tels que Raymon Panikkar et, surtout, le jésuite Christoph Theobald : dans son ouvrage La Révélation (publié en 2001 aux Editions de l’Atelier), celui-ci dit-il autre chose lorsqu’il rappelle que tout le Premier Testament, de même que la Torah, condamne l’idolâtrie ? Dans le chapitre intitulé « La fin de l’Histoire », Theobald montre combien les pouvoirs religieux ont eu tendance à fabriquer des images, à « chosifier » des êtres qui n’étaient que fraternité, des figures ensuite récupérées par les pouvoirs politiques ou économiques. »
Très judicieux de la part des rédacteurs de pointer ce problème de fond qui renvoie au rôle et à la puissance, délicate à gérer, de l’image, du symbole et de l’icône. Ils rétorquent également avec des arguments un peu plus provocateurs et contemporains qui soulignent leur étonnement face au caractère un rien conservateur des plaintes :
« On se contentera de rappeler que, depuis les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et les lois du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, la notion de blasphème n’existe plus en droit français dès lors qu’il n’y a ni atteinte à l’ordre public, ni "provocation aux crimes et délits". Manifestement, certains de nos interlocuteurs semblent le regretter. Plus sûrement qu’auprès des tribunaux, c’est chez Nicolas Sarkozy que les arguments des nostalgiques de la période d’avant la loi de 1905 (entérinant la séparation de l’Eglise et de l’Etat) risquent de trouver une oreille attentive. »
Pauvre Jésus, pauvre Mickey
La tonalité ironique et vindicative de ce deuxième extrait satisfait notre indignation face à la possibilité de telles objections. Bien sûr la référence à Nicolas S. est peut-être un peu gratuite et sauvage. Mais il est en effet un peu étonnant au 20ème siècle de ne pas pouvoir accepter que l’art, qui propose un regard réflexif sur l’individu et la société ne puisse exercer son esprit critique sur la religion ou Walt Disney. Qui plus est dans une société où l’on peut avoir un sac à l’effigie de Jésus ou de la Cène. Si ces personnes se rendaient dans les musées, elles s’apercevraient que les signes de la chrétienté ont été et sont bien souvent mis à mal… Qui plus est, effet non souhaité, ces remarques enflent l’importance de cette couverture en la rendant médiatique.

On se prend à penser que ce serait plutôt à Mister Walt Disney de s’émouvoir qu’on inflige ainsi à sa petite souris de telles tortures. Petite souris, elle aussi de nombreuses fois victime des méchants artistes, pour le meilleur et pour le pire... (dans l'ordre d'apparition Taroop&Glabel, Andy Warhol, Keith Haring, J.M. Basquiat et Philippe Huart).

A l'occasion de l'"expo Villepin" - "La Force de l'art" -, toujours au Grand Palais, la revue (art absolument) sort un numéro spécial "Made in France - paroles d'artistes". Une enquête auprès de 44 artistes vivant en France a été menée pour esquisser une définition d'un art français, si seulement celui-ci existe.
Checkpoint, une "revue d'art et de pensées contemporaines".A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
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