Expos : blog actu arts et expos. De Visu.

Pourquoi montrer le dernier Renoir ?

Posté par Magali le 21.11.09 à 11:58 | tags : grand palais, peinture, exposition

 

Renoir est un immense peintre, ça ne fait aucun doute. Avec Monet, il participe, sur les traces de Manet, à la révolution impressionniste. Ses études des reflets de l'eau, dans des toiles comme La Grenouillère, à la fin des années 1860, vont transformer la vision sur le monde en révélant l'impermanence des sensations. Son Bal du Moulin de la Galette de 1876 reste une œuvre d'une grande complexité visuelle, avec ses reflets de lumière fauves et l'impression de « grand air » qui s'en dégage. Le Clown de 1868 annonce Picasso et Le Chemin dans les hautes herbes de 1875 frôle l'abstraction.


Puis, à partir de la fin des années 1870, quelque chose va se briser dans l'inspiration de Renoir. Apprécié de la bourgeoise pour ses portraits, il va peu à peu se détacher du groupe impressionniste, craignant de compromettre sa réputation, et préfère exposer au Salon. Il entame alors une sorte de double carrière : peintre des guinguettes et des canotiers, mais aussi portraitiste de « femmes au chat » qui le payent fort cher.

Après un séjour en Afrique du Nord en 1881, Renoir connaît une vraie crise morale. Débute alors sa manière « ingresque », pour laquelle il retrouve, notamment pour ses Grandes Baigneuses, le goût de la ligne et des couleurs claires (aigres selon certains). Quelques années plus tard, il détruira de nombreuses toiles et optera pour une peinture nacrée, où le rose corail côtoit le rose bonbon ou le rose saumon, etc.

C'est à ce moment que débute l'exposition du Grand Palais, intitulée Renoir au XXe siècle, et consacrée donc aux dernières années du peintre, mort en 1919. Renoir peint alors inlassablement des femmes nues, baigneuses ou femmes à leur toilette, des portraits d'enfants (en particulier son fils Jean), mais aussi des paysages, qui témoignent que le peintre n'a pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire au bout de la énième Baigneuse croisée dans l'exposition, perdu son talent ou son inspiration. Il s'en est juste détourné.

Sa paralysie progressive ne suffit pas à expliquer ce sabordage. Confrontées à des œuvres d'autres peintres contemporains, notamment Bonnard et Picasso, les toiles de la fin de carrière de Renoir ne font pas le poids : joliesse répétitive, visages lunaires stéréotypés, couleurs écœurantes, totale absence d'intuition psychologique et même d'érotisme — la nudité des modèles ne produit aucune ambiguïté, comme celle des statues antiques.

Pourquoi cette rupture ? Est-elle à mettre sur le compte de la crise d'identité qui submerge Renoir à la fin des années 1870 ? N'assumait-il pas son rôle, aux côtés de Monet, de chef de file d'un mouvement « anti-bourgeois », lui qui très vite aima fréquenter les élites et en tirer profit ? Pourquoi s'entêta-t-il dans le classicisme, quitte à se répéter, alors qu'il fut l'un des défricheurs de l'art moderne ?

L'exposition du Grand Palais, vue à ce jour par 240 000 visiteurs, ne répond pas à ces questions, préférant justifier le choix ingrat de montrer les dernières toiles de Renoir par le fait que Picasso et Matisse les admiraient. Un extraordinaire portrait dessiné de Renoir par Picasso montre le vieil homme, le regard tendu et acéré. Ses mains sont des poings informes, meurtris par l'arthrose : Picasso montre Renoir non pas comme n'importe quel peintre, mais comme l'Artiste, dans une représentation presque abstraite, hommage de l'artisan de la modernité au passeur de la tradition.


Renoir au XXe siècle, au Grand Palais, Paris, jusqu'au 4 janvier 2010 (www), puis au Los Angeles County Museum, du 14 février au 9 mai 2010, et au Philadelphia Museum of Art, du 17 juin au 6 septembre 2010.
Catalogue Renoir au XXe siècle, sous la direction de Guy Cogeval, co-édition RMN/Musée d'Orsay, 464 pages, 49 euros.

Ill. Pierre-Auguste Renoir, Les Baigneuses, 1918, Musée d'Orsay, Paris © Rmn / Hervé Lewandowski




Damien Hirst : « N'importe qui peut peindre comme Rembrandt »

Posté par Magali le 18.11.09 à 13:16 | tags : peinture, art contemporain, polémique, exposition

C'est ce que prétend l'artiste-entrepreneur, qui présente actuellement une série de peintures réalisées par lui-même, dans un non-événement intitulé No Love Lost, Blue Paintings by Damien Hirst, qui a lieu à la Wallace Collection de Londres, musée prestigieux auquel Hirst a dû payer la somme de 250 000 livres (281 000 euros) contre le droit d'exposer — là, une question d'éthique muséale se pose évidemment, mais passons.

Cette « période bleue » de l'artiste se caractérise donc par un retour à la main : peindre, pour Damien Hirst, est « plus choquant que réaliser des œuvres dans du formol ». Le sujet : la mort encore une fois, cette fois à travers des représentations de crânes bleus sur fond noir, toiles assez médiocres.

Dans un récent entretien au Guardian qui a fait scandale en Grande-Bretagne, Damien Hirst affirme avoir arrêté de peindre à l'âge de seize ans. « Je savais que je pouvais devenir Rembrandt », dit-il, poursuivant : « Je ne crois pas au génie. Je crois à la liberté. Je pense que n'importe qui peut le faire. N'importe qui peut être comme Rembrandt ». En apparence sérieux, l'artiste affirme : « Picasso, Michel-Ange, peut-être, tendent vers le génie, mais je ne pense pas qu'un peintre comme Rembrandt soit un génie. Il s'agit de liberté et de courage. Il s'agit d'une manière de voir. Ça peut s'apprendre. (...) Avec de la pratique, on peut faire de grands tableaux ».

Les critiques ne se sont pas faites attendre, notamment celle de l'artiste Jeremy Deller, lauréat du Turner Prize en 2004 : « N'importe qui ne peut pas peindre comme Rembrandt. Il ne s'agit pas de travailler dur, c'est autre chose, le génie, c'est une qualité pure. Damien Hirst a travaillé très dur, mais à seulement une chose, se vendre. Mais cela fait des années qu'il n'a pas travaillé à être un artiste décent. Depuis dix ans il n'a pas fait grand chose, il s'est juste répété parce qu'il sait que ça lui rapporte de l'argent ».


A voir : No Love Lost, Blue Paintings by Damien Hirst, à la Wallace Collection, Londres, jusqu'au 24 janvier 2010. www

Photo : vue de l'exposition No Love Lost, Blue Paintings by Damien Hirst, Wallace Collection, Londres







En images : l'exposition Brussels/Beijing à BOZAR

Posté par Magali le 16.11.09 à 17:15 | tags : art contemporain, exposition
The State of things. Brussels/Beijing au BOZAR, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, n'est pas une exposition sur l'art contemporain chinois vu de Belgique, ni une exposition sur l'art contemporain belge vu de Chine. C'est avant tout la réunion des points de vue de deux artistes, Luc Tuymans et Ai Weiwei, tous les deux également commissaires d'exposition, sur les arts actuels de Chine et de Belgique.

On ne trouvera donc pas là de parallèles tirés par les cheveux entre les artistes de ces deux pays antinomiques — une ex-puissance impérialiste qui a germé dans un petit pays aujourd'hui confronté à l'éventualité de sa propre disparition, et une super-puissance en passe de devenir le leader économique mondial, déployée sur un territoire immense.

Pas de définition non plus d'un « art belge », ou d'un « art chinois », car de l'épure de l'œuvre d'Ann Veronica Janssens au trash des cochons tatoués de Wim Delvoye, il y a une marge aussi vaste que celle qui existe entre la critique du régime chinois par Ai Weiwei et l'intemporalité des toiles de Li Dafang. Le but, selon Luc Tuymans, est plutôt ici de « planter un jalon, créer un momentum ».

Découvrez l'exposition en images avec notre diaporama Brussels/Beijing : un état des lieux.

The State of things. Brussels/Beijing, BOZAR, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, jusqu'au 10 janvier 2010. www



Un musée pour le Pont des Espions

Posté par Magali le 09.11.09 à 11:49 | tags : exposition, histoire, insolite

La journée du 9 novembre 2009, qui célèbre le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, est festive, avec ses concerts à la Porte de Brandebourg et son jeu de dominos géant symbolisant l'effondrement physique du mur, mais aussi les réactions en chaîne qui suivirent et le démantèlement du bloc soviétique.

C'est aussi un jour de mémoire. Selon l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl, les Allemands « n'ont pas beaucoup de raisons dans leur histoire d'être fiers ». « Il n'y a rien dont je sois plus fier que la réunification allemande », ajoute-t-il. L'actuelle chancelière Angela Merkel a hier inauguré un nouveau musée d'un type un peu particulier, installé dans la Villa Schöningen, à Potsdam, dans la banlieue de Berlin.

Le musée se trouve à proximité du célèbre pont de Glienecke, surnommé le « Pont des Espions », qui servit pendant la guerre froide aux échanges d'espions capturés. C'était, selon l'ancien directeur de la CIA William Colby, « l'un des seuls endroits au monde où Américains et Soviétiques se faisaient face directement. La moitié du pont était à eux, l'autre à nous. Quand nos deux Etats voulaient régler discrètement quelque chose, c'était le meilleur endroit pour le faire ».

 

Le musée de Potsdam montre des objets et des documents d'époque ainsi que des témoignages sur des bornes interactives vidéo qui racontent ces échanges spectaculaires — il n'y en eut en réalité que trois (en 1962, 1985 et 1986), et ils n'ont concerné que 38 personnes en tout et pour tout. Le plus célèbre de ces prisonniers politiques fut sans doute Nathan Chtcharansky, dissident soviétique condamné en 1977 pour trahison et espionnage, puis libéré en 1986, après neuf ans de goulag. Après son passage à l'Ouest, Chtcharansky devint ministre en Israël.

Le musée possède aussi un petit morceau du mur de Berlin, dédicacé par Mikhaïl Gorbatchev, George Bush père et Helmut Kohl.

Infos

 

Flu spécial Berlin :

En images : l'expo "Berlin : l'effacement des traces" aux Invalides
En images : Berlin-Est, la rebelle
Fluctuat twitte de Berlin

Entretien : Berlin selon l'écrivain Jean-Yves Cendrey

 

Photo: Angela Merkel inaugure le musée du Pont de Glienecke, à la Villa Schöningen de Potsdam, le 8 novembre 2009. © Reuters




Jan Bucquoy inaugure son Musée du Slip à Paris

Posté par Magali le 04.11.09 à 15:23 | tags : art contemporain, performance, insolite, exposition
Les Belges sont les maîtres du canular, les rois de la blague, les champions de la gaudriole — on se souvient de "l'affaire" récente de l'exposition Sexes d'artistes de Jacques Charlier à Venise. Dans la lignée des figures tutélaires du très sérieux René Magritte, du plus contemporain Marcel Broodthaers (auteur, en 1965, d'un Triomphe des moules) ou du performeur-artiste-chorégraphe-metteur en scène Jan Fabre, le Bruxellois Jan Bucquoy n'est pas en reste.

Conservateur en chef du Musée du Slip à Bruxelles, Bucquoy a également été le directeur d'un Musée de la Femme (avec de réelles femmes exposées), mais est aussi auteur de bandes dessinées (notamment de versions pornographiques de Tintin) et de films sur La Vie sexuelle des Belges, et ex-membre du parti politique BANANE (Bien Allumés, Nous Allons Nous Eclater). Il a également baissé son pantalon chez Dechavanne, en réponse à une féministe qui lui reprochait d'exposer une femme nue dans son musée, brûlé une toile de Magritte, entarté des célébrités aux côtés de son acolyte Noël Godin, et réalisé pas moins de quatre tentatives de coups d'Etat.

Pour trois semaines, Bucquoy installe à Paris son Musée du Slip, auquel il ajoute un Musée de la Frite, et présente quelques unes de ses parodies de Tintin, avant de débarquer à Toulon et Lille en 2010. Le Musée du Slip a reçu l'appui exceptionnel de diverses personnalités, qui ont bien voulu donner leur slip, parmi lesquelles Christophe Girard, adjoint au Maire de Paris chargé de la Culture, Jean-Michel Ribes, Jean-Marc Barr, Willem, Guillaume Durand ou Plastic Bertrand. « De César à Eddy Merckx, nous sommes tous égaux devant le slip ». CQFD


A lire ici, un long entretien avec Jan Bucquoy dans le dernier numéro (26) de la revue Particules

Jan Bucquoy, la subversion comme un des Beaux-Arts, à l'Espace Immanence, 21 avenue du Maine, Paris, du 6 au 21 novembre 2009. Vernissage le jeudi 5 novembre à partir de 18h. www

Ill. Jan Bucquoy, Napoléon avec slip, 2009



Le Louvre invite Umberto Eco

Posté par Magali le 03.11.09 à 11:09 | tags : art contemporain, littérature, exposition
Ecrivain populaire et sémiologue reconnu, spécialiste de Joyce et connaisseur d'art contemporain, librettiste et traducteur, l'auteur du Nom de la rose et du Pendule de Foucault est un maître de l'éclectisme. Le musée du Louvre, dont les collections couvrent plusieurs millénaires et quelques continents, est donc un écrin idéal pour cet « intellectuel » aussi érudit que truculent. Après avoir invité Toni Morrison, Pierre Boulez ou Robert Badinter, le Louvre confie cette année, pour six semaines, sa programmation culturelle à Umberto Eco, qui a choisi comme thème le « vertige de la liste » — tourbillon du catalogue, enfer des réserves, savoirs astronomiques, toutes choses qui relient Eco à Borges.

Conférences, lectures et concerts jalonnent cette « saison Eco », avec en point d'orgue un colloque sur « Umberto Eco et la scène italienne des années 1960 », et une exposition, Mille e tre, qui explore le thème à travers des œuvres anciennes et contemporaines : listes dynastiques dans l'Egypte ancienne, tables de lois mésopotamiennes, liste de couleurs par Delacroix, abécédaires d'Annette Messager, ou liste des Habitants du Louvre par Christian Boltanski, mêlant les noms des artistes présents dans le musée à ceux de ses employés actuels. Par ailleurs, une soirée « Closky, Eco & Co » aura lieu le 13 novembre à l'Auditorium du Louvre, avec un dialogue entre l'artiste Claude Closky et l'écrivain, suivi de projections, ainsi qu'une projection-concert de Laurent Garnier, les 12 et 13 décembre.


Vertige de la liste. Le Louvre invite Umberto Eco, du 2 novembre au 13 décembre 2009, au musée du Louvre, Paris. Infos



Prix Ricard : de «L'image cabrée» aux «Archipels réinventés»

Posté par Magali le 02.11.09 à 11:20 | tags : centre pompidou, art contemporain, exposition, peinture
Plus que quelques jours pour découvrir l'exposition «L'image cabrée» à la Fondation d'entreprise Ricard, qui présente neuf artistes ayant pour point commun, selon le commissaire Judicaël Lavrador, de créer un «type d'images qui braquent le regard, le hérissent, en même temps qu'elles transpercent leur support», et témoignent de la reprise en main des images par les artistes.

L'exposition rassemble les nommés au 11e Prix de la Fondation d'entreprise Ricard, décerné cette année à un couple de peintres, composé de la Serbe Ida Tursic et du Français Wilfried Mille, dont l'œuvre présentée dans l'exposition, 90 Interview May 1998 Miroir III (2008), jure par son esthétique de fanzine néo-Pop avec la sobriété de la plupart des autres œuvres, mais affirme avec force le retour de la peinture dans le goût contemporain.

Le Prix, décerné par un jury de critiques d'art et de collectionneurs, consiste en l'achat d'une œuvre aux lauréats, offerte au Centre Pompidou. Pour célébrer les dix ans du Prix, une exposition au Musée national d'art moderne, «Les Archipels réinventés», présente une œuvre de chacun des précédents lauréats, qui, outre le Mobile Information Stand for Money back Products (1999) de Matthieu Laurette — guide pratique du retour d'article — dénote une sérieuse inclination pour la sculpture ou l'installation minimalistes, avec notamment les œuvres de Tatiana Trouvé, Raphaël Zarka, Boris Achour, Berdaguer & Péjus ou Didier Marcel. Démontrant ainsi des choix homogènes et cohérents, à quelques exceptions près, et le parti pris d'une esthétique séduisante par son intransigeance formelle. Cette année, pour la première fois, une toile viendra compléter cette micro-collection d'artistes émergents.


L'image cabrée, 11e Prix de la Fondation d'entreprise Ricard, à la Fondation d'entreprise Ricard, Paris, jusqu'au 7 novembre 2009. www
Les Archipels réinventés, au Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 11 janvier 2010. www


Ill. Ida Tursic & Wilfried Mille, 90 Interview May 1998 Miroir III, 2008. Courtesy Almine Rech Gallery, Bruxelles-Paris



Le diaporama de La Subversion des images au Centre Pompidou

Posté par Magali le 30.10.09 à 12:01 | tags : surréalisme, beaubourg, centre pompidou, exposition, photographie

Le surréalisme à l'ère de sa reproductibilité technique : le paradoxe de l'« explosante-fixe » (expression inventée par André Breton pour expliciter le concept de "beauté convulsive" chère aux surréalistes) trouve son accomplissement dans l'image sur pellicule, qu'elle soit photographique ou filmique. Dans l'entre-deux-guerres, la clique surréaliste ne chercha rien d'autre qu'à mettre au jour le mensonge du réel et son insoumission à toute représentation objective.

L'exposition "La Subversion des images" au Centre Pompidou montre à travers près de 400 œuvres comment les artistes surréalistes ont fait exploser le mythe de l'objectivité du médium photographique, explorant la subjectivité de la vision. Démonstration de cette révolution visuelle en dix images emblématiques dans le diaporama de l'exposition "La Subversion des images".

La Subversion des images. Surréalisme, photographie, film au Centre Pompidou, jusqu'au 11 janvier 2010.
www.centrepompidou.fr
 




Pop Life à la Tate Modern : quand l'art bling-bling fait flop

Posté par Magali le 15.10.09 à 17:54 | tags : exposition, art contemporain
« Provocation », le terme est lancé d'entrée de jeu dans l'exposition Pop Life — Art in a Material World de la Tate Modern, et c'est sans nul doute la notion qui lie le mieux la démarche des artistes présents. Le propos, assez flou, pourrait se résumer à « Qu'est-ce qu'un artiste contemporain est prêt à faire pour être connu ? ». Mais beaucoup d'œuvres, souvent trop clinquantes, tombent à plat.

Tracey Emin, Damien Hirst, Keith Haring, Martin Kippenberger, Jeff Koons, Takashi Murakami seraient tous les enfants d'Andy Warhol, dont la phrase célèbre « Good business is the best art » est mise en exergue de l'exposition. Mais par business, il faut entendre ici non seulement le rapport à l'argent, mais aussi et surtout l'art du « coup de com », l'appropriation par les artistes des stratégies publicitaires comme démarche esthétique, dans le but assumé d'atteindre le degré de célébrité le plus élevé.

Lire la chronique sur l'expo Pop Life à la Tate Modern.


Ill. Jeff Koons, Made in Heaven, 1989 © Jeff Koons



Soulages : 60 ans de peinture au Centre Pompidou

Posté par Magali le 14.10.09 à 15:52 | tags : peinture, exposition, centre pompidou

A la veille de son 90e anniversaire, qu'il fêtera le 24 décembre prochain, le peintre Pierre Soulages se voit gratifié d'une exposition rétrospective au Centre Pompidou, extrêmement tardive dans sa carrière — la dernière exposition personnelle de l'artiste au Musée national d'Art moderne remonte à 1979, une autre a eu lieu au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris en 1996. L'Etat français salue enfin un de ses grands artistes, adulé dans le reste du monde, notamment aux Etats-Unis où il rejoint la légende de la peinture moderne avec Jackson Pollock ou Mark Rothko.

C'est l'occasion de faire le point sur une œuvre entièrement dévolue, en apparence, à la non-couleur, le noir, mais dont on découvre ici l'intention réelle : le travail sur la lumière. Avec une scénographie d'un classicisme zen ultra-efficace (hormis l'une des premières salles, où l'on a ressorti la muséographie « moquette sur les murs », que l'on croyait disparue depuis les années 50), l'exposition du Centre Pompidou montre l'évolution de la peinture de Soulages, des petits formats géométriques des années 40, où l'artiste expérimente le brou de noix et le goudron, aux œuvres peu à peu envahies par le noir, de format anthropométrique — les toiles de taille humaine permettent, selon Rothko auquel on pense beaucoup ici, une absorption totale du spectateur dans l'œuvre. L'accent est mis sur les œuvres des 25 dernières années, dont la plupart, rarement visibles, sont conservées dans des collections particulières.

La quête de Soulages semble infinie : noirs soyeux ou mats, onctuosité de la matière riche qui évoque du pétrole figé ou rugosité de surfaces rappelant le bois d'ébène, rai de lumière qui surgit entre les couches de noir, monolithes rayés, peintures-bas-reliefs... Effet hypnotique garanti.

Découvrez le portrait de Pierre Soulages, ainsi que la galerie de photos.


Soulages, au Centre Pompidou, Musée national d'Art moderne, jusqu'au 8 mars 2010.
Un colloque international consacré à Pierre Soulages aura lieu les 21 et 22 janvier 2010 au Centre Pompidou.
www.centrepompidou.fr

Ill. Pierre Soulages, Peinture 260 x 202 cm, 19 juin 1963, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne




La censure frappe encore

Posté par Magali le 02.10.09 à 14:11 | tags : exposition, censure
Dans quelques jours nous vous parlerons de l'exposition Pop Life: Art In the Material World, qui a ouvert ce 1er octobre à la Tate Modern de Londres. Nous n'aurons pas eu, hélas, l'occasion de la voir dans son intégralité... Les policiers de Scotland Yard y ont fait une descente, la veille de son ouverture au public, afin de supprimer des cimaises le célèbre portrait de Brooke Shields par Gary Gross, repris par Richard Prince sous le titre Spiritual America. Image qui illustrait justement un précédent billet de De Visu consacré au procès fait aux commissaires de l'exposition « Présumé innocent », où l'œuvre était exposée.

La censure a décidément bon dos ces jours-ci... La photo de la starlette, alors âgée de dix ans, est d'une ambiguïté indéniable. Négociée à l'époque par la mère de Brooke Shields pour 450 dollars, et publiée dans un livre édité par Playboy, Sugar'n'Spice, cette image refait régulièrement surface, malgré les tentatives de l'actrice pour la faire interdire. Image hyper-connue, elle a été diffusée dans de nombreux livres d'art et montrée dans d'innombrables expositions depuis plus de 30 ans.

Pourquoi aujourd'hui censurer cette image ? On ne peut s'empêcher de faire le lien avec l'arrestation récente de Roman Polanski, plus de 30 ans après le viol d'une jeune fille de 13 ans. Mais si, dans ce cas, la justice a effectivement un rôle à jouer (que d'aucuns nient, à commencer par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand), dans celui de la photo de Brooke Shields, le délit présumé serait l'obscénité qui pourrait choquer les visiteurs de la Tate... Retirons, alors, du Louvre l'Hermaphrodite endormi, sculpture d'époque romaine, ou les photos du baron Wilhelm von Gloeden du musée d'Orsay ! L'art n'a pas à se soucier de ceux qui le reçoivent, qu'ils soient trop sensibles ou trop pervers pour s'y confronter avec mesure, car, contrairement à l'idée reçue, l'art n'est pas "mieux" que la vie.

Ill. Gary Gross, Brooke Shields : The woman in the child, 1980



En images : les collages de Max Ernst au musée d'Orsay

Posté par Magali le 26.08.09 à 15:30 | tags : expos à paris, exposition, surréalisme

Cela faisait plus de 70 ans que ce petit trésor du surréalisme, propriété de Daniel Filipacchi, n'avait pas été montré au public. Après l'Albertina de Vienne l'an passé, et la Fundación Mapfre de Madrid au printemps, le musée d'Orsay expose la totalité des 184 collages originaux qui composent Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux, suite réalisée par Max Ernst à l'été 1933 lors d'un séjour dans le petit village de Vigoleno, près de Parme.

S'inspirant des sept jours de la Création du monde et de sept éléments (la boue, l'eau, le feu, le sang, le noir, la vue, Inconnu), les collages d'Ernst plongent avec une terrifiante précision dans les arcanes de l'inconscient. Plus que quelques jours pour découvrir cet univers halluciné, à explorer dans notre diaporama des collages de Max Ernst.


Max Ernst : Une semaine de bonté, les collages originaux
, au musée d'Orsay, Paris, jusqu'au 13 septembre 2009. www.musee-orsay.fr

Catalogue, sous la direction de Werner Spies, publié aux éditions Gallimard et de la Fundación Mapfre, 320 pages, 45 €.




Toucher du doigt les chefs-d'œuvres au Centre Pompidou

Posté par Magali le 06.08.09 à 12:10 | tags : centre pompidou, exposition

Poursuivant sa politique d'accessibilité offerte à tous les publics, le Centre Pompidou propose depuis le 1er juillet dans les espaces d'exposition permanente un « Parcours tactile » conçu en collaboration avec le créateur de lunettes Alain Mikli, dont la société a mis au point une technique d'images gravées réalisées à partir d'un logiciel sur des plaques d’acétate de cellulose.

Le but est de permettre aux personnes déficientes visuelles d'appréhender les formes, les contours et les textures de dix toiles majeures des collections du Musée national d'Art moderne, afin de pouvoir en construire progressivement une image mentale. Les œuvres choisies, cinq modernes (Georges Rouault, Pablo Picasso, Juan Gris, Max Ernst, Pierre Soulages) et cinq contemporaines (Georg Baselitz, Jean-Michel Basquiat, Anselm Kiefer, Jonathan Lasker, Bernard Piffaretti) donnent un aperçu des tendances essentielles de la peinture du XXe siècle.

 

Exemple ici avec Slave Auction , œuvre de 1982 de Jean-Michel Basquiat, dont ont été rendus sur une plaque en relief les effets de griffures et de coulures de la peinture.

Plus d'infos sur le site Handicap du Centre Pompidou

Ill. Jean-Michel Basquiat, Slave Auction , 1982, collage de papiers froissés, pastel gras et peinture acrylique sur toile, 183 x 305,5 cm, don Société des Amis du Musée national d'Art moderne, 1993 © Fondation Basquiat
Image tactile © Centre Pompidou / Alain Mikli

 




Prix Marcel Duchamp : Laurent Grasso en rayonnement fossile

Posté par Magali le 04.08.09 à 09:23 | tags : prix, art contemporain, exposition

Après Thomas Hirschhorn, Dominique Gonzalez-Foerster, Mathieu Mercier, Claude Closky ou Tatiana Trouvé, c'est Laurent Grasso, 37 ans, qui était en compétition avec Michel Blazy, Stéphane Calais et Didier Marcel, qui a été désigné l'an passé pour la remise du prix Marcel Duchamp, décerné par l'ADIAF, association de collectionneurs. Pour son exposition concomitante au Centre Pompidou, l'artiste présente une vaste installation, « The Horn Perspective », dans la droite lignée de son œuvre déjà connue.

Dans l'espace 315 du Centre Pompidou plongé dans le noir émergent une immense antenne en forme de trompe, Horn, réplique de celle utilisée par les scientifiques Penzias et Wilson dans les années 60 pour capter le rayonnement fossile du Big Bang (et qui leur valut le prix Nobel en 1978), et une réplique de l'antenne Tesla, créée par Nikola Tesla en 1899 à Colorado Springs pour enregistrer des ondes radio provenant de l'espace. On est là très proche de l'œuvre HAARP présentée au printemps dans l'exposition « Gakona » au Palais de Tokyo, qui reproduisait un champ d'antennes dans une base militaire. D'immenses enceintes au design rétro-futuriste reproduisent un « son diffus cosmologique », tandis que face à Horn, un film est projeté, fascinant travelling avant dans une forêt enchanteresse sur laquelle fond une nuée d'oiseaux.

Dans un esprit assez proche de l'exposition « Spy Numbers » visible au même moment au Palais de Tokyo, Laurent Grasso, qui doit beaucoup à la génération de Philippe Parreno exposant dans l'espace voisin, mêle réalité et fiction, art et science, passé et futur, dans un troublant jeu de ventriloquie obsédé par l'électromagnétisme et autres rayonnements. Une œuvre cohérente, mais qui manipule la complexité au risque de se fossiliser.


Laurent Grasso. The Horn Perspective
, à l'Espace 315 du Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 14 septembre. www.centrepompidou.fr

A lire : la monographie/catalogue raisonné Laurent Grasso. Le rayonnement du corps noir, avec des textes d'Elie During, Christophe Kihm et Marc-Olivier Wahler, et un entretien avec Laurent Grasso par Claire Staebler et Christophe Kihm, publiée par les Presses du réel, 320 pages, 32 euros. Commander

Ill. Laurent Grasso, Projet pour l'Espace 315 © Laurent Grasso, courtesy Galerie Chez Valentin



Les centres d'art en plein soleil

Posté par Magali le 31.07.09 à 11:52 | tags : exposition, art contemporain

Tout l'été, 43 centres d’art contemporain présents dans 18 régions et 37 départements français s’associent autour de l’opération nationale « Plein Soleil 09 / L'Eté des centres d'art ». En tout, près de 100 expositions et 200 artistes pour découvrir la création contemporaine, grâce à l'initiative de d.c.a, association française de développement des centres d’art.

Des suggestions de parcours sont proposées sur le site flowersway.com/pleinsoleil2009 : à Rennes (La Criée, puis œuvres dans l'espace public), dans l'Est parisien (Plateau/FRAC Ile-de-France, œuvre de Xavier Veilhan à la piscine Pailleron, espace ouvert Café au lit...), en Franche Comté (le 19 à Montbéliard, Michel Verjux à la Saline Royale d’Arc et Senans...).

Petite sélection d'événements de « Plein Soleil » :
. « Kasbah », Kader Attia, au CCC de Tours jusqu'au 31 octobre
. « Au Pied de la lettre », au Domaine départemental de Chamarande, jusqu'au 20 septembre
. Jochen Lempert et Vidya Gastaldon au Domaine de Kerguéhennec, Bignan, jusqu'au 27 septembre
. « Pour ne pas mourir deux fois », Camille Henrot, jusqu'au 6 septembre, et « Strange fruit in the street », Malachi Farrell, au LAIT, Albi et Castres, jusqu'au 31 octobre
. « Mesure du désordre, Œuvres du centre national des arts plastiques », au Parvis, Pau, jusqu'au 3 octobre
. « DreamTime. Grottes, Art Contemporain & Transhistoire », aux Abattoirs, Toulouse, jusqu'au 31 août
. « Spy Numbers » au Palais de Tokyo, Paris, jusqu'au 31 août
. Gianni Motti, à la Synagogue de Delme, jusqu'au 13 septembre
. « La Patinoire », Gilles Barbier, « The die is cast », Ryan Gander, et « Expanded Crash », Florian Pugnaire et David Raffini, à la Villa Arson, Nice, jusqu'au 18 octobre
. « Mes Dalton », expo collective à la Chapelle du Genêteil, Château-Gontier, jusqu'au 30 août


La carte des événements



« Spy Numbers » au Palais de Tokyo, expo SF

Posté par Magali le 29.07.09 à 09:26 | tags : science-fiction, exposition, palais de tokyo, art contemporain

« Spy Numbers », tel est le titre énigmatique de l'exposition estivale du Palais de Tokyo, que son directeur, Marc-Olivier Wahler, a transformé depuis son arrivée en 2006 en véritable laboratoire de l'art contemporain science-fictionnel, avec notamment les expositions Superdome ou Loris Gréaud. Suite ininterrompue de nombres diffusés par des voix anonymes sur les ondes courtes des radios, nous dit-on, les spy numbers sont émis depuis des décennies sans que l'on sache exactement ce qu'ils signifient...

Un bien gros mystère pour une exposition collective pas très épaisse, mais dont les quelques œuvres dispatchées dans l'espace réduit (pour cause de travaux) du Palais de Tokyo restent longtemps en mémoire. Certaines se mesurent à une échelle planétaire. On retient en particulier le dispositif mis en place par Dove Allouche et Evariste Richer, La Terrella (2002), reconstitution de la chambre sous vide de Birkeland reproduisant le phénomène des champs magnétiques et produisant des aurores boréales selon le calendrier céleste. Pour To lower the mountains (Abaisser les montagnes, 2005), Luca Francesconi est quant à lui aller prélever au terme d'escalades dans les Alpes les sommets de trois montagnes, matérialisées par trois pierres triangulaires, geste à la fois romantique et utopique.

Si Matt O'Dell illustre le titre de l'exposition avec sa Numbers Station Beacon/Community Broadcast Tower (2008-2009), il est bien le seul, et on ne voit pas ce que certaines œuvres, par ailleurs très impressionnantes, viennent faire là, comme Heap (2005), sculpture en jouets McDonald agglutinés de Jim Shaw ou le monumental Omission (2009) de l'Allemand Felix Schramm, déchirure spatiale dans l'architecture du bâtiment. Ainsi le noir « rhomboèdre à six losanges » de Tony Smith, For V.T., œuvre historique de 1969, se pose là comme un monolithe sorti de 2001 l'odyssée de l'espace. Dans toute la beauté de son mystère.


Spy Numbers, au Palais de Tokyo, Paris, jusqu'au 30 août 2009. Avec Dove Allouche & Évariste Richer, Pascal Broccolichi, Luca Francesconi, Ken Gonzales-Day, Norma Jeane, Arthur Mole & John Thomas, Matt O’Dell, Felix Schramm, Jim Shaw, Tony Smith, Stéphane Vigny
www.palaisdetokyo.com

Lire l'entretien avec Marc-Olivier Wahler réalisé en 2006

Ill. Felix Schramm, Omission, 2009. Vue de l’exposition « Spy Numbers », Palais de Tokyo, 2009. Photographie : André Morin



Beaubourg au top

Posté par Magali le 28.07.09 à 09:24 | tags : beaubourg, exposition


Avec plus de 473 800 visiteurs, l'exposition Alexander Calder, Les années parisiennes (1926–1933), qui a fermé ses portes le 20 juillet, compte parmi les plus grands succès de l'histoire du Centre Pompidou.

L'exposition prend la première place du palmarès de la Galerie 2, espace ouvert en 2003 au sixième étage de l'institution, coincé entre la Galerie 1, là où on lieu les méga-expos du Centre (actuellement Kandinsky, qui elle aussi semble-t-il va battre des records) et le restaurant Georges. Calder figure parmi les six expositions les plus fréquentées depuis la création du Centre, en 1977.

Il faut dire que Beaubourg fait très fort cet été, non seulement avec ces deux expositions d'art moderne remarquables, consacrées aux grandes figures de Kandinsky et Calder, mais aussi avec elles@centrepompidou, passionnant redéploiement des collections permanentes autour des artistes femmes au quatrième étage, ainsi que deux expositions monographiques centrées sur des artistes contemporains français reconnus sur la scène internationale, Laurent Grasso et Philippe Parreno.

A la rentrée, nous attendent une expo thématique qui promet, La Subversion des images. Surréalisme, photographie, film, et une rétrospective Soulages. Une programmation originale, ambitieuse et d'un sérieux irréprochable. Chapeau.


www.centrepompidou.fr

Ill. Alexander Calder, Joséphine Baker IV, vers 1928. Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, don de l’artiste, 1966 © 2008 Calder Foundation, New York / ADAGP




La Saison de la Turquie, c'est parti !

Posté par Magali le 22.07.09 à 15:29 | tags : exposition
 
 
Alors que l'adhésion de la Turquie à l'Europe demeure une question irrésolue, démarre ce mois-ci la Saison de la Turquie en France, avec plus de 400 événements culturels proposés jusqu'au 31 mars 2010.

Placée sous l'égide du Ministère des Affaires étrangères, via Culturesfrance, et des Ministères de la Culture français et turc (grâce notamment à la Fondation d'Istanbul pour la Culture et les Arts), cette Saison, inaugurée par l'exposition Istanbul, traversée au Palais des Beaux-Arts de Lille (jusqu'au 27 juillet) est ponctuée d'expositions, spectacles, concerts, rencontres ou manifestations liées au cinéma ou à la littérature, mais aussi de projets de coopération éducative et de débats sur le développement économique et social ou la géopolitique turcs.


Petite sélection d'événements :
. Un voyage dans l'histoire. Izmir – Phocée – Marseille, en juillet : la reconstitution d'un bateau antique, qui voyagera de Marseille à Paris, puis Istanbul via le réseau fluvial, fait revivre le périple des Phocéens qui fondèrent Marseille il y a 2600 ans. www
. Le Pont. Photos de Galata, à l'Orangerie du Sénat jusqu'au 2 août. www
. Café turc au jardin des Tuileries, jusqu'au 8 août
. Veillées du ramadan, avec notamment le chorégraphe Ziya Azazi et le cinéaste Fatih Akin, à l'Institut des Cultures d'Islam, à Paris, du 9 au 19 septembre. www
. Illumination de la Tour Eiffel aux couleurs de la Turquie en octobre
. Trois expositions sur l'art et la culture turcs au Louvre (www) et une grande expo De Byzance à Istanbul au Grand Palais (www) à partir d'octobre
. La Turquie, aujourd'hui, demain à l'Université de tous les savoirs, Paris, du 9 au 18 octobre www
. Festival Dansem, sur la danse contemporaine en Méditerranée, dans la région marseillaise, du 27 octobre au 11 novembre www
. Le mois de la Turquie à la Maison des Métallos en novembre, avec du cirque, une exposition de photographes turcs, du théâtre... www
. Panorama du cinéma turc à la Cinémathèque de Toulouse en novembre www
. Exposition personnelle de l'artiste contemporain Sarkis au Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg de novembre à avril (www) et intervention au Centre Pompidou en mars 2010
. Une semaine de théâtre turc à l'Odéon du 13 au 19 février 2010 www
. Carnaval de Deux Rives, à Bordeaux, fin février et début mars 2010 www


Le programme complet sur www.saisondelaturquie.fr

Photo © Guillaume Lebrun




En images : l'expo Richard Fauguet au Plateau

Posté par Magali le 20.07.09 à 16:51 | tags : art contemporain, exposition, expos à paris
Ses balles de ping-pong singeant la chronophotographie de Muybridge, sa table dressée toute en verre ou son fauteuil Vassili en tuyaux de poêle ont fait de Richard Fauguet une figure incontournable de l'art contemporain français des quinze dernières années.

Pour sa première exposition personnelle dans une institution parisienne, l'artiste castelroussin de 46 ans, mêle esthétique kitsch, détournements de l'art populaire et déviations fumistes. Comme son nom l'indique, « Pas vu, pas pris » au Plateau/FRAC Ile-de-France, ne se prend pas au sérieux. Aperçu avec le diaporama Richard Fauguet : Pas vu, pas pris.
 

Richard Fauguet. Pas vu, pas pris, au Plateau/FRAC Ile-de-France, Paris, jusqu'au 9 août 2009.



Le Carrosse de l'écurie Veilhan à Versailles

Posté par Magali le 17.07.09 à 10:43 | tags : art contemporain, exposition

On ne sais pas encore grand chose du projet de l'artiste français Xavier Veilhan, dont les œuvres, un an après l'exposition retentissante de Jeff Koons, investiront le château de Versailles pendant trois mois à l'automne prochain.

Voici ce qu'il nous en dit aujourd'hui :

"Il y a un an, lorsque Laurent Le Bon et Jean-Jacques Aillagon m’ont invité à succéder à Jeff Koons, je ne savais pas à quel point Versailles allait envahir ma vie : cette exposition est une occasion formidable de présenter mon travail à grande échelle, de par sa taille et le public concerné. Il faut se confronter aux désirs mis en forme par nos ancêtres, montrer comment nos propres désirs peuvent les prolonger et les compléter, sans innocence, mais avec la fraîcheur des ambitieux.
Déployée principalement à l’extérieur du château sur un axe est-ouest, ma proposition est composée d’un ensemble d’œuvres produites pour l’occasion formant un pointillé contemporain qui partage en deux le domaine magistralement dessiné par Le Nôtre. L’art est un outil de vision au travers duquel il faut regarder pour comprendre notre passé, notre présent et notre futur"
.

L'expo, qui s'intitulera tout simplement "Veilhan Versailles", incluera une commande publique passée par le Ministère de la Culture, via le CNAP (Centre national des Arts plastiques), auprès de l'artiste. Le Carrosse, pièce de quinze mètres de long et de trois tonnes en tôle pliée et soudée, sera installé dans la cour d'honneur du château. Directement inspiré du véhicule du Roi Soleil, l'œuvre sera réalisée à l'échelle 1, dans une technique de modélisation. Celle-ci, véritable marque de fabrique de l'artiste et de son atelier-« écurie », permet de transférer en sculpture une image créée par ordinateur. Cette simulation en donne un aperçu. A découvrir dès le 13 septembre.

 

 




Miroir, mon beau miroir...

Posté par Magali le 13.07.09 à 10:37 | tags : exposition
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la cosmétique, de l'Antiquité à la Renaissance... sans avoir jamais vraiment pensé à le demander.

Le musée de Cluny, musée national du Moyen Age, à Paris, et le musée de la Renaissance à Ecouen (Val d'Oise) organisent conjointement cet été une exposition, « Le Bain et le Miroir », consacrée aux soins du corps et cosmétiques, des thermes romaines aux peignes en ivoire gothiques (Cluny) et aux traités de cosmétologie du XVIe siècle (Ecouen).

Afin d'approfondir le sujet, un sompteux catalogue en forme de traité d'apothicaire, doré sur tranche, est publié par les éditions Gallimard. Chaque objet exposé y est détaillé, du strigile avec lequel l'athlète raclait l'huile et la sueur de sa peau après l'effort, au « bijou de senteur », flacon de parfum que l'on portait en pendentif à la Renaissance.

Saviez-vous que dès le IIIe siècle les Romaines voulaient toutes se teindre en blondes, « regrettant qu'on ne les ait pas fait naître en Germanie ou en Gaule », que les thermes faisaient aussi bibliothèque et bordel, ou encore que le bikini se portait déjà au IVe siècle ?

Le catalogue permet de découvrir notamment la composition chimique des précieux fards et onguents utilisés par nos ancêtres, mis à l'étude avec la collaboration de L'Oréal Recherche et du Centre de recherche et de restauration des musées de France. Comme dans un magazine chez le coiffeur, on peut consulter les différents types de coiffures adoptés par les dames dans l'Antiquité. On y apprend également l'histoire des bains, « des étuves populaires antiques au bain aristocratique », ou l'importance d'un genre pictural, à la croisée du nu et du portrait, celui de la toilette.

Mais on en retient surtout que plusieurs millénaires n'ont pas fondamentalement changé les gestes, codes et dispositifs qui régissent la « toilette », contrairement à la conception de la beauté, qui elle peut varier d'une décennie à l'autre. Miroir, mon beau miroir...


Le Bain et le Miroir. Soins du corps et cosmétiques de l'Antiquité au Moyen Age, au musée de Cluny, Paris (www), et Le Bain et le Miroir. Soins du corps et cosmétiques à la Renaissance, au musée de la Renaissance, château d'Ecouen (www), jusqu'au 21 septembre 2009.

Catalogue, sous la direction de Michèle Bimbenet-Privat, Isabelle Bardiès-Fronty et Philippe Walter, éditions Gallimard, Paris, 352 pages, 49 euros.




En images : Ingres, à toutes les sauces

Posté par Magali le 10.07.09 à 16:02 | tags : exposition, peinture, art contemporain
Ingres, peintre classique placé par la critique du côté du dessin, quand Delacroix représentait la couleur, donc la modernité, fut dès son vivant un peintre dénigré pour sa froideur et son académisme.
Pourtant, son influence sur l'art moderne et contemporain se fait toujours sentir, en raison non seulement de l'extraordinaire répertoire de formes qu'il a pu constituer, mais aussi grâce à l'audace insoupçonnée de sa peinture, truffée de déformations expressives et de détails bizarres.

Le musée Ingres de Montauban consacre cet été une exposition à ce sujet. Tour d'horizon de la question avec le diaporama "Ingres et les modernes".




Ingres et les modernes, au musée Ingres de Montauban, jusqu'au 4 octobre 2009. Plus d'infos



Art / espace / cerveau

Posté par Magali le 10.07.09 à 13:45 | tags : art contemporain, exposition

Ça n'est pas une exposition, c'est un laboratoire. C'est ainsi que Nathalie Ergino, directrice de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, et Ann Veronica Janssens, artiste, ont imaginé le projet « Laboratoire espace cerveau », dont la première étape est visible cet été à l'IAC.

Car si cette « Station 1 » est bien constituée d'œuvres déployées dans un espace, le visiteur est amené à expérimenter les œuvres, « en consultation » et en entrée libre, et non pas à simplement les contempler. Le thème même du laboratoire, les expérimentations artistiques liant espace et cerveau, implique le spectateur, et donc son cerveau, dans la recherche d'un résultat : l'œuvre seule est incomplète.

Ann Veronica Janssens, qui a co-signé récemment le décor de The Song, nouvelle création d'Anne Teresa De Keersmaeker au Théâtre de la Ville, travaille depuis une vingtaine d'années sur la perception de l'espace, grâce notamment à des projections lumineuses. À l'IAC, l'artiste présente une cabine de verre enfumée, dans laquelle le visiteur perd tout repère et semble flotter dans l'espace, ainsi qu'un container rassemblant les protoypes de Janssens, comme une sorte d'atelier expérimental.

Pour cette première étape du laboratoire, des œuvres historiques sont montrées : des vidéos des années 1960 de Nam June Paik et de Wolf Vostell, une impressionnante installation de James Turrell, The Wait (1989) qui plonge le visiteur dans l'obscurité et dans l'attente de la perception d'une faible lueur, une Boîte à flash (1964) de François Morellet ou encore un Conical Solid (1974) d'Anthony McCall, cône de lumière dont on expérimente la non-matérialité.

Ce « chantier d'investigations » se prolongera jusqu'en 2011 et prendra la forme de conférences, d'interventions, de blog, de publications, etc., qui occuperont divers champs : les neurosciences, la physique, la parapsychologie, le chamanisme... Une véritable plongée au « centre mystérieux de la pensée ».


Laboratoire espace cerveau / station 1, Institut d’art contemporain de Villeurbanne, jusqu'au 16 août 2009. www.i-art-c.org

Ill. Carlos Cruz-Diez, Chromosaturation du rouge et du bleu, 1965, collection Musée d’art contemporain de Lyon, vue du Laboratoire espace cerveau / station 1, Institut d’art contemporain, Villeurbanne. Crédit photographique : Blaise Adilon



Alan Vega et Jean-Luc Mylayne au MAC Lyon : du trash et du poétique

Posté par Magali le 06.07.09 à 08:46 | tags : musique, exposition, art contemporain, photographie, rock
 
 
Alan Vega, co-leader du groupe Suicide, fait partie de ces musiciens hyper-connus, qui compte parmi les pionniers du rock électro, mais qui reste un artiste plastique ignoré du grand public. Membre depuis quarante ans de la scène artistique new-yorkaise où il anima un lieu alternatif, le Project of Living Artists, Alan Vega expose pourtant souvent dans les musées. Avant cette première rétrospective, actuellement au MAC Lyon, ce fut le cas en 2008 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles avec l'expo It's not only rock'n'roll baby !, où les néons cruciformes du chanteur cotoyaient les dessins sanguins (littéralement) de Peter Doherty, les beaux entrelacs de Devendra Banhart ou encore une installation inspirée de Yoko Ono, artiste contemporaine majeure du dernier demi-siècle, que l'on connaît mieux pour d'autres raisons.


Les Lights Sculptures d'Alan Vega, généralement en forme de croix, mêlent des néons et des objets divers recyclés, emblèmes de l'univers punk-rock (bouteilles de vodka, images sexuées, esthétique trash), symboles politico-religieux (drapeau américain, Jésus, photos d'officiers US) ou icôniques (Marylin Monroe, photos de boxeurs). Cette esthétique du backstage associe un réseau gordien de câbles et ce qui ressemble aux restes d'un after-show. Si chaque œuvre porte en soi la force de frappe d'un riff de guitare velu, l'accumulation et le trop-plein de sens finit par lasser, comme à la fin d'un concert de rock, quand les oreilles sifflent.

 



La seconde exposition monographique que le musée d'art contemporain de Lyon propose cet été en est à peu près l'antithèse. Tandis que les salles occupées par Alan Vega sont plongées dans une obscurité propice à la lumière jaune ou rose de ses néons, les photographies grand format du Français Jean-Luc Mylayne se déploient dans des espaces d'une grande clarté. À la rugosité rock de Vega s'oppose la ténuité à la Satie des œuvres de Mylayne.

L'artiste n'a produit en tout et pour tout dans sa carrière qu'environ 400 photographies, chacune à tirage unique. Elles ont en commun non seulement une technique extraordinaire de champs et de contre-champs alternant flou et netteté, mais surtout leur thème, à savoir la capture en instantané photographique du vol d'un oiseau. Cet oiseau, véritable complice de Mylayne, le photographe le repère, lui parle, fixe un cadre dans le paysage, puis attend son passage à l'intérieur de ce cadre pour déclencher l'appareil. Une intense poésie se dégage de ces images, comme dans la série où le pourrissement de pommes est étudié pas à pas. L'artiste livre ici un discours sur le temps, hors du temps, loin des pratiques actuelles mais éminemment contemporain.


Alan Vega, Infinite Mercy et Jean-Luc Mylayne, Tête d'Or, au MAC Lyon, jusqu'au 2 août 2009. Plus d'infos
Découvrez en vidéo les expos actuelles ici

Ill. :
Alan Vega, Infinite Mercy (Lyon Altarpiece), 2009, détail. Collection de l’artiste, New York, en dépôt au MAC Lyon.
Jean-Luc Mylayne, PO – 30, janvier-février 2006, 123 x 153 cm. Courtesy de l'artiste.

 




Félicien Marboeuf : œuvres sans artiste

Posté par Magali le 01.07.09 à 13:31 | tags : art contemporain, exposition

Faire de la vie une œuvre d'art, ou plus exactement partir de la vie d'un personnage imaginaire, mais relié par de multiples connexions à des êtres et à des faits bien réels, et en faire des œuvres d'art. Tel est le propos de la passionnante, mais non moins serrée, exposition organisée à la Fondation d'entreprise Ricard par le critique d'art, ex-rédacteur en chef d'art press et commissaire d'exposition Jean-Yves Jouannais, en prolongement de son ouvrage Artistes sans œuvres. I would prefer not to, publié en 1997 (réédité aujourd'hui aux éditions Verticales).

L'auteur y fait le salutaire recensement (et l'apologie) d'un « art qui n'existe qu'en creux », plaçant en exergue cette phrase de Montaigne« Notre grand et glorieux chef-d'œuvre, c'est vivre à propos » (Les Essais, III, 13). Détaillant les démarches de ceux chez qui « l'œuvre est présente partout, et visible nulle part », Jean-Yves Jouannais convoque dans ce panthéon des indifférents « déségotisés » et des fumistes notoires les figures de Marcel Duchamp, Jacques Vaché, Félix Fénéon, Jorge Luis Borges ou Yves Klein, ou cite le cas de la « Société perpendiculaire » administrant un « Bureau des Projets non réalisés »...

Un chapitre entier est consacré à Félicien Marboeuf (1852-1924), connu de son vivant comme « le plus grand écrivain n'ayant jamais écrit », célébrité amie de Marcel Proust (auquel il aurait même inspiré une grande partie de la Recherche), mais qui en réalité n'a jamais existé. L'exposition de la Fondation Ricard propose d'évoquer la vie du grand homme à travers une série d'œuvres d'artistes contemporains complétant le propos de Jean-Yves Jouannais.

Certains ont imaginé un Félicien Marboeuf tangible, notamment par des portraits peints dans le style de l'époque (Antoine Roegiers), des enregistrements de sa voix lisant des textes célèbres (Nicolas Darrot), une reconstitution de son intérieur (par le styliste Christian Lacroix), ou des photos d'une station de métro parisienne « Marboeuf » (Guy Girard).

D'autres œuvres traitent du thème de la disparition de l'auteur (Marboeuf se serait enfui à Glooscap, au Canada, après avoir été accusé d'attentat à la pudeur sur une enfant de onze ans), comme le magnifique mur de photographies d'hommes célèbres aux yeux clos d'Alain Rivière, les autoportraits à la limite de l'invisible de Luc Andrié ou encore l'évocation par des plans et photos de la ville de Glooscap, cité imaginaire dont l'artiste Alain Bublex alimente la véracité depuis une douzaine d'années.

Rassemblant des œuvres sans fioritures, ayant en commun la simplicité et la force d'intention, comme ces socles sans œuvres d'Isabelle Cornaro, l'exposition de la Fondation Ricard fait un pied-de-nez aux égotismes artistes. Une véritable bouffée d'air frais et d'intelligence.


Félicien Marboeuf (1852-1924), une proposition de Jean-Yves Jouannais, jusqu'au 11 juillet 2009 à la Fondation d'entreprise Ricard, Paris. Plus d'infos.
Avec Luc Andrié, Gilles Barbier, Alain Bublex, Isabelle Cornaro, Nicolas Darrot, Olivier Dollinger, Christophe Duchatelet, Jean-Baptiste Ganne, Dora Garcia, Franck Gérard, Guy Girard, Jakob+MacFarlane, Christian Lacroix, Perrine Lievens, Pascal Martinez, Nora Martirosyan, Antoine Poncet, Pascal Quignard, Alain Rivière, Antoine Roegiers, Denis Savary.

A lire : Jean-Yves Jouannais, Artistes sans œuvres. I would prefer not to, réédition revue et augmentée d'une préface d'Enrique Vila-Matas, 2009, Éditions Verticales, 120 pages, 17,90 euros.

Ill. Guy Girard, Station Marboeuf, 2009, vidéo, courtesy de l'artiste.





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