Expos : blog actu arts et expos. De Visu.

La censure frappe encore

Posté par Magali le 02.10.09 à 14:11 | tags : exposition, censure
Dans quelques jours nous vous parlerons de l'exposition Pop Life: Art In the Material World, qui a ouvert ce 1er octobre à la Tate Modern de Londres. Nous n'aurons pas eu, hélas, l'occasion de la voir dans son intégralité... Les policiers de Scotland Yard y ont fait une descente, la veille de son ouverture au public, afin de supprimer des cimaises le célèbre portrait de Brooke Shields par Gary Gross, repris par Richard Prince sous le titre Spiritual America. Image qui illustrait justement un précédent billet de De Visu consacré au procès fait aux commissaires de l'exposition « Présumé innocent », où l'œuvre était exposée.

La censure a décidément bon dos ces jours-ci... La photo de la starlette, alors âgée de dix ans, est d'une ambiguïté indéniable. Négociée à l'époque par la mère de Brooke Shields pour 450 dollars, et publiée dans un livre édité par Playboy, Sugar'n'Spice, cette image refait régulièrement surface, malgré les tentatives de l'actrice pour la faire interdire. Image hyper-connue, elle a été diffusée dans de nombreux livres d'art et montrée dans d'innombrables expositions depuis plus de 30 ans.

Pourquoi aujourd'hui censurer cette image ? On ne peut s'empêcher de faire le lien avec l'arrestation récente de Roman Polanski, plus de 30 ans après le viol d'une jeune fille de 13 ans. Mais si, dans ce cas, la justice a effectivement un rôle à jouer (que d'aucuns nient, à commencer par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand), dans celui de la photo de Brooke Shields, le délit présumé serait l'obscénité qui pourrait choquer les visiteurs de la Tate... Retirons, alors, du Louvre l'Hermaphrodite endormi, sculpture d'époque romaine, ou les photos du baron Wilhelm von Gloeden du musée d'Orsay ! L'art n'a pas à se soucier de ceux qui le reçoivent, qu'ils soient trop sensibles ou trop pervers pour s'y confronter avec mesure, car, contrairement à l'idée reçue, l'art n'est pas "mieux" que la vie.

Ill. Gary Gross, Brooke Shields : The woman in the child, 1980



« 100 sexes » à Venise : l'histoire sans fin

Posté par Magali le 21.08.09 à 19:54 | tags : art contemporain, censure, biennale de venise
On se souvient que l'affaire de la censure de l'exposition « 100 sexes » de l'artiste Jacques Charlier, dans le off de la Biennale de Venise, avait fait beaucoup de bruit pour pas grand chose. Et ça n'est pas terminé. Une lettre ouverte vient d'être adressée par Jacques Charlier et Roberto Lunghi, commissaire, à Massimo Cacciari, maire de Venise et par ailleurs philosophe et professeur d'esthétique, dans laquelle les deux signataires tentent de comprendre ce que la mairie a voulu signifier en estimant que ces innocentes affiches de sexes d'artistes, pourtant loin d'être pornographiques, porteraient « offense au sens commun de la pudeur » et aux artistes eux-mêmes.

Mais l'affaire prend encore une nouvelle dimension, avec non seulement la publication prochaine, par la Communauté française de Belgique, d'un ouvrage relatant toutes les étapes de l'histoire, mais aussi un communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme elle-même (née, rappelons-le, à la suite de l'affaire Dreyfus en 1898), avec cette conclusion lyrico-métaphorique d'Agnès Tricoire, avocate et spécialiste de la Propriété intellectuelle : « Comme le voile transparent qui croit cacher le sexe qu'il recouvre, et qui au contraire le révèle en le désignant à la curiosité de l'imagination, montrant au passage l'obsession du juge, la censure de Venise est un masque, mais un masque bien sombre. Une pudeur impudique. Une injustice ».

Et si « 100 sexes » avait été retoquée tout simplement en raison de la médiocre qualité de l'expo, avec l'excuse, il est vrai fallacieuse, d'une prétendue offense à la pudeur ? Il eut été plus honnête, alors, d'invoquer l'esthétique plutôt que la morale - question philosophique pour M. Cacciari.

Depuis, l'expo de Jacques Charlier a été montrée à Anvers, Belgrade, Bergen, Bruxelles, Linz, Luxembourg, Metz, Namur et Sofia. Et on n'a sans doute pas fini d'en entendre parler...

 

Voir le diaporama de la Biennale de Venise.

 









Censure à Venise : beaucoup de bruit pour pas grand chose

Posté par Magali le 08.06.09 à 10:21 | tags : censure, art contemporain, biennale de venise


La Biennale de Venise, grand raout où se retrouve la jet-set de l'art contemporain et où se dessinent — ou se confirment — ses tendances, est une manifestation internationale, perçue aussi comme une compétition artistique entre nations, chaque « pavillon » étant soutenu par le gouvernement de son pays. Aussi les œuvres politiques, comme cette année Le Grand Soir de Claude Lévêque au pavillon français, y trouvent-elles un écho amplifié et les débats peuvent y être vifs.

On connaît la situation politique actuelle de la Belgique, déchirée entre ses communautés wallonne et flamande, certains envisageant même une scission pure et simple du pays. Cette année, c'est la Flandre qui représente la Belgique à Venise, selon un principe d'alternance, un artiste de la communauté française, Jacques Charlier, ayant été officiellement désigné pour exposer dans le off. Depuis 1973, cet artiste dessine des « sexes d'artistes », interprétés selon leurs « attributs artistiques ». Le Ministère de la Culture et de l’Audiovisuel de la Communauté française de Belgique avait favorablement accueilli l’idée de montrer cent de ces dessins sous forme d’affiche dans l’espace public de Venise. Projet finalement rejeté, par crainte, selon la direction de la Biennale, « d'offenser les artistes concernés », prétexte fallacieux étant donnée la bonhommie bien inoffensive de ces dessins — le sexe de Jeff Koons, par exemple, est figuré par l'un de ces ballons de baudruche qu'affectionne l'artiste. Jacques Charlier et ses dessins se sont donc repliés à bord d'un bateau amarré non loin des Giardini — avant d'être exposés dans diverses villes d'Europe —, et bénéficient de fait d'une extraordinaire publicité, qu'ils ne méritaient sans doute pas.

A voir sur Fluctuat, l'interview vidéo de Claude Lévêque, qui représente la France à la Biennale de Venise, et le diaporama de la Biennale de Venise.
www.labiennale.org

Ill. Jacques Charlier, Sexe d’artiste N° 84, 1973-2009 © Jacques Charlier






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