« Pour moi, la photographie n'est pas première, elle est médiatisée, elle arrive dans un second temps, après une réflexion, après la mise en place d'un cadre opératoire et de règles ». Tel est le programme annoncé par Bruno Serralongue, dont l'exposition Feux de camp, au Jeu de Paume, forme un contrepoint hyperréaliste avec la magie des films d'animation de William Kentridge présentés à l'étage du dessus (voir notre chronique).
Artiste photographe, Bruno Serralongue possède du photoreporter certains qualités, comme la curiosité ou la ténacité qui le rivent à son sujet, mais s'en distingue cependant par divers aspects. S'il est capable de partir par ses propres moyens à l'autre bout de la planète pour couvrir un événement d'une brûlante actualité, comme la « Rencontre Intergalactique pour l'Humanité et contre le Néolibéralisme » des Indiens du Chiapas, en 1996, le Forum social de Bombay, en 2004, ou le Sommet mondial sur la société de l'information à Tunis, en 2005, ça n'est pas pour répondre à la commande d'un organe de presse, ni même pour proposer une pige.
Car ce qui intéresse Serralongue n'est pas vraiment l'événement lui-même — bien qu'il souligne qu'aujourd'hui « tout est événement » — mais plutôt sa périphérie, ses à-côtés formels et humains, comme « répertoire de l'action collective ». Au Jeu de Paume, Bruno Serralongue rapproche des images d'événements sans lien apparent, mais où l'on peut repérer des invariants, pas tant formels que structurels ou politiques, par exemple entre les machines incendiées lors du mouvement social dans l'entreprise New Fabris, à Châtellerault, en 2009, et les feux de camps des migrants à Calais.
A l'heure où les agences photo connaissent une réelle crise identitaire et économique, l'artiste pose la question : « Qui fabrique l'image ? ». Ainsi précise-t-il dans un entretien publié dans le catalogue de l'exposition que « ce n'est pas uniquement dans ce qui est montré que réside (son) travail, mais aussi dans les potentialités signifiantes émergeant des conditions de prises de vue (...) Deux photographies faites l'une par un journaliste, l'autre par (lui), au même moment lors d'un même événement seront dans un cas une information, et dans l'autre une contre-information ».
Se plaçant à contre-courant du flux d'informations qu'imposent les médias, Bruno Serralongue cite Baudrillard : « Nous sommes dans l'écran mondial. Notre présent se confond avec le flux des images et des signes, notre esprit se dissout dans la surinformation et l'accumulation d'une actualité permanente qui digère le présent lui-même ».
Voir l'entretien avec Bruno Serralongue réalisé par le Jeu de Paume :
Bruno Serralongue. Feux de camp, au Jeu de Paume, Paris, jusqu'au 5 september 2010. www.jeudepaume.org
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