Cinq questions à Osta et Bruce, graffeurs et accusés
![]() Fluctuat : La révolte, l’urgence, l’éphémère. Ce sont les motivations évoquées par un des graffeurs brésiliens de l’exposition « Graffiti » à la Fondation Cartier. Avez-vous les mêmes ? Bruce : Il y a effectivement une certaine poussée d’adrénaline à peindre dans l’urgence. C’est notamment le cas des trainistes qui oeuvrent dans des dépôts où les trains et les métros dorment. On connaît le fonctionnement de chaque dépôt pour pouvoir opérer. Et ensuite il faut aller vite, peindre sans recul, et quand le train commence son service et qu’on sait que nos œuvres vont être vues par 40 000 personnes, en période de pointe, la satisfaction est intense ! L’idée même du graffiti, art urbain n’est-elle pas dénaturée dès qu’il franchit les portes d’un musée ou d’une galerie ?Bruce : J’ai longtemps dit « moi, exposer dans une galerie, jamais ! ». Le graff, c’était l’angoisse, cette forme d’urgence, la rapidité, l’efficacité, la création un pied contre un mur, un autre contre un wagon. Mais en fait, ce qui nous importe, c’est que notre travail d’artiste soit vu. Les galeries nous ouvrent à un autre public, différent, nous sortent de l’anonymat, nous inscrivent dans la durée, et nous permettent d’avoir des avis sur ce qu’on fait. Pourtant, la façon de peindre n’est pas différente, je ne vais pas peindre dans un salon feutré en me grattant le menton, mais sur des terrains vagues, ou sous des porches parfois. L’énergie, le style ne changent en rien. Et je ne vais pas non plus m’y reprendre à quatre fois, sous prétexte que l’œuvre est destinée à une galerie !
Que pensez-vous de l’engouement général autour du graffiti ? Osta : Cela fait largement évoluer le regard sur les graffeurs, qui avant, étaient uniquement qualifiés de « vandales ». C’est très positif. Bruce : Et puis ça pousse une autre population à aller dans les musées. Moi, je n’avais jamais mis les pieds au Grand Palais avant l’exposition T.A.G. Venons-en à l’aspect judiciaire : vous avez été près de 60 prévenus dans le procès qui s’est tenu au TGI de Versailles… Bruce : Oui, on était 56 au total, de différentes régions de France. Ils ont voulu faire un grand coup, et quand il s’agit de trains, les peines sont souvent sévères, car les parties civiles sont puissantes. On a été jugés pour dégradations aggravées des espaces publics. Après appel, il y a quelques jours, le délit a été requalifié en délit mineur, dégradations légères. Les faits étant antérieurs à mai 2002, date de l’élection de Jacques Chirac, nous avons bénéficié de l’amnistie . Osta : Le jugement est tombé au moment même où Thalys avait invité quatre graffeurs européens renommés à peindre ses rames… Et au moment où vous exposez dans une galerie. Cette concomitance semble assez absurde, non ? Bruce : Il est un peu délicat pour nous de nous prononcer là-dessus : un autre procès, civil celui-là, suivra le pénal, en janvier 2010. Nous attendons donc de voir… » Illus galerie Nathalie Fiks Osta, Bruce, Aleksandar Petrovic, exposition UFO Galerie Nathalie Fiks, Paris 9e jusqu’au 24 octobre.
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