Anselm Kiefer à l'Opéra Bastille : plus dure sera la chutePosté par Magali le 08.07.09 à 17:01
Un accueil glacial a été réservé mardi 7 juillet par le public de l'Opéra Bastille à la création mondiale de Am Anfang (Au commencement), pièce commandée à l'artiste Anselm Kiefer par Gérard Mortier, directeur de l'Opéra de Paris. Fêtant à la fois les vingt ans de Bastille et le départ de Gérard Mortier après cinq riches saisons, Am Anfang vient à point nommé pour mener une réflexion sur la fin, synonyme dans ce spectacle de crise et de destruction, nécessaire à tout (re)commencement.Une toile représentant la région du Croissant fertile fait écran devant la scène. La voix de Denis Podalydès récite une litanie de catastrophes bibliques, les « strates de l'Histoire ». La toile se lève et laisse apparaître le décor de ruines imaginé par Anselm Kiefer. L'artiste allemand a installé sur la scène de Bastille, d'une profondeur prodigieuse, une série de ses tours que l'on avait pu voir dans l'exposition Monumenta en 2007 au Grand Palais. Constituées de cubes de béton montés les uns sur les autres, ces tours de guingois, qui semblent menacer de s'effondrer, figurent le thème de la chute qui prédomine dans le texte lu par la récitante, Geneviève Boivin, qui incarne Chekhina, ou le peuple juif élu et banni. Des individus casseurs de pierres se distinguent peu à peu du sol de cendres, ombres anonymes. Au centre trône un immense livre aux pages comme calcinées, autre écho à une œuvre de Kiefer, Sternenfall (Chute d’étoiles), bibliothèque de livres en verre et en plomb. Le Livre est au cœur de la pièce : il précède l'image et dicte le sens, laissant peu d'espace à l'interprétation personnelle du spectateur. Anselm Kiefer est né en 1945 en Allemagne, et a grandi dans les ruines qui ont précédé la reconstruction. Son œuvre en est imprégné jusqu'à la saturation. Am Anfang, trop littéral, n'est ni un opéra, ni une pièce de théâtre ou chorégraphique, ni une installation d'art contemporain. Sur scène, rien ne se passe ou si peu, le texte récité est simplement illustré, les personnages qui hantent la scène sont muets : un mur de briques se construit petit à petit, ici et là un éboulement, une cruche est brisée, puis les cendres sont balayées. La musique du compositeur allemand Jörg Widmann, riche d'accords vibrants associant clarinette, accordéon et harmonica de verre, imprègne de tension cette pesante vision de fin du monde. Hélas, Anselm Kiefer, grand peintre, est un piètre metteur en scène : assembler un magnifique décor, un texte et une musique riches ne suffisent pas, le spectacle vivant est aussi synonyme de chair, ici cruellement absente. Am Anfang (Au commencement), conception et mise en scène d'Anselm Kiefer, musique de Jörg Widmann, avec Geneviève Boivin en récitante et l'orchestre de l'Opéra national de Paris. Jusqu'au 14 juillet à l'Opéra Bastille (gratuit le 14 juillet, à 16h). www.operadeparis.fr Commentaires
De Yvon Roussel, posté le 09.07.09 à 08:46
![]() Je suis très étonné que le public ait été glacial pour la première de Am Anfang.Je suis allé le lendemain et j'ai trouvé qu'entre l'oeuvre d'Anselm Kieffer et la musique de Jorg Widmann il y avait une justesse évidente .La voix des récitantes semble errer dans ce monde de fin ou de commencement.Nous sommes placés dans un monde en suspension où les individus semblent eux mêmes des éléments de pierres ou de ruines,c'est une vision trés forte et très esthétique. Beaucoup de spectateurs ayant une critique négative ne connaissaient sans doute pas l'oeuvre de Kieffer.Ce qu'il faut avoir compris quand le rideau se lève ,c'est que le décor n'est pas un décor mais une oeuvre d'art dans laquelle artistes et spectateurs sont présents .
De Natalie, posté le 17.07.09 à 11:39 ![]() Eh bien non je ne connaissais pas l'oeuvre de cet artiste prétentieux. Et alors? Faut-il connaître Van Gogh pour en admirer les oeuvres ? Le spectacle vivant est un échange avec le public. Ici, rien ne nous était donné, si ce n'est un vide lamentable et honteux. On touche à la misère de l'art. Car même ce décor que tant de critiques annoncent somptueux était d'une laideur sans pareille, comme ces pauvres êtres qui erraient sur scène, et que je plaignais de devoir accomplir les exigences d'un pseudo créateur qui insulte et les artistes du spectacle et le public. Ajouter un commentaire |
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