Expos : blog actu arts et expos. De Visu.

L'art contemporain présumé coupable

Posté par Magali le 26.06.09 à 14:19 | tags : exposition, art contemporain
Véritable serpent de mer judiciaire, l'affaire de la mise en examen des concepteurs de l'exposition « Présumés innocents », organisée en 2000 au Capc – Musée d'art contemporain de Bordeaux sur le thème de la représentation de l'enfance dans l'art contemporain, connaît un nouveau rebondissement cette semaine. Alors que la Cour européenne des droits de l’homme limite à quatre ans le délai d’instruction, un juge d'instruction bordelais a en effet décidé l'envoi en tribunal correctionnel de l'ex-directeur du Capc, Henry-Claude Cousseau (actuel directeur de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris), et des commissaires de l'expo, Marie-Laure Bernadac, aujourd'hui conservatrice au Louvre chargée de l'art contemporain, et Stéphanie Moisdon, critique d'art.

Ces trois personnalités connues du monde de l'art avaient été accusées en 2006 (soit six ans après les faits) par une association de protection de l'enfance, nommée La Mouette, d'avoir présenter des œuvres choquantes. Les délits qui leur sont toujours reprochés aujourd'hui : « diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique » et « diffusion de messages violents, pornographiques ou contraires à la dignité humaine susceptibles d'être vus par un mineur ». A en revanche été abandonné le délit de corruption de mineurs. Parmi les œuvres incriminées, des photos de Nan Goldin, Cindy Sherman, Christian Boltanski ou Gary Gross, notamment sa fameuse photo de Brooke Shields âgée de 13 ans, nue dans son bain, d'une fascinante perversité (ill.), une toile de Marlene Dumas, ou des dessins d'Ugo Rondinone montrant des enfants « dans des situations équivoques ».

Quant aux œuvres auxquelles des mineurs auraient pu avoir accès, le juge d'instruction ne lache pas le morceau en déclarant : « Le simple fait que l'œuvre ait été susceptible d'être vue par un mineur caractérise l'infraction ». On croyait l'affaire close depuis un moment (un non-lieu a été prononcé en 2008), d'autant que les œuvres incriminées sont visibles aujourd'hui dans de nombreuses collections publiques ou privées. Si on ne s'interroge pas sur le mobile du crime (si crime il y a), l'attention se porte aujourd'hui sur le mobile de l'accusation, et sur ce qui ressemble plutôt à une véritable croisade contre l'art contemporain et contre toute forme de liberté d'expression. Affaire à suivre donc...


Ill. Gary Gross
, Brooke Shields : The woman in the child, 1980




Commentaires

De Aleph, posté le 26.06.09 à 21:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Avez vous le nom de ce juge ?

De Magali, posté le 27.06.09 à 21:05 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Oui, il y en aurait en fait deux : Marie-Noëlle Billaud et Jean-Louis Croizier.

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