
Depuis quelques années, quelques critiques et de nombreux marchands d'art tombent en grâce devant ce que l'on nomme le street art, ou art urbain, tandis que la RATP et autres services de voirie municipales continuent à se battre pour effacer de leurs rames et rues toute manifestation graphique — qu'elle soit artistique ou non.
Comme l'annonçait lundi le Figaro, le street art aujourd'hui se vend à merveille : après une vente consacrée au même thème en décembre dernier chez Artcurial, 480 000 euros ont été récoltés ce week-end par la maison de vente Millon-Cornette de Saint Cyr, lors d'une vente organisée à La Cigale, haut lieu de la nuit rock parisienne. Si les commissaires-priseurs se félicitent du résultat, on remarque tout de même qu'un peu moins d'un tiers des œuvres n'ont pas trouvé preneurs : un succès certes, vu le prix des adjudications (notamment 15 000 euros pour une œuvre de Shaka, artiste français, estimée 4000-6000 euros), mais pas un raz-de-marée non plus.
A noter également que la plupart des œuvres sont réalisées certes à la bombe, mais « sur toile » : or, le street art ne se définit-il pas en premier lieu par son contexte de création, la rue, et non pas l'atelier ? Si les codes du graffiti ont immédiatement été récupérés par la publicité et le design, médiums consommateurs, l'art les avait lui aussi déjà absorbés et digérés dès les années 1980, avec Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat : mais ces artistes, une fois acquis un certain niveau de reconnaissance, ne se revendiquèrent plus comme des artistes de la rue, et ainsi se dépolitisèrent largement. Car déplaçant le contexte de l'art, on en déplace le sens : en ce qui concerne le graffiti, la revendication d'une créativité hors des sentiers battus de l'académisme et du marché de l'art est essentielle pour comprendre que c'est un avant tout un geste politique, traduit plus ou moins brillamment (jugement critique qui souffre de ne pas être très politiquement correct, semble-t-il) par une esthétique.
Après l'expo « TAG » au Grand Palais au printemps, une exposition intitulée « Né dans la rue. Graffiti » ouvrira ses portes le 7 juillet à la Fondation Cartier pour l'art contemporain. La manifestation se veut très documentaire, avec photos et vidéos témoignant de la naissance du graffiti à New York dans les années 1970. Par ailleurs, plusieurs artistes sont invités à taguer le bâtiment de Jean Nouvel, et des œuvres seront « créées spécialement pour l’événement ». Sur toile ? On en reparle bientôt dans Flu.
Né dans la rue. Graffiti, du 7 juillet au 29 novembre 2009, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. www.fondation.cartier.com
Ill. Henry Chalfant, Stalingrad, 1985.
Voir égalemet notre sélection de toiles graffées.