Expos : blog actu arts et expos. De Visu.

De l'art en barres au Lab-Labanque de Béthune

Posté par Magali le 20.06.09 à 16:46 | tags : art contemporain

Un ancien bâtiment de la Banque de France transformé en « centre de production et de diffusion des arts visuels » : la ville de Béthune, près de Lens, assume son passé en assignant à l'art ce lieu emblématique du capitalisme, qui en impose dans cette région minière marquée par les crises et les luttes sociales. Au Lab-Labanque, conçu comme un foyer de rencontres entre les artistes et la population locale, c'est dans la salle des coffres, dans la salle des guichets, dans le bureau du directeur et dans ses anciens appartements, marqués par une décoration bourgeoise toujours en place, que l'art, proposition disruptive par excellence et donc potentiellement subversive, a pris ses quartiers, comme les sans-culottes prirent la Bastille. Aujourd'hui les coffres sont vides, l'art est partout — belle utopie.

Après une mémorable proposition de Claude Lévêque cet hiver, intitulée La Rumeur des Batailles, le Lab-Labanque, ouvert en 2007, invite quatre jeunes artistes à investir ses murs, pour des propositions qui entrent chacune à leur manière en résonnance avec les lieux. Stéphane Thidet expose fort à propos un Terril de confettis noirs, que l'on avait pu voir l'an passé à la FIAC, mais qui trouve bien évidemment ici un écho démultiplié, entre hommage au pays minier et ambiance de fin de partie. Chargé d'occuper la salle des guichets, l'artiste a décroché du plafond les néons à la lumière disgrâcieuse, référence ironique à la sculpture de néons chère aux post-modernes, qui ainsi barrent l'espace et en modifient le parcours. Contrôlés à distance, des portes claquent, des tiroirs se ferment brutalement, comme dans une partition de Pierre Henry... : une ambiance à la Shining nous fait rapidement grimper à l'étage.


 
Là, la jeune (et locale) artiste Bertille Bak, ancienne élève du Fresnoy, nous fait vivre l'expérience d'une communauté du Nord menacée de délocalisation, mais fière de son passé difficile. C'est dans les appartements du directeur qu'elle expose les marques de cette identité : plaques de rue exposées dans des reliquaires (Bak est passée dans l'atelier de Boltanski à l'Ecole des Beaux-Arts), portes démultipliées, mur peint de fausses briques. Une vidéo joliment drôle montre les stratégies de résistance d'une petite commune, Barlin : on y communique par des tubes, le journal passe de porte en porte, on balance des pavés sur les démolisseurs, on déploie du grillage pour jouer aux auto-tamponneuses dans les rues... une sorte de Bienvenue chez les chtis surréaliste et plein d'espoir qui nous dirait : le Nord c'est bien aussi !
 

Enfin, le duo Cléa Coudsi et Eric Herbin, au dernier étage, également issus du Fresnoy, met à profit ses capacités techniques pour créer des œuvres très poétiques, en réalisant un mur d'enveloppes qui parlent (des SMS sont lus par des voix de synthèse lorsqu'on rabat l'enveloppe), et une table de lettres aimantées qui bougent. Aléatoires, les œuvres nous délivrent un message. Lequel ? Là n'est pas la question.

Stéphane Thidet, Bertille Bak, Cléa Coudsi & Eric Herbin, au Lab-Labanque, Béthune, jusqu'au 12 juillet 2009.

Le site et le blog de Lab-Labanque

Ill. Stéphane Thidet, Bertille Bak et Cléa Coudsi & Eric Herbin au Lab-Labanque.





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