
Une enquête publiée dans le numéro de juin 2009 du journal The Art Newspaper montre, preuves à l'appui, que la récession touche durement le monde de l'art, en annonçant l'annulation de plus d'une vingtaine d'expositions majeures dans le monde entier en 2009-2010 — ou leur report à une date inconnue, comme c'est le cas pour la manifestation consacrée à l'art contemporain indien prévue au Centre Pompidou l'année prochaine, et repoussée hypothétiquement à 2011.
Si cette étude ne met en évidence que la « partie émergée de l'iceberg » — le programme des expositions en 2010 n'ayant pas été publié par toutes les insitutions —, elle tient pour responsable principale la crise économique actuelle qui réduit considérablement les budgets alloués par les gouvernements à la culture, tout en rendant frileux les principaux mécènes. Il est ainsi démontré que la situation est bien pire aux Etats-Unis qu'en Europe, non seulement parce que le pays est plus durement touché, mais aussi parce qu'une grande partie des financements des musées américains (non pas la majorité, comme on le pense souvent, mais environ un tiers en moyenne) provient du mécénat privé et des fameux « fonds de dotation » (endowments) réduits comme peau de chagrin par la crise.
A titre d'exemple, l'exposition monographique consacrée à l'artiste brésilien Cildo Meireles, présentée à la Tate Modern, à Londres, à l'automne dernier, puis au musée d'art contemporain de Barcelone ce printemps, a annulé sa tournée nord-américaine, qui devait faire escale à Houston et à Toronto. Parmi les institutions les plus à cours de liquidités, le Los Angeles County Museum of Art (LACMA), qui annule pas moins de trois expos importantes en 2009-2010. Problème : les expos tournantes permettent aux musées qui les « lancent » de faire un intéressant retour sur investissement, et les annulations inopinées leur imposent un sérieux coût, comme l'avoue le directeur du Victoria & Albert Museum, Mark Jones, dont l'exposition Surreal Things: Surrealism and Design, inaugurée prochainement à Londres, ne voyagera finalement pas au Minneapolis Institute of Arts en 2010, comme prévu.
Autre exemple, franco-américain cette fois, la rétrospective de l'œuvre du peintre pompier Jean-Léon Gérôme, prévue fin 2010 au Getty Museum de Los Angeles, puis début 2011 au musée d'Orsay, ne passera pas par la case du Baltimore’s Walters Art Museum, dont le directeur estime qu'elle engendrerait une perte nette de 300 000 dollars.
Pour les rendre plus rentables, divers musées ont recours à la prolongation des expositions, ainsi la Tate Britain qui annonce une durée de six mois au lieu des trois initialement prévus pour la rétrospective monumentale consacrée au sculpteur Henry Moore. Less is more...
Ill. Jean-Léon Gérôme, La Bacchante, 1853, musée des Beaux-Arts de Nantes.