
Après quelques semaines d'un suspense, qui réellement n'en aura fait frémir que quelques-uns dans le petit milieu de la culture, Nicolas Sarkozy et la ministre de la Culture Christine Albanel ont choisi de nommer, sur proposition d'une Commission, le nouveau directeur de la Villa Médicis : ce sera Frédéric Mitterrand, neveu célèbre, mais aussi scénariste, animateur télé, écrivain, producteur, réalisateur, etc.
Petit rappel : la Villa Médicis, siège de l'Académie de France à Rome sise sur une colline qui domine la Cité éternelle, a accueilli chaque année, de 1803 à 1968 (de 1666 à 1803, l'Académie occupe le palais Mancini) des artistes confirmés, lauréats du fameux « Prix de Rome », sensés venir compléter leur formation au contact des vieilles pierres de la Rome antique, renaissante et baroque. Force est de constater que la leçon des grands maîtres n'est plus, depuis un bon siècle, déterminante dans l'apprentissage de l'art. Depuis 1968, le Prix de Rome n'existe plus, et la Villa Médicis, qui formait essentiellement à la peinture, la sculpture, l'architecture et la composition musicale, s'est ouverte à d'autres disciplines : littérature, cinéma, photographie, cuisine...
Pour beaucoup, l'utilité sinon le prestige de la Villa ont bien diminué. Pourquoi donc cette tempête dans un verre d'eau provoquée par les rumeurs de nomination de Georges-Marc Benamou, ex-mitterrandiste reconverti au sarkozysme ? On se souvient qu'une pétition avait même été lancée par Jeanne Moreau et soutenue par de nombreuses personnalités, tandis que le malheureux candidat Olivier Poivre d'Arvor, actuel directeur de CulturesFrance et « frère de », s'était répandu en jérémiades.
Sans doute faut-il voir dans ce modeste combat l'un des derniers réflexes de défense d'un secteur culturel à la fois mis à mal en France et piètrement représenté à l'international. La Villa Médicis est un symbole, celui du rayonnement de la culture française, dont aujourd'hui les politiques peinent à s'enorgueillir. Ce dernier sursaut de dignité nous rappelle que la culture, certes si peu rentable qu'elle soit, doit être prise au sérieux. Espérons que Frédéric Mitterrand, successeur d'Ingres, d'Horace Vernet et de Balthus, saura faire passer son goût du glamour après cela.
Ill. : Claude Debussy (au centre, en veste blanche) et ses camarades à la Villa Médicis, 1885, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Germain-en-Laye