Le Palais de Tokyo accueille cet été cinq mini-expositions d'artistes placées sous le signe du chaos comme de l'entertainment les plus fous. Les expositions, collectivement intitulées Superdome, en référence à ce lieu mythique de la Nouvelle-Orléans, à la fois terrain de jeu du Superbowl et refuge des sinistrés de l'ouragan Katrina, rendent compte d'une schizophrénie contemporaine entre détresse et divertissement, dans la lignée des expositions que le directeur du Palais de Tokyo, Marc-Olivier Wahler, consacre depuis deux ans à la notion d'élasticité de l'œuvre d'art.

Sans conteste, l'œuvre la plus impressionnante est l'installation Last Manœuvres in The Dark, du duo d'artistes Fabien Giraud & Raphaël Siboni. Fichés sur de hautes piques, 300 casques de Dark Vador en terre cuite émaillée noire menacent le spectateur, tels une armée fantôme. Chaque casque abrite un ordinateur qui communique avec les autres pour former une intelligence artificielle produisant une musique mixée, aux sons graves et profonds. L'effet est saisissant.

Plus « léger », l'éléphant en équilibre sur la trompe de Daniel Firman, Würsa, défie les lois de la gravité terrestre. À partir de savants calculs scientifiques, l'artiste a estimé que c'était pourtant possible... à 18 000 km de la Terre, ou sur une planète de 2484 km de circonférence, à faible gravitation. L'hyperréalisme de la sculpture ajoute au malaise que l'on ressent en faisant le constat de la relativité des circonstances de vie sur terre.
Malaise également dans l'installation de l'artiste et ingénieur italien Arcangelo Sassolino, Afasia 1, qui propulse à plus de 600 km/h des bouteilles de bière contre un mur, formant petit à petit une montagne de verre. La violence du choc et l'absurdité de ce système complexe confèrent à l'œuvre une étrangeté ludique, en parfaite résonance avec le thème de l'exposition, entre violence et jeu.
Jonathan Monk quant à lui investit simultanément les espaces des institutions jumelles, le Palais de Tokyo et le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, pour une exposition en stéréo, Time Between Spaces. D'un bâtiment à l'autre, les œuvres se répondent : deux talkie-walkies, deux individus prostrés en pleine rêverie dans un coin de l'expo, le centre d'un puzzle et ses bords, etc. Il crée ainsi un non-lieu de l'œuvre-d'art, un entre-deux de l'exposition dont le spectateur est chargé de reconstituer l'intégrité.
Superdome, Palais de Tokyo, jusqu'au 24 août 2008 (www) :
Raphaël Siboni & Fabien Giraud, Last Manœuvres in The Dark
Jonathan Monk, Time Between Spaces
Arcangelo Sassolino, Afasia 1
Daniel Firman, Würsa
Christoph Büchel, Dump
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