Archives > Août 2009Le graff, des tribunaux aux galeries
60 personnes sont mises en examen dans ce cadre pour avoir tagué rames de métro, trains, murs, dans la région parisienne mais aussi un peu partout en France. « On ne juge pas ici le graffiti de Brassaï ou de Picasso. Ce qui est en cause, c’est la répétition compulsive d’un geste qui s’apparente à du vandalisme », précisait en juin dernier le magistrat. Et une large part de l’audience était consacrée à l’interrogation suivante : le graff, art ou vandalisme ? « Ce que nous faisons est aujourd’hui reconnu comme une forme d’art, soulignait de son côté l’un des prévenus (…) C’est un art à part entière. Quoi de mieux pour un artiste que de peindre sur un train ? En deux heures, ses oeuvres sont vues par 40 000 personnes. » Dans l’espace urbain, le graff est interdit, libre, éphémère. Il entre dans une autre dimension dès l’exposition dans un musée, une galerie. Pourtant, la frontière est souvent mince entre la rue et les institutions artistiques. Pour preuve, deux des prévenus ont désormais, comme l’indique la galerie Nathalie Fiks, « déplacé leur liberté d’expression sur des supports autorisés ». UFO, ou Urban Forbidden Objects, c’est le regroupement des artistes OSTA, BRUCE et Aleksandar PETROVIC. Leurs travaux seront à découvrir sur les murs de la galerie du 18 septembre au 17 octobre. D’autres, en revanche, ne se satisfont pas de l’institutionnalisation de leur art : de son côté, Oclock avait mis fin à ses activités une fois son travail reconnu par les galeristes... Voir notre dossier le graff de la rue au musée
Annie Leibovitz au bord de la faillite![]() La célèbre photographe des stars Annie Leibovitz est au bord de la ruine. Celle que l'on connaît pour ses images très médiatisées, publiées notamment dans Rolling Stone, Vogue et Vanity Fair, de célébrités du show business — entre autres, les Rolling Stones, John Lennon et Yoko Ono, Demi Moore, Whoopi Goldberg ou plus récemment la starlette Miley Cyrus dos nu —, et qui fut également la compagne de Susan Sontag pendant près de quinze ans, est aujourd'hui une des innombrables victimes de la crise — ou d'une très mauvaise gestion financière. Le fonds Art Capital Group (ACG), dont la fonction principale est de prêter de l'argent aux artistes rejetés par les banques, lui réclame en effet pour le 8 septembre dernier délai la somme de 24 millions de dollars (16,9 millions d'euros), en paiement d'une dette contractée par la photographe début 2008. A défaut, ACG peut vendre ses biens immobiliers — dont trois appartements à Manhattan, un studio photo et une villa sur les bords de l'Hudson — ainsi que ses archives photographiques (estimées à 50 millions de dollars), qu'elle a gagées. La réputation de panier percé d'Annie Leibovitz est connue, avec ses dizaines d'assistants et ses productions folles. Si elle prend soin d'évitant le monde du showbiz qu'elle portraiture depuis près de quarante ans, la photographe ne lit pas ses contrats, loge, nourrit et paye grassement ses collaborateurs, place peu et multiplie les résidences secondaires. Mais quand on gagne 5 millions de dollars par an chez l'éditeur Condé Nast, et 250 000 pour une séance photo, on en a les moyens... Sauf que les conditions de prêt d'ACG sont drastiques : taux élevés, délais courts, gage sur les œuvres des artistes. Il semble bien qu'Annie Leibovitz n'ait pas été trompée. En attendant la date fatidique du 8 septembre, la Fondation Getty et la banque Goldman Sachs ont déjà proposé de porter secours à l'artiste. On ne prête qu'aux riches... En images : les collages de Max Ernst au musée d'OrsayCela faisait plus de 70 ans que ce petit trésor du surréalisme, propriété de Daniel Filipacchi, n'avait pas été montré au public. Après l'Albertina de Vienne l'an passé, et la Fundación Mapfre de Madrid au printemps, le musée d'Orsay expose la totalité des 184 collages originaux qui composent Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux, suite réalisée par Max Ernst à l'été 1933 lors d'un séjour dans le petit village de Vigoleno, près de Parme.
Obama en Joker : le coupable retrouvé et censuré On a retrouvé l'auteur de l'affiche d'Obama grimé en Joker. D'abord apparue sur le compte Flickr d'un certain khateeb88, puis placardée à Los Angeles cet été, elle montre le Président des Etats-Unis le visage blanchi, les yeux cernés de noir et une large bouche rouge lui donnant un faux air de Heath Ledger dans The Dark Knight, Le Chevalier Noir, dernier épisode de la saga Batman. Plutôt flippant...Après avoir entretenu les rumeurs — campagne orchestrée par la droite contre la réforme du système de santé, racisme, provocation, voire appel à l'assassinat du Président —, l'affiche, depuis déclinée en T-shirts et stickers, a désormais un auteur connu. Firas Alkhateeb, 20 ans, étudiant en histoire américain d'origine palestinienne vivant à Chicago, se situe plutôt à la gauche d'Obama qu'à sa droite. Il a réalisé cette image, issue d'une une du magazine Time, à partir d'un tutoriel permettant de « jokeriser » des visages.
Last Post![]() Le vidéaste et réalisateur Steve McQueen, auteur du film Hunger primé à Cannes en 2008 et artiste représentant la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise cette année fut, aussi étrange que cela puisse paraître, « l'artiste officiel de la guerre en Irak » pendant la période d'intervention des soldats britanniques, interrompue en mai dernier. Afin de sensibiliser le public à l'opération, une exposition circule actuellement en Grande-Bretagne sous la forme d'un cabinet dans lequel sont juxtaposées les planches de timbres. Or le projet, intitulé « Queen and Country », reste inachevé tant que le Royal Mail ne donne pas son accord pour éditer officiellement les images sur de vrais timbres.
« 100 sexes » à Venise : l'histoire sans fin On se souvient que l'affaire de la censure de l'exposition « 100 sexes » de l'artiste Jacques Charlier, dans le off de la Biennale de Venise, avait fait beaucoup de bruit pour pas grand chose. Et ça n'est pas terminé. Une lettre ouverte vient d'être adressée par Jacques Charlier et Roberto Lunghi, commissaire, à Massimo Cacciari, maire de Venise et par ailleurs philosophe et professeur d'esthétique, dans laquelle les deux signataires tentent de comprendre ce que la mairie a voulu signifier en estimant que ces innocentes affiches de sexes d'artistes, pourtant loin d'être pornographiques, porteraient « offense au sens commun de la pudeur » et aux artistes eux-mêmes.Mais l'affaire prend encore une nouvelle dimension, avec non seulement la publication prochaine, par la Communauté française de Belgique, d'un ouvrage relatant toutes les étapes de l'histoire, mais aussi un communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme elle-même (née, rappelons-le, à la suite de l'affaire Dreyfus en 1898), avec cette conclusion lyrico-métaphorique d'Agnès Tricoire, avocate et spécialiste de la Propriété intellectuelle : « Comme le voile transparent qui croit cacher le sexe qu'il recouvre, et qui au contraire le révèle en le désignant à la curiosité de l'imagination, montrant au passage l'obsession du juge, la censure de Venise est un masque, mais un masque bien sombre. Une pudeur impudique. Une injustice ». Et si « 100 sexes » avait été retoquée tout simplement en raison de la médiocre qualité de l'expo, avec l'excuse, il est vrai fallacieuse, d'une prétendue offense à la pudeur ? Il eut été plus honnête, alors, d'invoquer l'esthétique plutôt que la morale - question philosophique pour M. Cacciari. Depuis, l'expo de Jacques Charlier a été montrée à Anvers, Belgrade, Bergen, Bruxelles, Linz, Luxembourg, Metz, Namur et Sofia. Et on n'a sans doute pas fini d'en entendre parler...
Voir le diaporama de la Biennale de Venise.
INTERPOL met en ligne son fichier d'œuvres voléesPosté par Magali le 20.08.09 à 11:26
![]() Des principales attributions de l'organisation internationale de coopération policière INTERPOL, la lutte contre le trafic d'œuvres d'art n'est pas l'une des plus connues, comparée aux luttes contre la drogue, le crime organisé, le terrorisme ou la corruption. Conscient que le trafic d'œuvres constitue une moindre priorité pour les Etats concernés, et que le public y est peu sensibilisé, INTERPOL a mis en place depuis quelques jours un accès direct, à l’intention d’utilisateurs autorisés et via un site web sécurisé, à sa base de données internationale sur les œuvres d’art volées. Environ 34 000 œuvres volées sont répertoriées dans la base, parmi lesquelles beaucoup d'objets archéologiques, mais aussi, parmi les plus récemment intégrées à la base d'INTERPOL, le carnet de dessins de Picasso volé au musée Picasso dans la nuit du 8 au 9 juin 2009.
Photo : Carabinieri montrant une toile d'Auguste Renoir. © AFP L'art vietnamien, vrai ou faux ?![]() Distinguer le vrai du faux, c'est l'une des qualités attendue d'un conservateur de musée. Or, lorsque l'on a sur les bras quelques 20 000 objets (peintures, sculptures, céramiques, artisanat...) dont l'authenticité est mise en doute, la tâche devient insurmontable. C'est le cas de Truong Quoc Binh, directeur du Vietnam Fine Arts Museum de Hanoi. A la fin des années 1960, dans la crainte d'un bombardement par l'armée américaine de la capitale du Nord-Vietnam, les responsables du musée retirèrent des centaines d'œuvres importantes de leurs vitrines afin de les mettre à l'abri hors de la ville. Pour les remplacer, ils commandèrent des copies, certaines par les artistes originaux ou leurs apprentis, d'autres par d'excellents copistes travaillant au département de restauration du musée. Aujourd'hui la confusion est totale, tant les copies touchent à la perfection.
Plus qu'une anecdote, cette affaire des copies du musée de Hanoi rejoint un vaste problème d'authenticité des œuvres d'art vietnamien qui circulent sur le marché de l'art international. A partir de l'ouverture du pays au capitalisme, au début des années 1990, les artistes commencèrent à copier eux-mêmes leurs propres toiles, afin de démultiplier leurs profits. Certains ateliers d'artistes sont ainsi devenus de véritables usines de copistes. Résultat, aujourd'hui c'est l'art vietnamien dans son ensemble qui fait l'objet de suspicion.
Ill. Statue de moine, Vietnam Fine Arts Museum, Hanoi. Le Grand Soir de Claude Lévêque, le livrePosté par Magali le 18.08.09 à 11:27 | tags : livres d'art
La participation de l'artiste français Claude Lévêque à la 53e Biennale de Venise (voir le diaporama) est un événement en soi dans l'histoire de l'art français, diversement salué par la critique internationale. Afin de l'accompagner dignement, Culturesfrance, le Centre national des Arts plastiques et les éditions Flammarion consacrent une monographie à l'artiste, toute de noir recouverte, sobrement intitulée Le Grand Soir, du nom de l'œuvre carcérale installée au Pavillon français de Venise.Placé sous la direction de Christian Bernard, directeur du MAMCO, à Genève, et commissaire de l'exposition de Lévêque à Venise, l'ouvrage est conçu comme un parcours visuel dans le travail de l'artiste. Depuis le fameux Grand Hôtel de 1984, œuvre inaugurale qui annonce l'œuvre à venir par le glamour baroque du bouquet de fleurs, l'accent boltanskien des photographies encadrées et la mise à distance du spectateur (concrétisée par du verre brisée au pied de l'autel), jusqu'au pavillon vénitien, une remarquable cohérence est perceptible dans une œuvre de sang et d'or. Particules, matière à penséePosté par Magali le 14.08.09 à 11:17
Après bientôt six ans d'activité (dont une année d'interruption en 2006), le journal bimestriel Particules, bien connu des amateurs d'art contemporain, qui peuvent se le procurer gratuitement dans les galeries, librairies et centres d'art en France, est désormais disponible en version électronique sur le site calameo.com.
Avec son format bien particulier (40 x 30 cm) et son papier de type « quotidien », Particules fait bande à part dans la longue série de revues spécialisées sur l'art contemporain, qui, pour la plupart pèchent par leur côté glamour (comme par exemple Frog, publiée par les critiques et curateurs Eric Troncy et Stéphanie Moisdon), consensuel (type Beaux-Arts Magazine), leur suivi trop rigoureux de l'actualité (artpress) ou leur langage abscons (là, la liste est trop longue). La revue, fondée par le critique Gaël Charbau en 2003, a pour particularité de traiter l'art contemporain (mais pas seulement) sous l'angle de ses rapports avec la société actuelle, et n'hésite pas à pointer du doigt les travers d'un milieu ultra-fermé et psychorigide, où les ambitions et les autoproclamations peuvent être fulgurantes. On se souvient ainsi, dans un numéro récent, de la tribune enragée de Charbau intitulée « Est-il interdit de juger dans le milieu de l'art ? », qui dénonçait les mécanismes qui biaisent aujourd'hui les commentaires des critiques-curateurs jouant le jeu du marché de l'art et des institutions. Le critique écrivait alors dans un franc parler solide et rafraîchissant : « Habitués aux consensus cocktailisés des vernissages, aux brosses à reluire et autres "c’est extraordinaiiire", un certains nombre de nos contemporains ont oublié qu’en matière d’art, nous nous confrontons à l’univers de la Pensée, et que, même s’il est tentant pour nos cerveaux harcelés de verser dans la branchitude cool qui évite de trop réfléchir, il n’en reste pas moins que nous parlons d’un domaine où se sont illustrés des artistes, des écrivains, des journalistes qui ont dû affronter bien des pensées molles et communes à leur époque pour laisser au reste de l’humanité que nous sommes des œuvres qui fondent désormais notre culture ». Le 25e numéro paru en juillet propose, entre autres, un portrait-robot du commissaire d'exposition-type, « sur-diplômé et sous-payé », par Stéphane Corréard, une analyse de l'œuvre de Stéphane Vigny par Alain Berland (voir notre diaporama de son exposition à la galerie LHK), un entretien avec Arnaud Desplechin, un autre avec Julien Discrit ou encore un article sur le rock métal, par Stéphane Malphettes. De quoi donner matière à pensée pour ne pas avoir le cerveau trop ramolli cet l'été. ![]() Particules. Réflexions sur l'art actuel, bimestriel édité par Monografik éditions, gratuit, publié à 10 000 exemplaires. Lire Particules sur calameo.com Site des éditions Particules La National Gallery lance une application pour l'iPhone
Application téléchargeable sur l'iTunes Store, gratuitement pendant une courte période. Une revue dans la revue : Livraison publie Third Text Quand une revue se met dans la peau d'une autre revue... Le douzième numéro de Livraison, revue de l'association strasbourgeoise de diffusion et d'édition Rhinocéros, propose une « re/lecture » d'une autre revue, Third Text, fondée par l'artiste anglais d'origine pakistanaise Rasheed Araeen en 1987 à Londres. Echo, plus qu'anthologie, le numéro reproduit dans leur intégralité des textes emblématiques de Third Text, traduits pour la première fois en français.Revue de référence consacrée à l'art dans le contexte de la mondialisation, Third Text, dont le titre renvoie au concept de tiers-monde, remet en cause la domination des critères culturels occidentaux, explicité dans son sous-titre, « Critical Perspectives on Contemporary Art & Culture », et se propose comme une plate-forme de réflexion ouverte à ceux qui sont exclus d'un ethnocentrisme latent. Parmi les textes les plus intéressants, on citera Les cowboys et les... (1990), dans lequel l'artiste américain Jimmie Durham, auquel le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris consacrait récemment une exposition, souligne l'invisibilité de « l'Indien » dans la culture des Etats-Unis. Le Cubain Gerardo Mosquera, fondateur de la Biennale de La Havane, dénonce dans Le syndrome de Marco Polo : quelques problèmes de l'art et de l'eurocentrisme (1993) la notion imposée d'art « universel » dès qu'il s'agit de productions occidentales, tandis qu'Ihab Hassan, professeur de littérature comparée, aborde le concept de postcolonialisme (1998) ou que Ian Chambers, spécialiste de la musique populaire et des cultures métropolitaines, évoque La Méditerranée, mer postcoloniale (2004). Si certains textes peuvent paraître datés, la réflexion menée depuis plus de vingt ans par Third Text demeure vivace dans un contexte de mondialisation qui n'a cessé de s'accélérer. Livraison assure ici un beau travail d'édition et de traduction, et un bel exemple d'humilité intellectuelle et d'œuvre utile par cet hommage à une revue peu connue des milieux francophones. Livraison #12. Third Text, une re/lecture, juin 2009, éditée par Rhinocéros, 154 pages, 13 euros. Diffusion par r-diffusion En images : les peintres photographiés par DoisneauMoins célèbres que ses images d'écoliers ou d'amoureux de l'Hôtel de ville, les portraits d'artistes signés Robert Doisneau à la Fondation Angladon-Dubrujeaud.
De Braque à Picasso, d'Utrillo à Arp, de Léger à Dubuffet, le photographe a arpenté les ateliers d'artistes des grands de ce monde, missionnés par plusieurs journaux. Découvrez les clichés qu'il en a tiré avec le diaporama Robert Doisneau : les portraits d'artistes.
« Portraits d'artistes », fondation Angladon-Dubrujeaud, jusqu'au 11 novembre 2009.
Videoclub![]() Chaque mois depuis mars 2009, Stéphanie Cottin et Bernard Guégan proposent sur le site de diffusion en ligne de vidéos videoclubparis.com une sélection thématique d'œuvres de jeunes vidéastes. Ill. extrait de On the town de Simon Ripoll-Hurier, courtesy de l'artiste. La Chine censure Ai Weiwei![]() Artiste contemporain majeur de la scène chinoise, Ai Weiwei subit depuis quelques semaines la pression des autorités chinoises. Son atelier a été placé sous surveillance, son blog, hébergé par sina.com, effacé, tout comme ses commentaires sur la version chinoise de Twitter. La maison de la mère de l'artiste a été « visitée », lui-même est suivi et son lieu de résidence surveillé. Depuis une vingtaine d'années, le travail d'Ai Weiwei est consacré aux contradictions entre la permanence de la culture traditionnelle chinoise et l'accélération de la modernisation du pays. Artiste mais aussi activiste, Weiwei a mené l'an passé une campagne dénonçant la mort d'écoliers lors des tremblements de terre au Sichuan, dûe selon lui au détournement de l'argent prévu pour la construction de bâtiments anti-sismiques. Devant le refus des autorités de fournir la liste des milliers d'écoliers décédés, il a décidé de l'établir lui-même sur son blog. Le 1er juin, il lançait un boycott d'Internet et photographiait son majeur dressé face à la place Tian'anmen, commémorant ainsi les vingt ans de la révolte étudiante. Intolérant aux pressions qu'il subit, Ai Weiwei a lancé un nouveau blog sur un serveur américain, blog.aiweiwei.com (en chinois), sur lequel il publie de nouveau son enquête sur la catastrophe du Sichuan. La lutte continue. Voir sur le site aujourdhuilachine.com une interview d'Ai Weiwei au sujet des enfants morts au Sichuan. Toucher du doigt les chefs-d'œuvres au Centre PompidouPoursuivant sa politique d'accessibilité offerte à tous les publics, le Centre Pompidou propose depuis le 1er juillet dans les espaces d'exposition permanente un « Parcours tactile » conçu en collaboration avec le créateur de lunettes Alain Mikli, dont la société a mis au point une technique d'images gravées réalisées à partir d'un logiciel sur des plaques d’acétate de cellulose. ![]() ![]() Exemple ici avec Slave Auction , œuvre de 1982 de Jean-Michel Basquiat, dont ont été rendus sur une plaque en relief les effets de griffures et de coulures de la peinture. Plus d'infos sur le site Handicap du Centre Pompidou Ill. Jean-Michel Basquiat, Slave Auction , 1982, collage de papiers froissés, pastel gras et peinture acrylique sur toile, 183 x 305,5 cm, don Société des Amis du Musée national d'Art moderne, 1993 © Fondation Basquiat Image tactile © Centre Pompidou / Alain Mikli
Checkpoint, d'un monde à l'autre![]() On évoquait il y a quelques jours la revue Third Text, basée à Londres, qui depuis plus de deux décennies donne voix aux artistes et auteurs qui contestent la suprématie culturelle de l'Occident et réclament la reconnaissance d'un autre point de vue. Checkpoint, revue annuelle publiée en français, arabe et anglais, est aussi un espace d'échanges, conçu par son fondateur, l'artiste algérien Djamel Kokene, comme une production artistique à part entière. Le trilinguisme de la revue, lisible de gauche à droite et de droite à gauche, jette un pont salutaire entre deux mondes, deux réalités et deux systèmes de pensée de l'art qui ont souvent du mal à communiquer. Largement diffusé dans le monde arabophone, Checkpoint est, comme son nom le suggère, au cœur des frictions, tensions et insoumissions qui font la richesse du dialogue trans-méditerranéen. Après un numéro zéro intitulé « Donner », puis un numéro 1, « Rejouer », qui montrait notamment des propositions artistiques de Pierre Joseph, Fayçal Baghriche ou Alain Declercq, et des contributions de Jean-Claude Moineau ou Mehdi Belhaj-Kacem, le numéro 2, « Rêver », cherche à « trouver des angles pour décloisonner notre occidentalité tout autant que des connexions qui libèrent et agissent dans notre orientalité » et se veut, selon Djamel Kokene, « un point d’ancrage dans les démarches artistiques actuelles au centre desquelles la question n’est pas tant de trouver de nouvelles formes que de trouver de nouveaux oxygènes ». Au sommaire de ce numéro, des contributions de l'artiste Benoît Maire, du curateur Hans Ulrich Obrist ou encore du critique d'art Stephen Wright, entrelardées d'interventions plastiques de Bruno Serralongue, Djamel Kokene lui-même ou Susan Hefuna. Checkpoint n°2. Rêver, éditions La Plateforme, Paris, 168 pages, 10 euros, diffusion r-diffusion. Trouver les lieux de diffusion ou commander Prix Marcel Duchamp : Laurent Grasso en rayonnement fossile![]() Après Thomas Hirschhorn, Dominique Gonzalez-Foerster, Mathieu Mercier, Claude Closky ou Tatiana Trouvé, c'est Laurent Grasso, 37 ans, qui était en compétition avec Michel Blazy, Stéphane Calais et Didier Marcel, qui a été désigné l'an passé pour la remise du prix Marcel Duchamp, décerné par l'ADIAF, association de collectionneurs. Pour son exposition concomitante au Centre Pompidou, l'artiste présente une vaste installation, « The Horn Perspective », dans la droite lignée de son œuvre déjà connue. Dans l'espace 315 du Centre Pompidou plongé dans le noir émergent une immense antenne en forme de trompe, Horn, réplique de celle utilisée par les scientifiques Penzias et Wilson dans les années 60 pour capter le rayonnement fossile du Big Bang (et qui leur valut le prix Nobel en 1978), et une réplique de l'antenne Tesla, créée par Nikola Tesla en 1899 à Colorado Springs pour enregistrer des ondes radio provenant de l'espace. On est là très proche de l'œuvre HAARP présentée au printemps dans l'exposition « Gakona » au Palais de Tokyo, qui reproduisait un champ d'antennes dans une base militaire. D'immenses enceintes au design rétro-futuriste reproduisent un « son diffus cosmologique », tandis que face à Horn, un film est projeté, fascinant travelling avant dans une forêt enchanteresse sur laquelle fond une nuée d'oiseaux. Dans un esprit assez proche de l'exposition « Spy Numbers » visible au même moment au Palais de Tokyo, Laurent Grasso, qui doit beaucoup à la génération de Philippe Parreno exposant dans l'espace voisin, mêle réalité et fiction, art et science, passé et futur, dans un troublant jeu de ventriloquie obsédé par l'électromagnétisme et autres rayonnements. Une œuvre cohérente, mais qui manipule la complexité au risque de se fossiliser. Laurent Grasso. The Horn Perspective, à l'Espace 315 du Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 14 septembre. www.centrepompidou.fr A lire : la monographie/catalogue raisonné Laurent Grasso. Le rayonnement du corps noir, avec des textes d'Elie During, Christophe Kihm et Marc-Olivier Wahler, et un entretien avec Laurent Grasso par Claire Staebler et Christophe Kihm, publiée par les Presses du réel, 320 pages, 32 euros. Commander Ill. Laurent Grasso, Projet pour l'Espace 315 © Laurent Grasso, courtesy Galerie Chez Valentin Diaporama : la collection Martin Parr en 10 imagesAu Musée du Jeu de Paume et dans le Jardin des Tuileries, une vaste exposition est dédiée au photographe anglais Martin Parr, croqueur amusé et souvent féroce de ses contemporains.
On y retrouve des images issues de la série « Luxury », rassemblées pour la première fois à l'initiative de la Haus der Kunst de Munich entre mars et mai 2008, d'autres piochées dans « Small World », série mythique dédiée au tourisme de masse. Enfin, entre objets et photos, l'expo propose une plongée passionnante dans sa collection personnelle : gris-gris, curiosités, œuvres d'art et autres sources d'inspiration protéiformes. Un aperçu avec notre diaporama Planète Parr. |
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