Eclectique et surprenant, le programme des expositions de la rentrée dans les principales institutions parisiennes est pour le moins alléchant.
Outre la rétrospective Mantegna au Louvre, déjà annoncée ici, on pourra visiter à partir du 15 octobre au Musée national d'art moderne une vaste exposition consacrée au futurisme à Paris, notamment dans ses relations avec le cubisme et l'art européen de l'époque, à travers plus de 200 œuvres d'artistes de la Section d'or (Kupka, Duchamp-Villon, Metzinger), des cubo-futuristes russes (Gontcharova, Larionov, Malevitch), des vorticisites anglais (Epstein, Gaudier-Brzeska) et des orphistes français (Sonia et Robert Delaunay, Fernand Léger).
Le blockbuster de la rentrée sera sans doute l'exposition Picasso, « Picasso et les maîtres », au Grand Palais, qui ouvre le 8 octobre, quelques jours après l'inauguration d'une rétrospective du peintre expressionniste allemand Emil Nolde. Le musée d'Orsay et le Louvre organisent chacun dans son sillon une exposition confrontant l'œuvre du peintre à celui de ses illustres prédécesseurs : « Picasso/Manet » à Orsay, « Picasso/Delacroix » au Louvre, plus spécifiquement consacrée à sa reprise des Femmes d'Alger.
Au Quai Branly la culture inuit et l'esprit « Mingei » — l'art populaire japonais — seront à l'honneur à partir du 30 septembre. Le musée Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, s'intéressera à la mode sous le Second Empire, quand fleurirent les robes à crinoline, et le Jeu de Paume retracera la carrière et la vie extraordinaires de la photographe et égérie américaine Lee Miller.
En ce qui concerne l'art contemporain, le Musée d'art moderne de la ville de Paris accueillera à partir du 3 octobre, en parallèle à une rétrospective sur Raoul Dufy, une exposition sur l'objectivité photographique allemande, de Bernd et Hilla Becher à Andreas Gursky, tandis que l'artiste Gloria Friedmann investira les espaces du musée Bourdelle.
Chroniques à suivre sur Fluctuat...
Ill. Pablo Picasso, L'Infante Marguerite, d'après Diego Velasquez, 1957, Museu Picasso, Barcelone © Succession Picasso, 2008

On s'interrogeait il y a peu sur l'avenir du NMNM, le Nouveau musée national de Monaco promis par le prince Albert II. L'exposition Van Dongen organisée dans un bâtiment de remplacement, malgré son ampleur, n'avait pas réellement convaincu du volontarisme monégasque en matière de culture.
Et voilà que l'on apprend le départ de Jean-Michel Bouhours, commissaire de l'exposition et directeur du NMNM. Conservateur du patrimoine détaché du ministère de la Culture, spécialiste du cinéma d'avant-garde et lui-même cinéaste, il réintègrera dès la rentrée le Musée national d'art moderne, à Paris. Et le projet d'un musée à Monaco de se faire de plus en plus hypothétique...
Souhaité par Rainier III, le musée de Monaco devait prendre place au sein d'un projet off-shore, une extension sur la mer aujourd'hui remise en cause. Le prince Albert a laissé entendre que le projet de musée était abandonné au profit de celui d'un centre d'art contemporain, « ailleurs » : reste à trouver un espace suffisament vaste dans une ville de 2 petits km²...
Le choix d'un centre d'art consacré à l'art actuel semble judicieux dans une région où les centres d'art contemporain ne sont pas pléthoriques, et où les flux touristiques sont importants. Autre facteur de choix, l'argent. Monaco consacre 35 millions d'euros par an à la culture, soit 4 % de son budget, mais sont privilégiées la musique et la danse. Par ailleurs, s'il est difficile de connaître le nombre exact de collectionneurs d'art contemporain dans la principauté, le PIB par habitant, chiffré à près de 50 000 euros par an, permet d'estimer le nombre de collectionneurs potentiels. Et d'imaginer qu'un appel au mécénat pourrait largement porter ses fruits. 

Cela risque d'être l'un des événements majeurs de la rentrée. A partir du 10 septembre, Jeff Koons, l'"enfant terrible de l'art contemporain", star recordman des ventes aux enchères et pape du néo-pop expose ses œuvres phares dans les salles du château de Versailles, chef-d'œuvre inégalé de l'art baroque.
Derrière cette exposition, Jean-Jacques Aillagon, actuel président du château de Versailles, ex-ministre de la Culture et ex-directeur du Palazzo Grassi, lieu d'exposition des collections de François Pinault, lui-même grand collectionneur de l'œuvre de Jeff Koons.
Pendant trois mois, une quinzaine de sculptures monumentales de l'artiste seront exposées individuellement dans les salles du Grand Appartement du roi, de l'Appartement de la reine et dans la Galerie des Glaces. Hanging Heart, le cœur rose à gros nœud doré, Lobster, le homard, Puppy, le chien en fleurs ou Rabbit, le lapin gonflable géant... : la confrontation avec les sculptures de Coysevox et les peintures de Le Brun risque d'être un véritable choc visuel.
D'ores et déjà on peut dire que le contrepoint n'est pas si idiot. Les problématiques du néo-pop de Jeff Koons et de l'art baroque ont des points communs : importance de l'impact visuel, gigantisme, matériaux précieux et "clinquants" (or, argent, marbre, porcelaine), goût du décoratif et de l'ornement (notamment floral), prosélytisme d'un art réservé à une élite, affirmation par l'art de la richesse et du pouvoir...
L'artiste a promis ne pas "jouer l'agent provocateur" et n'exposera pas la série porno Made in Heaven, qui le représentait avec son ex-épouse la Cicciolina et qui le rendit célèbre. Gare aux yeux tout de même...
MàJ le 12 septembre : lire la chronique de l'expo Jeff Koons dans la rubrique Arts de Flu. Jeff Koons — Versailles, château de Versailles, du 10 septembre au 14 décembre 2008. (www)

 Fallait-il que le Plateau se fende d'un communiqué de presse envoyé à sa mailing list pour corriger les "fausses nouvelles, rumeurs, inexactitudes et véritable désinformation" (sic) lisibles dans la presse au sujet de son changement de direction ? Oui, car il semble que certains veuillent trop vite enterrer le déjà moribond Fonds régional d'art contemporain d'Ile-de-France, sis à deux pas des Buttes Chaumont, dans un local trop petit et invisible, éloigné des principaux nœuds touristiques et culturels de la capitale.
Dénonçant les articles du Monde, des Inrockuptibles, de Beaux-Arts Magazine et du Journal des Arts, le Frac affirme haut et fort n'avoir plus besoin aujourd'hui que d'un seul patron, Xavier Franceschi (ex-directeur du centre d'art de Brétigny-sur-Orge), quand il en comptait auparavant deux, avec d'abord Eric Corne, son fondateur, puis Caroline Bourgeois à la direction artistique. Celle-ci a annoncé il y a quelques mois sa décision de rejoindre François Pinault pour retrouver son ancien job de collectionneuse par procuration.
Franceschi décide donc de faire cavalier seul, annonçant son intention de faire appel "sur le moyen terme" (notion floue), à des commissaires indépendants pour réaliser les expositions au Plateau "et sur le territoire". Mais Eric Corne, artiste et commissaire d'exposition, ne l'entend pas ainsi et réclame que le nom de Plateau ne soit plus utilisé, car, dit-il, "avec cette concentration des pouvoirs, c'en est fini du centre d'art citoyen que nous avons porté. Ce ne sera plus qu'un Frac comme les autres", commentaire quelque peu pédant, quand on sait le dynamisme de certains Frac en région comparé à celui du Plateau. Caroline Bourgeois, désabusée, se dit "peu optimiste quant à l'avenir du Plateau". Selon elle, "c'est un centre d'art en moins" (voir l'article d'Emmanuelle Lequeux dans Le Monde du 23 juin).
On retrouvera cependant à la rentrée un projet de Melik Ohanian, présent également dans une quinzaine de lieux en Ile-de-France. Espérons que Xavier Franceschi saura faire taire les mauvaises langues. A lire dans la rubrique Arts de Fluctuat, l'article sur l'exposition "L'Argent", jusqu'au 17 août au Plateau.
Ill. Pierre Puvis de Chavannes, La Décapitation de saint Jean-Baptiste, 1869. Courtesy National Gallery, Londres.

A l'occasion des "César Salades", manifestations diverses organisées en parallèle à l'exposition "César, Anthologie", organisée à la Fondation Cartier pour l'art contemporain par l'architecte Jean Nouvel (voir notre billet prochainement) et avec la complicité du Transversal (resto chic du Mac/Val), la vénérable institution du boulevard Raspail propose dimanche 20 juillet d'assister à la réalisation de la plus grande barbe à papa du monde, en hommage aux œuvres en expansion du célèbre sculpteur à barbe...
Vous qui ne saviez pas comment occuper vos dimanches intelligemment, vous pourrez observer cette "performance" (contre l'achat d'un ticket d'entrée à l'expo) aux côtés des très sérieux experts du Guiness World Records Book et au son de la fanfare punk Les Fils de Teuhpu. Rendez-vous à partir de 15h.

 Pour finir le tour des expositions à ne pas rater dans les galeries parisiennes avant leur fermeture annuelle, partons dans le Marais, LE quartier des galeries. On ne pourra prétendre à l'exhaustivité, mais voici quand même quelques bonnes adresses. Magda Danysz propose un "Graffiti Solo Show" de West, figure historique du graf new-yorkais des années 80-90, belle démonstration de la récupération de l'art de la rue par le marché de l'art. Anne de Villepoix centre son expo collective de fin d'année sur la pratique du dessin, avec, entre autres, l'artiste sous haute tension Malachi Farrel, Christoph Draeger, inspiré par la bande dessinée, ou un autoportrait de l'artiste chinois très bien coté Yan Pei-Ming. Sous le titre "L'Expérience utile", la galerie Polaris présente également un choix intelligent d'œuvres de ses artistes : Agression au bic sur papier de Patrick Guns et photographies ou vidéos du réel par Yto Barrada, Stéphane Couturier ou Assaf Shoshan. Yvon Lambert propose (jusqu'au 6 septembre) une énième réflexion sur les pratiques contemporaines du ready-made, quarante ans après la mort de Marcel Duchamp, avec ses artistes phares : Saâdane Afif, Mike Kelley, Bertrand Lavier, Jonathan Monk, Haim Steinbach... Enfin, l'Autrichien Thaddaeus Ropac a invité le commissaire Matthieu Poirier à rassembler divers artistes sur le thème du paysage, avec des œuvres de Franz Ackermann, Guillaume Pinard, Vidya Gastaldon, Ugo Rondinone, Raymond Petibon, Evariste Richer ou Catharina Van Eetvelde. Rendez-vous à partir du 13 septembre pour les expos de la rentrée. Pour connaître l'actualité des galeries parisiennes, consultez le site très pratique Galeries mode d'emploi de la Fondation Ricard. Ill. Patrick Guns, The Aggression, 2002, bic sur papier. Courtesy galerie Polaris.

 Pour ce nouveau tour d'horizon de l'actualité des galeries parisiennes, explorons avec témérité les rues ventées et désertées du quartier de la rue Louise-Weiss, coincé entre les charmants bureaux du Ministère des Finances et les non moins accueillantes tours de la BnF.
On a jusqu'au 26 juillet pour découvrir, entre autres, les apocalyptiques visions d'architectures peintes sous verre du Portugais Gil Heitor Cortesão chez Suzanne Tarasiève, l'étrange théâtre de l'Allemand Lothar Hempel à la galerie art:concept, la fascinante Slave City de l'Atelier Van Lieshout à la galerie Jousse Entreprise, les variations sur le thème du portrait d'après le film Faces de John Cassavetes à la gb agency, les délires lunaires de Marc Hamandjian chez Sara Guedj ou encore l'exposition collective "Déformalismes" imaginée par Vincent Pécoil chez Praz-Delavallade, on l'on retrouvera des toiles de Jim Shaw, Peter Saul et Philippe Decrauzat.
A ne pas manquer à la rentrée : Julien Prévieux, auteur d'exquises "lettres de non-motivation", chez Jousse Entreprise, les graphistes Moriceau & Mrzyk chez Air de Paris, ou encore la Danoise Pia Rönicke chez gb agency. Rendez-vous le samedi 13 septembre à partir de 16h pour les vernissages !  A consulter, le site louise13.fr, heureuse initiative qui permet de suivre l'actualité de ces galeries. Ill. Margaret Salmon, PS, 2002. Film 16 mm N/B transféré sur DVD. Courtesy gb agency.

Pour ceux qui n'auront pas eu l'occasion d'ici le 11 août prochain de visiter l'exposition "Traces du Sacré" au Centre Pompidou, ou pour les autres, qui voudront prolonger l'expérience de cette manifestation majeure, controversée et, donc, passionnante, le Centre Pompidou met en ligne un site internet où foisonnent les points de vue sur la question du sacré dans l'art, depuis les angoisses métaphysiques des romantiques, jusqu'à l'affirmation actuelle de l'homme comme seul maître de son destin.
Le commissaire principal de l'exposition, Jean de Loisy, nous introduit par des petites séquences vidéo aux thèmes clés — traces des dieux enfuis, eschatologie, portes de la perception... Quelques pistes de réflexion nous sont livrées à travers des analyses d'œuvres : la fresque Tête dure de Mounir Fatmi, sourate du Coran en forme de crâne, les mystiques Ruines au crépuscule de Caspar David Friedrich ou la toile pluridimensionnelle The Gate de Barnett Newman.
Une section "Paroles d'artistes" donne la parole, entre autres, à Huang Yong Ping, dont Ehi ehi Sina Sina, gigantesque moulin à prières tibétain en perpétuelle rotation, évoque, selon l'artiste, la "migration de la religion", à Jean-Jacques Lebel, qui décrypte sa sculpture "télépathique" Radio Momo (hommage à Antonin Artaud), à Yazid Oulab, auteur de la magnifique vidéo Le Souffle du récitant comme signe, ou à Marc Couturier, dont le Numen (HCC), fresque abstraite magistrale à la pointe d'argent sur poudre de marbre, a été réalisée en un "mouvement de tout son être".
"Autour de l'exposition" rend compte des événements parallèles à l'exposition : extrait de la représentation de D'après J.C. de Herman Diephuis, rencontres de la BPI sur le thème "Littérature contemporaine et sacré", avec notamment Julia Kristeva et Marie Darrieussecq, courts-métrages, conférences de René Girard et Marcel Gauchet...
http://traces-du-sacre.centrepompidou.fr/ Exposition Traces du sacré, Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 11 août 2008

 A la veille de l'été, les grands musées dévoilent leur programmation pour la saison suivante. En premier lieu le plus grand de tous, le Louvre, qui annonce un programme chargé et divers. L'événement de l'année sera l'importante (et rare) rétrospective consacrée au peintre de la Renaissance Andrea Mantegna, à partir de fin septembre. Parallèlement le Louvre invite l'illustre compositeur et chef d'orchestre français Pierre Boulez à concevoir une programmation de concerts et une exposition intitulées "Œuvre : Fragment", combinant des lectures croisées entre les grandes œuvres plastiques, littéraires et musicales des XIXe et XXe siècles. Toujours sous le signe des grands maîtres, le musée propose à partir de début octobre un face à face Picasso- Delacroix, en complément de l' exposition "Picasso et les maîtres" au Grand Palais. L'automne sera en outre marqué par des expos pointues : "Les Bronzes français de la Renaissance au Siècle des Lumières", ou "Les Premiers Retables. XIIe-XVe siècles", tandis que l'on pourra découvrir des peintres peu connus tels le Danois Abildgaard ou l'Autrichien Waldmüller. Puis, au printemps, regard sur l'Egypte mystique avec "Les Portes du ciel. Visions du monde dans l'Egypte ancienne". Ill. Andrea Mantegna, détail de La Crucifixion (1456-1459) © Musée du Louvre


Depuis près de cinquante ans, l'artiste japonaise Yayoi Kusama voit des pois partout... Bad trip ininterrompu depuis 1960, lorsqu'elle déclare : “Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autres pois”, ou recherche esthétique singulière, la “Dots Obsession” de Yayoi Kusama comme sa personnalité sont à la fois drôles et dérangeantes, à la manière d'une conversation avec une vieille tante un peu sénile.
Cet été, l'artiste envahit la Grande Halle de La Villette de ballons géants ornés de ses fameux pois. A expérimenter à partir du 11 juillet... Yayoi Kusama. Dots Obsession, du 11 juillet au 17 août à la Grande Halle de La Villette (www). Accès libre du mardi au dimanche de 14h à 22h.

A un mois du début des Jeux Olympiques, la Chine est de tous les débats. Nouvelle puissance économique, étrange objet du désir des investisseurs occidentaux, le pays reste pourtant dans la liste noire des ligues de défense des droits de l'homme. Quid de l'art contemporain ? Comme le rappelle Gaël Charbau dans le dernier numéro de la revue Particules ( www), le boom du marché de l'art contemporain en Chine est spectaculaire : premiers prix autour de 10 000 € pour un jeune artiste jamais coté, bond hallucinant de 440 %, en cinq ans, de la cote des artistes chinois... Désormais pour l'étudiant chinois, le must n'est plus l'école de commerce ou de droit, mais l'école d'art, où les listes d'attente s'allongent. Le phénomène fascine le monde entier. Le prestigieux Victoria & Albert Museum de Londres expose actuellement les cadors chinois du design et de la mode (voir notre chronique). A Paris, le musée Maillol propose une exposition, China Gold, rassemblant une trentaine d'artistes contemporains chinois. L'ensemble est très moyen, répétant inlassablement les processus de détournement des stéréotypes de la tradition, qu'elle soit ancestrale (reviennent sans cesse les surfaces dorées, laquées ou imitant la céramique) ou plus récente, avec des références explicites à l'iconographie communiste. Par ailleurs, un monumental volume publié par les éditions Taschen, China - Portrait d'un pays, tente une histoire de la Chine communiste en 400 photos, kaléidoscope d'images puisées dans les archives de 88 photographes chinois. Cependant, la réalité de la Chine semble aujourd'hui encore insaisissable. Ses artistes auront-ils la liberté, psychique et matérielle, de nous la retranscrire ? Et le peuple chinois est-il prêt à s'y confronter ? China Gold, au musée Maillol, Paris, du 18 juin au 13 octobre 2008 China Design Now, au Victoria & Albert Museum, Londres, du 15 mars 13 juillet 2008 China. Portrait d'un pays, 2008, Taschen, édition trilingue, 424 pages Ill. Ji Ji, Hi Panda, modèle de jouet © Ji Ji, 2006

Le Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme présente cet été une exposition au propos éminemment délicat, comme le suggère son titre peu clair, A qui appartenaient ces tableaux ?, deux fois sous-titré Spoliations, restitutions et recherche de provenance et Le sort des œuvres d’art revenues d’Allemagne après la guerre. Organisée par la Réunion des Musées nationaux, en collaboration avec le Louvre, le Centre Pompidou et le Musée d'Israël de Jérusalem, la manifestation est placée sous la haut-patronage de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères.
Le sujet de l'exposition est le destin des fameux "MNR", codification administrative des musées de France qui désigne ces œuvres d'art "Musées nationaux Récupérations", dont 10 % furent spoliées à des familles juives restées non identifiées, le reste ayant été "acheté", plus ou moins sous la contrainte, à des marchands français par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. L'accueil de cette exposition au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme et au Musée d'Israël place d'emblée la question de la spoliation dans la perspective de la Shoah.
De manière scientifique, et suivant les conclusions de la Mission Mattéoli mise en place en 1997 par Alain Juppé, les commissaires ont cherché à analyser les processus de spoliation puis de restitution des œuvres majeures. Ainsi retrouve-t-on dans l'exposition des Courbet, Cézanne, Degas, Seurat, Monet, Manet, Ingres, Velasquez, etc., aujourd'hui conservés dans les musées français, et provenant de collections d'amateurs juifs, œuvres non réclamées ou non réclamables par les éventuels héritiers.
L'évocation de la vente, de 1950 à 1953, de près de 13000 œuvres pour renflouer les caisses reste discrète. De toute évidence, l'Etat français cherche là à se racheter une conduite, ayant mené depuis une dizaine d'années un travail de titan pour évaluer les spoliations et tenter d'identifier les héritiers. La question, semble-t-il, demeure douloureuse.
À qui appartenaient ces tableaux ? Spoliations, restitutions et recherche de provenance : le sort des œuvres d’art revenues d’Allemagne après la guerre, jusqu'au 26 octobre 2008 au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (www) Un colloque international sur la question se tiendra au MAHJ les 14 et 15 septembre 2008.
Ill. Simon Vouet, Le Temps vaincu par l’Amour, Vénus et l’Espérance, première moitié du XVIIe siècle, Bourges, musée du Berry MNR594 — Œuvre "acquise" par une institution, des dignitaires ou des particuliers allemands © Photo Rmn – Gérard Blot

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