A 62 ans, l’architecte Jean Nouvel est le lauréat du prix Pritzker, surnommé "le Nobel de l’architecture". Après Christian de Portzamparc en 1994, il est le deuxième français à recevoir cette gratification. Il succède au britannique Richard Rogers, lauréat 2007. Le Pritzker est délivré par un jury composé de 7 jurés, rassemblant des architectes de renommées internationales mais aussi des historiens, des universitaires ou des acteurs du monde de l’art. C’est d’ailleurs Peter Palumbo, le collectionneur d’art britannique qui présidait cette année le jury. Jean Nouvel a pu expérimenter des formes très différentes dans des esthétiques variées. Pour définir son approche de l’architecture, il parle d’une « poétique de situation ». Sa priorité a toujours été d'inscrire ses projets dans les lieus qui les environnent. C’est pour lui une question d’éthique que de savoir développer une écoute privilégiée de l’espace public, des populations du lieu et des bâtiments déjà existants. « Il y a un confort pour beaucoup d'architectes à travailler avec des recettes simples, que ce soit les leurs ou qu'ils les empruntent. Se mettre en situation de réinventer un petit monde à chaque projet, c'est à la fois plus passionnant et plus compliqué. C'est cela le style Nouvel, rien d'autre. » (Le Monde du 13/08/05)
Et c’est donc ce style Nouvel qui a été récompensé, l’architecte a été salué par le jury pour "la cohérence, l'imagination et surtout un besoin insatiable d'expérimentations créatives".
C’est en 1987, sous l’impulsion de François Mitterrand, que Nouvel voit sa carrière décoller avec l’élaboration de la façade Sud de l’Institut du Monde Arabe. On lui doit aujourd’hui quelques 200 constructions dont le très réussi Opéra de Lyon, parfait équilibre d’ancien et de moderne, dont le dôme, rougeoyant le soir, apporte relief et étrangeté au paysage nocturne. Il est également à l’origine de la légère et dynamique Fondation Cartier (Paris), pôle lumineux entouré d’arbres. Le Centre de culture et des Congrès de Lucerne en Suisse fut salué par tous comme une réussite. L’imbrication de cubes sur une des façades fait écho au musée du Quai Branly, une de ses dernières constructions en date. Jean Nouvel a également conçu la tour Agbar de Barcelone, massive et imposante, ou le théâtre Guthrie dans le Minnesota, un énorme scarabée bleu.
Sont en cours d’élaboration, parmi tant d’autres, un immeuble adjacent au MoMA à Manhattan et l'ambitieux projet du Louvre d’Abu Dhabi.  Illustr1, le théâtre Guthrie (Minnesota), illustr2, le Centre des Congrès de Lucerne. Voir sur Flu notre petite histoire de l'architecture moderne. Sur le web, le site de Jean nouvel. Participer au forum "l'architecture contemporaine: mégalo, esthétique, fonctionnelle?"

Il a tiré le portrait – et parfois déshabillé - les grand(e)s d’un monde qui embrasse show-biz, arts et politique : Tony Blair et les Stones, la Reine Elisabeth II et Juliette Binoche, Georges Clooney ou Kate Moss. Mais le photographe John Rankin a le génie pluriel : il est aussi réalisateur de clips et créateur de magazines, notamment le cultissime "Dazed and Confused". L’Acte2Galerie lui ouvre ses murs, pour des clichés surtout axés sur les nus et le regard (avec sa série d’ eyescapes). Photo dr. « Rankin Chop off their heads », Acte 2 Galerie, Paris 8e jusqu’au 12 avril.

Pilar Albarracin, pour la première fois en France, présente Mortal Cadancia à la Maison Rouge. Selon la commissaire de l’exposition Roza Martinez, l'esthétique de la jeune plasticienne renvoie au baroque dans son goût de l’excès et des contrastes, tandis que son amour du kitch se rapproche du pop art.
La jeune espagnole explore les clichés de la culture andalouse pour les retourner comme un gant, comme on retourne une tortilla… Ce qu’elle fait dans une de ses performances, bien que ce soit une tortilla bien spéciale en ce qu’elle se compose d’œufs (bien sûr) mais aussi de morceaux de ses propres vêtements qu’elle découpe. La jeune femme travaille en effet sur la place de la femme dans la société espagnole et donc à fortiori sa place à la cuisine… Dans « Prohibido del cante » ( Interdit de chanter) , elle se met en scène avec un guitariste de flamenco. La cadence soutenue de cette musique solaire qui oscille entre retenue et lâcher prise, frustration et élan généreux, l'entraine dans une partition vocale improvisée. Ce chant, très proche du cri, provoque des tensions dans son corps, dans un ultime sursaut elle prend un couteau et se le plante dans le cœur. Arrachant ses vêtements souillés de sang elle en extrait quelque chose qu’elle jette à terre, comme son propre cœur, puis sort rapidement.
On est littéralement captivé par l’alliance des cris, de cette musique et d’une certaine sérénité dans la concentration des deux protagonistes. L’acte final, sa soudaineté et sa radicalité, révèle à l’extrême la lourdeur émotionnelle du flamenco et saisit.
Ainsi Pilar Albarracin transfigure cette musique en lui rendant ses lettres de noblesse, l’expression d’une émotion brute, un combat contre la fadeur du monde.
Crédits photographiques©Marc Domage Mortal cadencia de Pilar Albarracin, jusqu'au 18 mai à la Maison rouge. Voir le joli site de la plasticienne.(www)

Posté par Nedjma le 27.03.08 à 11:57
Bien sûr, on connaît Claude Berri grand manitou de la production (et heureux producteur, ces derniers temps, de "Bienvenue chez les Ch’tis" et, dans un tout autre registre "La graine et le mulet"). On connaît Claude Berri réalisateur inégal ("Jean de Florette" ou "Tchao Pantin", mais aussi "La débandade"). L’homme est aussi, et enfin, grand amateur et collectionneur d’art contemporain. Au rang des quelques trésors accumulés par cet esthète depuis le début des années 1970, des œuvres signées Richard Serra, Robert Ryman ou encore Alberto Giacometti !). Depuis quelques jours, un Espace qui porte son nom a ouvert ses portes dans Marais, rejoignant ainsi quelques illustres sites dévolus à l’art contemporain. L’architecte Jean Nouvel a entièrement refait à neuf un ancien atelier qui verra se succéder des créateurs invités par Berri. A voir actuellement, le travail de Gilles Barbier : dessins, toiles, maquettes. Espace Claude Berri, Paris 3e. Exposition Gilles Barbier jusqu’au 10 mai. www

Voilà plus de 30 ans que la photographe, auteure, plasticienne, réalisatrice Sophie Calle creuse le même sillon : celui de l’intimité, en se mettant en scène, en jeu. Elle et ses émotions, elle et ses anniversaires, elle et ses histoires d’amour, elle et son entourage. « Douleur Exquise », qu’on découvrait notamment dans le cadre de l’expo « M’as tu vue » au Centre Pompidou en 2004 et qui fit l’objet d’une superbe publication chez Actes Sud racontait, entre textes et images, comment elle se remettrait tant bien que mal d’une rupture non-annoncée. La rupture toujours, est au cœur du dernier parcours conçu pour la Biennale de Venise (entre juin et novembre 2007) qui débarque enfin à Paris dès aujourd’hui, dans une mise en scène de Daniel Buren. « Prenez soin de vous », c’étaient les derniers mots d’une lettre de séparation à laquelle elle n’a pas répondu. Mais elle en a fait la matière d’une œuvre dense, en demandant à 107 femmes, connues ou moins connues, et venues d’horizons différents, de l’analyser, la jouer, la chanter ou la danser. « Prenez soin de vous » à la Bibliothèque nationale site Richelieu Paris 2e jusqu’au 8 juin. www


C’est dans l’agréable Maison Rouge (vers la place de la Bastille à Paris) que le plasticien allemand Gregor Schneider propose une étrange déambulation. Tout un cérémoniel est mis en place afin que « tout se passe pour le mieux ». Une charmante hôtesse s’avance vers vous, se penche légèrement et vous chuchote « c’est pour l’exposition Schneider ? ». On acquiesce, tout à coup mystérieusement complice... S’en suit un petit laïus un rien perturbant. Elle nous apprend qu’il faut entrer un par un, on peut à deux mais bon ce n’est pas ce que l’artiste désire. Elle précise également qu’on ne peut pas revenir en arrière une fois qu’on est entré. Une petite pancarte complète son discours de prévention et met en garde les personnes cardiaques ou claustrophobes. Enfin, elle nous montre une décharge qu’il faudra signer afin de déresponsabiliser le musée en cas de problème. Sympa… On hésite, claustrophobe de notre état, et puis on se dit qu’on a du mal avec les ascenseurs alors une enfilade de pièces sombres –dont une dans le noir total on nous l’a bien précisé : « il faut chercher la poignée » -pas aujourd’hui… L’artiste reproduit dans les musées des morceaux de sa maison familiale. Maison qui est son premier outil de travail depuis plus de 20 ans et qu’il vide de sa substance, de tout aspect confortable ou chaleureux pour tendre au vide et à l’effroyable. Schneider a obtenu le lion d’or de Venise pour cette Totes Haus u r (maison morte) lorsqu’il représenta l’Allemagne à la Biennale de 2001.
Je scrute alors le visage des personnes qui sortent, interroge celles qui veulent bien livrer une partie du secret. Il apparait assez rapidement que les gens ne sortent pas vraiment traumatisés, mais plutôt contents d’avoir vécu une expérience distrayante, ou étonnés de leur voyage. Deux personnes se sont même amusées à se surprendre dans la dernière salle - la « dans le noir total ». Peut être que ses sourires sont l’expression d’une défense face au caractère destabilisant du dispositif, cette fuite du sens au profit d’un désordre des sens et de l’orientation, peut-être pas. En tout cas le jeune artiste perturbe et son interrogation du vide, du dépouillé, de l’enfermement ou de la solitude poursuit son chemin dans la mémoire bien après l’expérience, ou même la non expérience… juste ce que cela évoque semble assez fort pour déranger…
Crédit photographiques Süβer Duft de Gregor Schneider ©Marc Domage
Süβer Duft de Gregor Schneider jusqu'au 18 mai, à la Maison Rouge. Voir le site de Gregor Schneider.


A vrai dire, à première vue, on n’aimerait pas vraiment se promener dans la dernière série de photos Nyctalope de Frédéric Delangle... Ses images diffusent une « drôle » (façon de parler) d’atmosphère. Elles réunissent tous les clichés du parfait film d’horreur : la nuit, une étrange lumière, de grands espaces sombres d’où pourraient surgir n’importe quoi, une luminosité de phares de voiture (prière d’imaginer que celui qui la conduit n’est pas un bisounours), une campagne isolée, voire un étrange bâtiment abandonné. Bref, ça refroidit. Mais à y regarder de plus près, le travail de lumière révèle quelque chose d’argenté et d’incandescent qui pourrait s’approcher du fabuleux. On s'habitue à l'éclairage et les paysages ne semblent plus si hostiles. Ces jets de lumière inattendus et sans source claire révèlent un paysage mystique tout à coup animé. On peut alors s’imaginer être dans la peau d’une chouette et s’approprier ce qui habituellement effraie… Exposition Nyctalope de Frédéric Delangle à la galerie Philippe Chaume, jusqu'au 29 mars. Voir le site de la galerie Philippe Chaume. Voir le site de Frédéric Delangle. 
Crédits photographiques, Frédéric Delangle, Nytalope, 2007 ©courtesy galerie Philippe Chaume.

Du 4 au 7 avril, Art.Metz organise la 8ème édition de la Foire Européenne d’Art Contemporain de Metz. Ce rendez-vous n’a pas pour vocation essentielle la vente des œuvres, l’association tend à créer un lieu de rencontre entre le grand public et les artistes et galeries.
Cette année Art.Metz fait un focus sur l’artiste allemande Vera Röhm qui disposera de 180 m2 pour présenter deux sculptures.
Des artistes coréens bénéficieront également d’une place privilégiée.
A noter, les « frappes chirurgicales » de trois performers Arthur Abrial, Bartholomeo et Cédric Ponti, qui rythmeront les trois jours du salon. Ceux-ci s’inspirent de ce jargon militaire pour exposer un questionnement autour de la manipulation médiatique qui entend cacher l’effectivité des pertes civiles dans le cas de ces frappes dites « chirurgicales ».
L’inauguration, suivie d’une "soirée festive », aura lieu le 4 avril à 18h30 et se poursuivra jusqu’à 23h.
Plus d’informations sont disponibles sur le site de Art.metz. Illustr Text cube©Vera Röhm

Graphiste, directeur artistique, photographe, et plasticien, Peter Knapp n’a cessé de renouveler son approche de la photographie.
Si l’on voit aujourd’hui des mannequins truquées sous Photoshop aux cernes de trois-nuits-sans-sommeil-et-prise-excessive-d’héroïne, on voit sur les photos de Knapp des modèles au regard vivant et malicieux, et quelque chose de très inventif dans la mise en scène.
Knapp a révolutionné la photographie de mode au milieu des années 60 en libérant les mannequins du carcan qu’on leur imposait. Celles-ci peuvent alors oser des pauses décomplexées et se mettre en mouvement. Il utilisera même une caméra 16 mm pour les filmer dans des séquences courtes et récupérer ensuite des images fixes. Classes ou joueuses, les jeunes femmes s’affirment alors dans une gamme d’émotion plus large et variée.
Directeur artistique du magazine Elle pendant 7 ans, Knapp confèrera au magazine une véritable personnalité. Il collabore alors avec Sarah Moon, Olivier Toscani ou Jean-Loup Sieff, et photographie aussi beaucoup lui-même. Il quitte Elle en ne supportant plus l’aspect toujours plus esthétisant de sa pratique. On se demande alors quel regard peut porter ce monsieur de 77 ans sur ce qu’est la mode aujourd’hui…

Ci-dessus: Françoise Fabian©Peter Knapp/Gamma; en haut: Elle©Peter Knapp. Peter Knapp, La passion des images, jusqu'au 30 mars à la Maison Européenne de la Photographie (www).

La plate-forme de performers « Il faut bruler pour briller » invitée par le Vendôme Luxury trade show à se dérouler au Ritz a finalement fini son show dehors, presque mis à la porte du luxueux hôtel. "Presque" parce que c'est en effet Youness Anzane, à l'origine de cette manifestation, qui a décidé l'arrêt des performances suite aux comportements insultants du Ritz. Un internaute consciencieux a filmé tout ça et a réalisé un petit montage.
Ou comment on ne peut pas faire n’importe quoi n’importe où, très instructif… :


Le musée de la chasse c’est tout d’abord des animaux empaillés qui vous agressent lorsque vous (osez) pénétrer dans une salle, planqués qu’ils sont dans les coins et les recoins. La bien nommée « salle des trophées » atteint le summum de l’horreur. On n’ y entre même pas, juste un regard fugace et hop on se sent de trop... Voir alors les photos de Karen Knorr a quelque chose d’apaisant et dédramatise la situation. La photographe s’intéresse à la question des rapports entre nature et culture, homme et animaux, et des sociétés au patrimoine. Elle réalise des clichés qui exposent ces interrogations sans intermédiaire. Ce qui fait un effet bœuf…si l’on peut se permettre… C’est en effet des animaux qui investissent les tapisseries écœurantes, les descentes de rideaux dégoulinantes et les dorures des mobiliers du musée de la chasse. Des échassiers, classieux et désinvoltes, un renard, hagard et fuyant, un gros sanglier un peu pataud, ou des oiseaux bleus des îles (on les entendrait presque chanter) sèment le trouble et déstabilisent la fixité et l’ancienneté du dispositif pour former un tout baroque et décalé. Des femmes nues sont également présentes sur certaines photos, sortes de statues classiques de chair. Les Hommes et les animaux se ressemblent ici étrangement, autant dans la qualité de leurs présences que dans leurs expressivités.
Le tout est très beau, gracieux et surnaturel comme la quintessence du fabuleux. Car qu’est-ce que le fabuleux, si ce n’est la délicate fusion de l’imaginaire et de la réalité, de l’invraisemblable malicieusement devenu réel. La photographe a réalisé ce travail sur commande du musée. Certaines images ont été réalisées dans les lieus (avec des animaux empaillés donc), on peut voir aussi sur un petit film les séances de pauses des modèles humains. D’autres ont été incrustées après, ce qui crée un alliage de présences et d’absences en plusieurs dimensions et des contrastes de couleurs incohérents qui véhiculent eux aussi le bizarre. La netteté des photos intrigue, en désaccord avec le mouvement physique des animaux. Ceci a quelque chose de magique, parce qu’on ne captera que rarement un animal sauvage immobile. On verra encore moins souvent un héron sur un fauteuil Louis XV certes... Illustr©Karen Knorr Fables de Karen Knorr au musée de la chasse (www), jusqu'au 11 mai 2008. Rencontre-débat avec Karen Knorr et Adrien Goetz, écrivain et critique d'art, le dimanche 16 mars à 16h. A voir également le site internet de Karen Knorr (www)

Remix c’est le nom de l’exposition qu'a choisi Georg Baselitz pour ses 70 ans, celui-ci s’est en effet inspiré de ses précédentes toiles pour composer les nouvelles, « réactualiser le motif en lui donnant un nouveau rythme ». Anciennes toiles qui pour certaines avaient fait scandale en leur temps. Il est vrai que tout ceci a quelque chose de sulfureux, mais pas seulement…
La plupart des tableaux exposés représentent, plus ou moins précisément, des scènes d’amour. Ces instants sont tantôt suggérés, tantôt plus érotiques, certaines toiles sont même dignes d’un illustrateur sans scrupule de Charli Hebdo. Des couples la tête en bas, dans la droite ligne du travail du peintre, enlacés, emmêlés et confondus.
Dans l’espace de la verrière on peut voir des peintures à l’huile, au premier, des aquarelles et encres de chine. Les couleurs sont gaies, pastelles, avec des accès plus prononcés parfois. Les traits, légers eux aussi, composent un tout fluide, dansant, emporté dans le tourbillon. Sur certaines toiles des motifs un peu pop, des ronds roses, envahissent l’espace blanc et dynamisent encore les ébats des amants. Sur d’autres des formes abstraites plus géométriques semblent elles au contraire tenter de cadrer un peu, mais sans s’affirmer de trop. Les hommes sont souvent envahis d’un rouge troublant, au cou, aux chevilles, aux poignets. Cette couleur répandue avec désinvolture est signe d’une certaine violence, doublée d’une certaine fragilité, pour ces articulations chargées d’impulser douloureusement le mouvement vers l’autre. Les femmes sont parfois happées, sans contour clair, un aplat de couleur en mouvement en heurt aux formes définies des hommes, plus décidées.
Et ce qu’il reste est étrange. Parmi tous ces couples, et en contraste on le remarque facilement, il y a quelques individus seuls. Dans la verrière, un homme peint en noir tient dans ses mains sa longue verge noire elle aussi qui se lève vers le ciel. Il ne semble pas être maître de son expression, piteusement perdu, volontairement désespéré, un peu ébahi, un peu absent. Au second, un homme de face est comme écrasé sur la toile et tient à bout de bras deux valises noires. Deux sacs sans contour réellement fixe, dont le contenu apparait du coup plus grand que le contenant et comme envahissant. L’homme tente de s’en défaire, d’éloigner ses bras, il est apeuré mais semble habitué à la peur.
Qu’est-ce donc que ces hommes seuls ? Les valises des déceptions, la verge qui trahit, ce qui alourdit, ce qui commande ? Il semble que ce soit le signe d’une solitude éprouvante en tout cas. On les inviterait bien à changer de toiles, mais ça...ce n’est pas possible.
Illustr Georg Baselitz© courtesy galerie Thaddaeus Ropac Remix de Georg Baselitz, jusqu'au 29 mars, à la galerie Thaddaeus Ropac (www)


Il semble que les photos de Barry Frydlender grandissent de façon exponentielle dans notre esprit. La largeur de ses prises de vue confère au cliché une impression d’immensité et ses panoramiques pourraient bien ne jamais s’arrêter de s’étirer. Comme si chaque image avait l’ambition de tout saisir. Le photographe israelien semble ne rien laisser en dehors de l’objectif. Condenser toute la réalité, les couleurs, les mouvements, dans une même et unique photo qui grandirait jusqu’à l’infini. Parfois cette profusion de signes et d’éléments leur donne une épaisseur violemment vivante qui saisit. Parfois ce trop plein agresse et écœure. Ces photos sont en fait issues d’un méticuleux travail numérique qui consiste à assembler sur un même cliché des éléments pris dans beaucoup d’autres. Barry Frydlender compose ainsi des toiles surchargées, trichent avec la réalité pour la densifier et transmet ainsi sa propre lecture des signes qu’elle diffuse.
La netteté parfaite et le cadrage lui aussi sans faille entrent en friction avec l’abondance des couleurs, vives, qui émettent en contradiction une énergie incontrôlable. Cette différence crée une tension intéressante, donne aux images une dimension hyperréaliste. L’Homme se retrouve alors nombreux et multiples dans une nature épaisse, dense et lumineuse. Et ce condensé de vie intrigue.

1ere illustr Café Bialik, 2000©Barry Frydlender; 2eme illustr Pitzooziah (supérette), 2002©Barry Frydlender "Israel: Présent composé" de Barry Frydlender au Musée du judaisme (www) jusqu'au 25 mai. Rencontre avec le photgraphe et François Hebel, directeur des rencontres d'Arles le 2 avril à 19h30.

 Du 14 au 16 mars, l’ Imprimerie 168, lieu singulier situé au 168 rue Crimée dans le 19ème arrondissement, propose « L’art d’être humain », un festival qui présente une exposition collective, des concerts et des performances. Vernissage de 18h à 21h le vendredi 14 mars. Plus d’informations sur le blog de l’Imprimerie ( www).

Welcome (One) Ce sont des mobiles délicatements morbides et une musique rock envahissante qui nous absorbent d’un coup lorsqu’on passe la porte en verre teinté de la galerie Kamel Mennour. Comme un sas de décompression, une mise en apesanteur des sens. On se sent saisi par les mouvements qui nous entourent : mouvement du son, mouvement des parois, mouvement des trois objets suspendus. Cinq mouvements, ni contradictoires, ni harmonieux pourtant. Un garde-manger aux armatures de bois recouvert d’un filet renferme deux couronnes de princesses. Entre toc et richesse, factice et vérité. On pense à cet aphorisme du poète René Char « l’irréel intacte dans le réel dévasté ». L’éclat des diamants transperce le tissu terne et nettoie les yeux. Il y a quelque chose de très sombre, comme ce vieux bout de placard - la dure matérialité du réel - et de très lumineux, comme ces couronnes – la brillance du rêve et de l’illusion - dans le travail de Claude Levêque. Et tout ceci s’affronte. Deux trottinettes mises bout a bout continuent de tourner tandis qu’en face ce sont deux déambulateurs qui tournent. Deux sortes de prothèses du geste, prolongement désiré ou nécessaire au mouvement. L’idée du mouvement et celle de l’impossibilité du mouvement tournent ici ensemble, et cela a quelque chose de curieux. Et ce serait pathétique s’il n’y avait pas ce rythme rock, comme une pulsation énergisante qui semble crier : « Vit bondieu ! N’importe comment et avec n’importe quel renfort mais continue de tourner … ». t(w)oMême sensation d’absorption quand on pénètre dans la deuxième installation. En apparence un capharnaüm, des taules un peu cabossées de capots de vieilles voitures qui forment une espèce d’abris. A l’intérieur, une intensité lumineuse qui saisit. Au centre de ce bunker, l’artiste a installé un lustre énorme qui prend toute la place. La mort, l’accident, la vieillesse, la dureté qu’inspire la ferraille trouve un adversaire fragile, lumineux, incandescent, à sa hauteur. Ou bien est-ce l’envers et l’endroit d’une même chose, deux visions de la mort ou de la vie qui s’entrechoquent. Un coup de projecteur mystique sur la ferraille de la réalité… ? Suicide park (Three Four) Troisième pièce, troisième coup de poing. Plus de mouvement ici, plus de son, plus de lumière, chacun de ces éléments est cruellement absent. Levêque joue sur cette absence, qu’on ne peut pas, en contraste avec les autres salles, ne pas remarquer. Alors un bruit sourd s’installe, malgré le fond de musique rock répétitif de la première salle. Dernière étape du sas, une longue pièce où sont disposées des plaques de métal de mêmes tailles sur lesquelles des traces de poings apparaissent. Comme des empreintes dans la chaux, comme un corps à corps avec la dureté des choses. Les marques sont à chaque fois différentes. L’impression sur certaines que les coups viennent de l’extérieur, et sur d’autres qu’ils viennent de l’intérieur. Les couleurs sont fades, la disposition rigide. L’alignement peut faire penser à la rigueur des cimetières. Le bruit des coups manquent, les gestes sont comme étouffés. On saisit petit à petit le titre de ces installations : Welcome to suicide park, qu’a choisi Levêque. Mais on lui préfèrera peut-être au final la phrase des Rolling Stones, mise en exergue de l’expo « I had to put up some kind of a fight. » Il semble en effet que l’artiste ici combatte plus qu’il n’abandonne. Il ouvre des fenêtres sur le tragique mais semble s’en protéger dans un rire tranchant, franc et vibrant. Il montre des choses fragiles mais qui ne menacent pas de s’effondrer. Elles continuent à tourner, à briller, à s’opposer au malheur sans défaillir. Rock around, rock around… Welcome to Suicide Park", installations de Claude Levêque à la galerie Kamel Mennour, Paris 6eme, ( www), jusq'au 15 mars. Illustr©Claude Levêque Photo Marc Domage. Courtesy the artist and Kamel mennour.

Le visage sombre et décidé de cette jeune artiste américaine renferme un mystère que son exposition nommée An American Index of the Hidden and Unfamiliar dévoile, sans pourtant en livrer le secret. Cette jeune trentenaire s’attache ici à montrer l'autre côté du miroir de l'Amérique, miroir brisé...
Au fur et à mesure du visionnage, l’inquiétante étrangeté qui se dégage des clichés de Taryn Simon nous amène presque à appréhender l’arrivée du suivant. Est-ce que ce sont ces luminosités sombres qui effraient, comme un voile trouble que l’on jette sur la réalité ? Est-ce l’aspect sordide de ces teintes usées qui dérange ? Ou le contraste des couleurs, qui opère un glissement vers le surnaturel et donne le vertige ? Est-ce le discours qui accompagne chaque photo? Comme autant d'auscultations froides et détachées qui resituent la photographie dans une perspective sociopolitique affligeante.
La photographe livre des situations qui semblent si calmement documentées, un contexte si clairement énoncé, est-ce alors cette rigueur qui égare ? Il est clair que les thématiques choisis par Taryn Simon nous fragilisent. Son travail semble se situer à l’endroit des dérives obscènes des sociétés. L’endroit où celles-ci dégénèrent.
Ce tigre blanc magnifique est issu d’un croisement. L’animal paie alors sa beauté du prix d’une consanguinité qui la rendu retardé et de fines déformations physiques qui l’empêchent entre autre de respirer normalement. Cette jeune palestinienne dont on ne voit que les jambes vient se racheter un hymen pour un prix monstrueux dans un contexte sordide, tout ça pour ne pas risquer un rejet de sa famille. Et cet endroit où l’on congèle les corps des hommes ou des animaux dans l’espoir qu’un jour on pourra les ramener à la vie. La photographe, qui expose maintenant ses clichés dans le monde entier, réalise des reportages très fouillés sur des sujets dérangeants. Sa précédente série de photographies The innocent rassemblait des portraits de personnes condamnées pour meurtre puis innocentées. Taryn Simon réfléchissait par ce biais au rôle que joue la photographie dans le dispositif judiciaire américain. Objet nécessaire au procédé d’identification et de condamnation, capable alors de transformer l’innocent en criminel. La jeune femme s'est également intéressée à la C.I.A comme à Disney, et traque tout ce qui peut se cacher derrière chaque (apparamment) belle vitrine. Inquiétant? On ne sait pas pour qui finalement... L'exposition An American Index of the Hidden and Unfamiliar est à la galerie Almine Rech (www) (Paris-3ème) du 16 février au 15 mars.
An American Index of the Hidden and Unfamiliar est publié chez Steidl et comporte un avant-propos signé par Salman Rushdie, une introduction rédigée par Elizabeth Sussman et Tina Kukielski, ainsi que des commentaires par Ronald Dworkin. Illustr. Taryn Simon©galerie Almine Rech

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