Arthur Cravan, une légende? Exposition dossier au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg sur l’excentrique poète et boxeur Arthur Cravan qui sévit, à travers provocations et autres frasques, dans l’univers culturel des années 1910. Colosse de deux mètres et de 120 kg, il défie sur le ring le champion du monde de boxe Jack Johnson, annonce son suicide public et accuse les spectateurs venus en masse de voyeurisme, pratique la conférence et se complait dans le scandale, publie une revue culturelle intitulée Maintenant (1912-1915), dont il est l’unique auteur, assassinant, avec un humour frisant parfois la grossièreté, les personnalités du monde artistique de l’époque.Sa vie de bohème, ses prises de position radicales vis-à-vis du monde artistique et ses bouffonneries, lui vaudront la fascination de nombre de ses contemporains, dont un certain André Breton qui lui accorda une place de choix dans son anthologie de l'humour noir. Une véritable légende dont la disparition en mer au large du Golfe du Mexique en 1918 fera de lui un personnage mythique, à découvrir absolument ! Jusqu'au 26 février, tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h. Commentaires
De Le public, posté le 09.03.08 à 09:31
![]() de kimsakkat(@)gmail.com
à LaurentJames(@)wanadoo.fr le 9 septembre 2007 Cher Homme, Tout d’abord merci pour l’avant-propos. Je l’ai lu deux fois de suite avec attention. Je me permets quelques remarques. Vous dites, après mûrs raisonnements, qu’être une vache est une solution plus pertinente que s’entêter à devenir un être humain. D’accord, mais vous omettez de préciser : une vache normande [j'ai reçu des mails mon dieu ! Si vous ne comprenez pas c'est pas la peine de le faire savoir en venant vous plaindre bordel. Pourquoi normande ? Benêts. Une vache qui simplement broutent des champis]. Sinon, je pense qu’être une vache n’est même pas une solution, c’est un résultat. Vous rendez-vous compte qu’il y a aujourd’hui environ 60 millions de vaches en France ? D’accord, vous me direz que contrairement à Cravan, elles n’ont pas choisi de l’être, mais elles choisissent en revanche de le rester ; c’est moins dangereux que s’entêter à devenir un être humain, et ça permet de râler dans les embouteillages par exemple. D’ailleurs, Cravan n’a jamais compris que le problème central était l’intelligence, comme vous le dites. Je crois qu’il ne s’est même jamais soucié de ces choses. La haine que nourrit cravan pour qu’elle aboie sur l’intellectuel est d’abord une haine contre le cant (ce n’est plus une spécialité anglaise, hélas. Vous connaissez sûrement la blague : le septième jour Ricardo s’est reposé ; certes, mais avant il s’est assi sur le bord de l’Angleterre et ce qui est sorti de son trou du cul ce n’est pas simplement l’Irlande, mais l’Europe et l’Amérique). Vous dites encore, concernant Cravan, que l’essentiel de sa démarche réside dans sa volonté d’extirper la bourgeoisie intrinsèque de l’homme. Je sais bien que Cravan entendait par bourgeois un type sans imagination, et qu’il pensait que l’art était aux bourgeois, aux types sans imagination. La bourgeoisie serait alors la classe des types sans imagination (et aux révoltés de crier : imaginatifs du monde unissez-vous). Mais permettez moi d’y voir un Graal plus élevé. En fait, toutes mes recherches sur l’œuvre de Cravan viennent d’un constat très simple. J’étais en train de chier et au moment où j’allais attraper de ma main droite le papier cul posé sur une petite étagère je me suis arrêté subitement et me suis demandé : mama mia ! putain de merde ! bordel ! comment se fait-il que les poseurs et autres gens de peu de foi s’intéressent si gaillardement à l’incendiaire Cravan ? (quand je dit « cravan », je dit aussi « dada ») Mazette ! J’en suis venu à la conclusion que, comme pour Marx (certes, on n’a même pas commis un seul crime au nom de la pensée de Cravan. Quelle honte), le mensonge se trouvait là dans un élément supérieur. Et je peux facilement le prouver. Par exemple : un bourgeois est un commerçant. La bourgeoisie est la classe des commerçants. Comme le clitoris d’une dame, il y a des mots qu’il faut manier délicatement, avec précaution. Bien sur on peut dire qu’un bourgeois est un homme avec une petite bite, mais allez dire à un salafiste qu’il existe plusieurs dieux, ou que son dieu a une petite bite. Enfin, il est bien commode de dire que la bourgeoisie est la classe des types sans imagination, on voit a qui profite le mensonge. La bourgeoisie n’est pas la classe des types sans imagination, ma preuve s’étale dans toutes les épiceries. Cravan s’est un peu trompé. Aujourd’hui, dans la rue on ne voit que des enculés, et l’on a vraiment toutes les peines du monde à y découvrir un homme. On voit dans la rue, par contre, de nombreuses œuvres d’art : les fameuses marchandises. Et toutes répondent à la culture de leurs artistes, l’argent : je manifeste le vrai. Je note d’ailleurs que vous parlez peu d’art, mais beaucoup de Culture (avec la majuscule). Votre majuscule laisse d’ailleurs penser qu’il s’agit du concept de culture. Ainsi, quand vous dites qu’en 1914 une poignée de bonhommes scintillants commencent à s’attaquer à la Culture (toujours avec ladite majuscule), vous laisser entendre qu’ils commencent à s’attaquer au concept de culture, et non à une culture déterminée. Il me semble que c’est faux. Les crises dans la communication qu’ont été le futurisme ou le dadaïsme ne sont pas une attaque du concept de culture mais plus simplement une rénovation de l’art, selon la culture des gens de peu de foi, culture qui dit : l’art n’est pas un moment de la totalité : un acteur, des spectateurs (pour ce qui touche à l’art), et un dirigeant, des exécutants (pour ce qui touche à l’usine). Dans le domaine de l’art, la seule attaque de la culture des gens de peu de foi a été celle des situationnistes (d’ailleurs, les situationnistes sont plus proches de quelques futuristes italiens que de dada. Le futurisme marinettien voulait rénover la poésie, certes, mais il a tenté aussi de réinventer par l’art la vie au quotidien – mode, typographie, architecture, meuble, sport, cuisine, comportement, sexualité, etc. –, tentative timide, mais téméraire. D’ailleurs, quand je dis que les situationnistes sont plus proches du futurisme italien que de dada, je devrais dire que le surréalisme est plus proche du futurisme italien que de dada, tant les situationnistes étaient des surréalistes radicaux). L’action des futuristes ou des dadaïstes a en revanche accéléré considérablement l’épuisement du sens de leur culture. Les dadaïstes étaient des kamikazes. Vous laissez également entendre que la culture qu’attaquaient ces bonhommes était la mère de la mortification de l’œuvre d’art. Je pense, comme les situationnistes, qu’il n’y a aucune différence notable, culturelle, entre un ready-made et une peinture de Léonard de Vinci. Vous dites d’ailleurs que l’urinoir de Duchamp ne manifeste pas l’idée d’étendre l’art à tout les aspects de la réalité mais de rejeter la culture [vous voulez dire l’art ?] le plus loin des musées. Vous êtes trop bon avec ce monsieur. Pourquoi le monsieur n’a t-il pas fait venir le monde de l’art dans ses chiottes au lieu d’amener ses chiottes dans les milieux de l’art, ça nous aurait au moins évité tout le charabia pour masquer la décomposition de l’activité artistique séparée pondu depuis. Quand, avec cravan par exemple, la rue fait irruption dans le monde de l’art (selon la culture des gens de peu de foi. Il va de soi que le monde de l’art, c’est la société) ce n’est pas l’art qui fait irruption dans la rue. Vous dites également que l’art a toujours consisté à apporter des réponses à des questions que l’homme moyen ne se pose pas. Vous avez raison sur ce point. Popu s’en tamponne de l’art (des musées : littérature, poésie, peinture), et il a raison. D’ailleurs, pourquoi popu s’occuperait-il de réponses à des questions qu’il ne se serait pas posé ? En revanche, ce n’est pas l’artiste qui ne se préoccupe pas de savoir si l’art (dvd, musique, etc.) peut-être autre chose qu’un doliprane pour subir la dure réalité du monde bourgeois, mais popu. Bref, Cravan ne commence pas sa critique sur l’exposition des indépendants en incendiant les « travaux picturaux » mais en applaudissant la beauté du salon, vu du dehors. Il n’avait pas besoin d’aller plus loin, tout est dit. Voilà ce qui est passionnant chez Cravan. Devant les artistes de la deuxième moitié du 20eme siècle tout le charme des situationnistes était de pouvoir dire à ces même artistes : tu rénoves ton taudis, je restaure un royaume. La seule définition raisonnable de l’art restera celle de Roger Gilbert-Lecomte, trouver puis faire jaillir les instants éternels qui rendent des forces incalculables à la vie inquiète. Ce que les situationnistes ont tenté de faire avec leur urbanisme unitaire. Les bourgeois n’ont plus le monopole de l’art (livres, tableaux) depuis longtemps, c’est les gens de peu de foi qu’ils l’ont. Les bourgeois ont juste le monopole de la communication, de la culture, ce qui n’est pas négligeable. Tous les artistes (cinéastes, musiciens, etc.) bâtissent sur les bases bourgeoises. Je pense que l’art ne peut être imputé de la totalité (il le peut, bien sur... mais ça donne Lorie, Ben Vautier, Tarantino et compagnie – certes Lorie, au moins, à quatre pattes et les beujes écartées pourrait enfin postuler à être consommable). Ce monde me répugne pour une raison très simple : toute sa logique se résume en une phrase, comble de l’enculture : la vie commence quand termine le travail. Enfin, vous avez tort de ne pas trouver à votre goût le terme militaire avant-garde. Comme vous l’avez sûrement constater, c’est la guerre [ajout le 15 septembre : vox arabi, chic]. Le duc de Trèfle.
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