Joël Meyerowitz au Jeu de Paume![]() Quand la fondation Guggenheim lui propose de photographier les loisirs de ses contemporains -alors que l'Amérique pleure ses morts au Vietnam - Meyerowitz livre un travail plus proche d'une campagne que d'un photo-reportage. Une lecture cursive de ses oeuvres aurait d'ailleurs tôt fait de résumer l'ensemble à un certain goût de la cocasserie : deux ménagères en train de converser en juste en-dessous des bulles de texte d'une affiche promotionnelle (trop fort on dirait une bédé). Sur un pont parisien, un homme et son petit singe en laisse qui croisent une jeune femme et son bébé accroché au devant de son manteau. Meyerowitz recherche pourtant moins l'anecdotique qu'une vision d'ensemble et il est rare que son oeil traque l'événement. Le concept d'instant décisif de Henri Cartier-Bresson est abandonné au profit d'un contexte global de la photographie qui isole moins qu'elle embrasse. Le spectateur (en tout cas le profane que nous sommes), habitué à dénicher le détail qui tue, a alors tout loisir de nouer les liens qui lui conviennent, de spéculer sur des connexions possibles. En poussant le bouchon, on pourrait trouver une dimension mafieuse dans cette banale rue commerçante shootée en plein après-midi : Un black qui donne un papier (un sachet?) à un passant, une jeune fille qu'on pourrait prendre pour une prostituée et un homme qui redresse le col de son pardessus avec un air louche . Des photos du New-York des années 70 ont de toute façon un pouvoir suffisamment fantasmatique à notre sens pour justifier un déplacement. En parcourant le Jeu de Paume, on était d'ailleurs quasiment sûr de finir par croiser Gena Rowland. Out of the Ordinary, 1970-1980 - Exposition présentée sur le site Sully du musée du Jeu de paume. 5 €. Jusqu'au 14 janvier. Commentaires
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