Jouer les touristes dans sa propre ville : c'est ce que propose "Paris face cachée", le 4 et le 5 février prochains, avec un programme de visites guidées qui nous ferait presque regretter nos bobs et nos appareils photos en bandoulière. Ni visites de la Tour Eiffel, ni bateaux-mouches en perspective, mais la promesse d'un Paris intime, souterrain et décalé. Parcours thématiques au choix, à réserver en ligne depuis le 10 janvier. Sur le papier, il est dit qu'il y en aura pour tous les goûts, de quoi contenter aussi bien l'intello-hipster que la mamie en quête de dépaysement. Avec trois mots d'ordre pour leitmotiv : interdit, inédit et inconnu. Tout un programme et un pari à tenir pour la Mairie de Paris et l'association A suivre productions qui s'associent pour cette première édition. Avec plus de cinquante visites-expériences, gratuites ou payantes (de 2 à 40 euros), elle s'annonce plutôt attractive...
Outre les très aguicheuses « Pénétrer dans un temple maçonnique » (4 février) et « Passer la nuit dans un grand quotidien » (5 février), certaines visites nous font entrevoir l'existence d'un autre Paris, plus simple, plus authentique que sa carte postale. Immersions (aux sens propre et figuré) dans les quartiers de la Goutte d'or ou de Belleville, découvertes d'ateliers d'artistes, programme jeune public (dragons et tueurs des égouts à la clé), Paris face cachée s'amuse à dénuder la capitale. A la recherche de ce qui fait marcher la ville, la fonde et la construit au quotidien.
Pluridisciplinaire - sportif, culturel et social -, familial et convivial, accessible, l'événement ne manque pas d'atouts. Et de suspens: les lieux de rendez-vous sont tenus secrets jusqu'au dernier moment. Vu le succès éditorial du candide Métronome de Lorànt Deutsch sur l'histoire secrète de la capitale (plus de 330 000 exemplaires vendus à peine six mois après sa sortie), Paris face cachée devrait attirer les foules. Alors pensez à réserver !
Plus d'infos sur le site de Paris face cachée
Goudemania
Car qu'il soit photographe, directeur artistique ou réalisateur, qu'il travaille pour la publicité ou la presse, l'homme a l'art de l'image, l'œil aiguisé et le clic-clac incisif. Les années 1980 se souviennent de ses femmes girafes aux anatomies remodelées à coup de ciseaux (la fameuse « French Correction »). La génération 1990 s'éprend de Vanessa Paradis en oiseau gracile - un vrai conte de fée pour parfumeur - et des colères féminines de la pub Egoïste. Joyeuses à regarder, faciles à digérer - le papier glacé des magazines aide à faire glisser le tout - les images de Goude s'impriment sur la rétine comme sur une pellicule.
Il est vrai que l'homme a de l'esprit, le sens du rythme et de la couleur, le goût du risque et de l'ironie et un respect de la différence (notamment par son engagement aux cotés des communautés noires et homosexuelles dans les années 1970). Et l'exposition des Arts déco, qui réunit 40 ans d'un parcours éclectique, lui ressemble. Dessins, objets, images photographiées ou filmées retracent avec une certaine virtuosité cette mythologie personnelle devenue mythe collectif, et dont la femme occupe, irrémédiablement, le centre.
Et Goude créa la femme ?
Mais quelle est-elle vraiment cette femme goudemalienne, désirée et adulée, muse, modèle et compagne (Radiah et Grace Jones), photographiée sous toutes les coutures, disproportionnée (Farida portant Azzedine Alaïa), masculinisée (Laetitia Casta pour les Galeries Lafayette), animalisée (Grace Jones en panthère)? Si Jean-Paul Goude la sauve de son destin publicitaire de ménagère et de femme objet au service des marques de rasoir, s'il met en avant sa fantaisie, l'émancipe, la poétise, elle n'en reste pas moins avant tout un motif. Un ensemble de lignes et de courbes à agencer et réagencer. Une construction, comme sur la photographie Carolina de 1976, où la jeune femme nue porte sur sa croupe une coupe à champagne prête à être remplie, l'arc de son corps répondant à la trajectoire du liquide jaillissant de la bouteille.
L'image choque aujourd'hui. Non plus car elle met en scène une mannequin noire, ovni dans le paysage pâlichon des années 1970 ou qu'elle célèbre une nudité libérée des tabous sociaux, mais parce qu'elle véhicule une certaine idée de la femme et de la beauté, involontairement ou non. Si elle reflète les canons de l'époque et la sublimation typique de l'esthétique publicitaire, cette photo en dit long sur le fantasme goudemalien. Chez lui, la femme, jeune, ferme, sculpturale, a des vertus architectoniques (le corps porte, comme une table ou une voute) et sert notre fascination des images.
Dans le mythe grec, l'artiste Pygmalion, épris de sa statue, réussit, avec l'aide d'Aphrodite, à lui donner vie. Ovide dit que l'ivoire, devenant chair, « rougit », se fait tendre « telle la cire ramollie par le soleil ». Jean-Paule Goude, lui, procède exactement en sens inverse. Il transforme la femme en statue. La fige en des formes géométriques, quasi inflexibles. La sculpte à l'envi, opérant ainsi une sorte de déshumanisation. Un peu comme le marketing ethnique à la United Color of Benetton n'est plus vraiment apprécié de nos jours, la tendance décorative de la Galatée Goudemalienne nous gâche un peu le plaisir de la redécouverte de l'œuvre.
Jean-Paul Goude, Carolina, New York, 1976. Photo peinte, © Jean-Paul Goude

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Découvrez-les dans notre diaporama Best-of de l'art 2011 : le palmarès en images

Localiser : les œuvres d'art en ligne
Trouver une œuvre, l'identifier, la situer dans le réseau dense des musées mondiaux, c'est possible et même plutôt simple. A côté des collections en ligne, accessibles dans leur intégralité sur les sites du Centre Pompidou, du Louvre ou encore du Moma de New York, pour ne citer que les plus exemplaires, il existe aussi des banques d'images qui centralisent les données à l‘échelle nationale, européenne ou internationale. Sur l'hexagone, la base Joconde recense toutes les œuvres des Musées de France, avec leurs notices complètes - jusqu'au numéro d'inventaire -, et propose des entrées au catalogue thématiques comme « Les Masques » ou « Autour du tabac ». Davantage cosmopolite, le site Insecula.com, qui a modernisé récemment, et fort heureusement, son interface, renseigne en plus sur les sites archéologiques de la planète - idéal pour les globe-trotters. Mais le plus fonctionnel reste à nos yeux la Web Gallery of art, base de recherche en anglais qui allie une navigation confortable à la possibilité de zoomer sur les moindres détails d'une image, et ce en bénéficiant d'une excellente résolution. Quant aux œuvres encore anonymes de votre disque dur, il suffit de les faire glisser dans Google image afin de retrouver leur identité.
Visiter : le musée virtuel
Quand elle a été lancée par Larry Page en février 2011, la plateforme Google Art Project, où l'on peut se déplacer virtuellement à 360° dans dix-sept musées mondiaux grâce à la technologie Street View, il y a eu quelques grincements de dents, et une bonne dose de méfiance, notamment de la part des institutions françaises. Quelques mois plus tard, le site peut se targuer d'un bilan de fréquentation tout à fait honorable et de l'adhésion au projet du Château de Versailles - Le Louvre et Orsay devraient, selon les rumeurs, suivre d'ici peu. Et si on met de côté une navigation un peu raide et la question de l'hégémonie de Google sur la numérisation des images, le site est plutôt réussi et permet de visiter la Smithsonian Institute de Washington et la Frick Collection de New York comme si on y était. C'est aussi l'occasion d'une expérience unique : zoomer par exemple sur la Venus de Botticelli jusqu'à voir le détail des craquelures et des pigments grâce à ses 7 milliards de pixels ! - mais attention, cette résolution ne s'applique qu'à une œuvre par musée...
Apprendre/comprendre : la web histoire
On connaissait le portail de l'histoire de l'art de Wikipedia, l'espace pédagogique en ligne du Centre Pompidou, les très sérieuses bases de données de l'INHA, le site Histoire de l'art et ses analyses transversales sur le portrait ou la rhétorique de l'image. On découvre aujourd'hui le didactique Panorama de l'art initié par la RMN. 550 000 images de la préhistoire au XXe siècle sur un site qui s'avère d'emblée séduisant et facile d'utilisation et qui décrypte les œuvres des musées français sous tous leurs angles : techniques, historiques, esthétiques. Des Unes, des questions en guise de titres, des liens à foison et une rubrique dédiée à la couleur (cf. La Gitane de Matisse) qui brise la monotonie des classements par courants ou par périodes et valorise la dimension sensible d'une discipline jugée souvent trop austère. On attend maintenant avec impatience les applications facebook et twitter et la rubrique art contemporain, qui n'est encore qu'une coquille vide.
Liste des sites à visiter
Tout sur la Joconde
Insecula.com
Web Gallery of art
Google Art Project
Portail de l'histoire de l'art de Wikipedia
Les dossiers pédagogiques du Centre Pompidou
INHA
Histoire de l'art.net
Panorama de l'art

Pour cela, il faut non seulement connaître les bonnes adresses mais encore miser sur des valeurs sûres : le dessin contemporain (encore abordable), les incontournables multiples (estampes, design ou tirages photographiques en éditions limitées ou illimitées), les reproductions modernes de bonne qualité, les livres d'artistes, les ventes aux enchères de Noël (comme celle du 17 décembre au centre Oui à Grenoble) et les nouvelles initiatives en tout genre qui tentent de démocratiser la vente.
Découvrez quelques lieux indispensables et les coups de cœur artistiques du moment dans notre diaporama : L'art pour les fauchés

Le Musée internationale qu'est le Louvre, regroupant à lui seul des œuvres des quatre coins du globe, ne pouvait trouver meilleur « piocheur » en la personne de Le Clézio, dont l'univers littéraire est influencé par le voyage, en particulier dans trois pays, l'Afrique, Haïti, le Mexique et un état, le Vanuatu. Fidèle à ses marottes géographiques, l'exposition rassemble des œuvres de peintres haïtiens, mexicains, des statuettes et autres objets africains, renouant ainsi avec l'histoire même du Louvre qui abrita de nombreuses œuvres ethnographiques jusqu'en 1879. Fidèle également à sa conception de l'art, l'accrochage abolit la frontière entre art majeur et art mineur, mêlant peinture populaire haïtienne ou mexicaine (Hector Hippolyte, Robert Saint-Brice ou Alfredo Vilchis Roque), masques traditionnels, véhicules tunnés par les low-riders mexicains, et art contemporain. « Le musée monde » est donc en totale adéquation avec les idées de son auteur et l'histoire du lieu et pourtant, elle ne convainc pas.
Certes, lorsque le Louvre accole à son nom celui d'un artiste ou d'un écrivain, il annonce avant tout une exposition/vision très personnelle de sa collection. Et c'est aussi là tout l'intérêt de ce décloisonnement. Il faut donc accepter qu'une exposition soit plus cohérente en regard de la propre œuvre de son auteur que des œuvres entre elles, qu'elle soit davantage centripète que centrifuge. Mais chez JMG Le Clézio, le lien avec l'œuvre littéraire apparaît de manière trop littérale. Le Prix Nobel semble moins travailler son thème - sans doute trop large et fourre-tout - qu'illustrer son travail d'écriture. Des citations extraites de ses livres viennent, comme plaquées, justifier le choix de telle œuvre ou tel objet. Un exemple parmi d'autres : dans une même vitrine sont installées côte à côte une Tête portrait féminin, Ifé, Nigéria, datant du XIVe-XVe siècle et une Tête d'Athéna casquée (470 avant JC). Le texte qui les accompagne ne dit pas autre chose que ce que nous voyons : « Au centre d'un petit royaume de l'ouest du Nigéria actuel, à Ifé, en pays yoruba, des fouilles récentes mirent au jour une série de masques, en terre cuite ou en bronze, qui témoignent d'un réalisme exceptionnel en Afrique. A tel point que l'archéologue allemand Leo Frobenius pensa y voir la preuve tangible d'une présence grecque en Afrique de l'ouest ». En revanche, pas un mot sur les rares œuvres d'art contemporain, comme celles de Bertrand Lavier ou Camille Henrot, si ce n'est cette idée rebattue « Ici l'on parle d'art, là on parle d'artisanat. Mais où est la frontière ? ».
Les amateurs de Le Clézio auront sans doute plus de clés pour apprécier l'exposition tous azimuts - présentée dans une petite pièce au dernier étage de l'aile Sully, pour un titre comme « Le musée monde », on s'attendait à plus de matières -, que les néophytes qui ne comprendront pas forcément le lien entre Le Serment des ancêtres de Guillon-Lethière, la révolution française, le vaudou, une descente de croix, une natte tressée et un vélo customisé.
Illustrations :
J-M. G. Le Clézio par Christian Courrèges
Frida Kahlo, Autoportrait, peinture sur verre © Adagp, Paris

Recommençons à zéro. Oublions tout ce que nous savons de l'art contemporain. Ses tendances, ses dérives mercantiles, ses querelles dogmatiques. Asseyons-nous un moment sur l'un des bancs de la galerie Farideh Cadot, taillé sur mesure par l'artiste lui-même. Amusons-nous à déchiffrer les « perspectives secrètes » de ses anamorphoses, à démêler par l'esprit les trois cercles de Main-tenant (BNF). Donnons-nous un peu de temps, pour une fois, à la contemplation d'une œuvre qui dynamite en douceur les esthétiques à la mode. Une œuvre - n'ayons pas peur des mots, aussi désuets soient-ils - intemporelle.
Tour de mains et de passe-passe
Markus Raetz, c'est d'abord une personnalité à part. Un résistant à la spéculation. Impossible de retrouver ses pièces sur les stands de Miami ou de Dubaï. Tout aussi impossible d'acheter une de ses anciennes œuvres (qu'il édite toujours en nombre très limité) tant les collectionneurs se les arrachent dès la première exposition, et, singularité, ne les revendent pas. Markus Raetz est un peu un artiste « à l'ancienne », qui fabrique ses pièces lui-même, dévore les livres, s'intéresse aussi bien aux mathématiques qu'aux lois de la perspective, à Piero de la Francesca qu'à Marcel Duchamp. Mais surtout maîtrise comme rarement les techniques de la gravure : aquatinte, héliographie, pointe-sèche, impression à la ficelle et au burin -cette dernière n'ayant presque pas évolué depuis le XIe avec la difficulté que cela implique !.
L'artiste est un prestidigitateur. Dans son atelier-laboratoire, il fait des « prestiges », littéralement, comme Magritte avant lui. Plie, cloue, assemble, crayonne. Transforme un bout de tôle en un soleil miroitant sur l'eau (Hublot). Rend ses lettres de noblesse à un plat de spaghetti (Ombre). Donne chair à un fil d'acier (Torsi). Il blague avec les formes (on pense à François Morellet) et ouvre une fenêtre sur l'imaginaire comme la peinture flamande l'ouvrait en son temps sur le paysage (Lucarne). Avec lui le regardeur n'a pas de répit ! Le mouvement de ses sculptures l'invite à voir toujours autrement. A se positionner dans l'espace pour saisir le oui et le non d'une même réalité (la pièce Yes/No). Comme Robert Desnos, son œuvre Ring, anneau borroméen en laiton, nous rappelle que « le monde est une drôle de chose », à la fois simple et complexe, torse et harmonieuse, qui contient en elle une beauté insondable.
Légende : Markus Raetz, détail de Bullauge (Hublot), 2007-2011. Techniques diverses, 155 × 90 × 24 cm, Courtesy of the artist & Galerie Farideh Cadot
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