Expos : blog actu arts et expos. De Visu.

Lascaux, le site web

Posté par Magali le 03.07.09 à 16:15 | tags : patrimoine, web

Lascaux, comme vous ne l'avez jamais vu (en vrai). Le ministère de la Culture a mis au placard son ancien site Internet ringard consacré à la grotte de Lascaux, et inaugure cette semaine un tout nouveau site web en Flash, www.lascaux.culture.fr. Celui-ci permet une visite virtuelle de la grotte paléolithique type caméra embarquée, salle par salle. Des photographies haute définition des peintures rupestre, avec une description détaillée de chaque figure (chevaux, taureaux...), rendent vie à ces proto-œuvres d'art de l'histoire de l'humanité, vieilles de plus de 15 millénaires.

Fermée au public par Malraux en 1963, la grotte de Lascaux est un des rares monuments insignes classés par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité, qui ne soit pas accessible au public. Grâce à son site Internet, consultable également par les aveugles et les sourds (grâce à des vidéos en langue des signes française), le public peut redécouvrir en détails témoignages inestimables de la Préhistoire. Bientôt, une version pour mobiles sera même disponible : Lascaux à portée de main.


www.lascaux.culture.fr




Les Maori retrouvent leurs têtes

Posté par Magali le 02.07.09 à 16:16 | tags : patrimoine, musées
 
Le Sénat a voté à l'unanimité, lundi 29 juin, la proposition de loi de la sénatrice Catherine Morin-Desailly visant à restituer à la Nouvelle-Zélande les têtes maori momifiées, collectées par les Français au XIXe siècle, présentes aujourd'hui dans les collections de nos musées.

On se souvient qu'en 2007 le Muséum d'Histoire naturelle de Rouen avait décidé de restituer à la Nouvelle-Zélande un objet de ses collections, une tête maori. Le ministère de la Culture avait réagi en portant à l'attention du musée la clause d'inaliénabilité des collections françaises. (Le maire de Rouen, Pierre Albertini, avait finalement remis la tête à l’ambassadeur de Nouvelle-Zélande en France, arguant non seulement que la tête était en dépôt au Muséum et n'était donc pas classée, mais aussi que le Muséum ne dépend pas du ministère de la Culture mais de celui de l’Enseignement supérieur).

Selon Philippe Richert, sénateur et rapporteur devant la commission des affaires culturelles du Sénat, « aucun argument valable ne pouvait s’opposer à la sortie de ces têtes momifiées et tatouées des collections des musées de France et à leur restitution à la Nouvelle-Zélande, qui souhaite le retour de ces restes humains sur la terre de leurs ancêtres, pour qu’ils y reçoivent une sépulture conforme aux rites ancestraux ».

Cinq conditions (amendements) seront cependant indispensables au retour des têtes sur la terre maori : en premier lieu, le déclassement devra être fait explicitement en vue de leur remise aux autorités néo-zélandaises. Aujourd'hui la tendance dans les musées est à une restitution massive des restes humains, que l'on montre de moins en moins (le Quai Branly possède huit têtes, qu'il ne montre pas) : en vingt ans, 322 têtes sur les 500 répertoriées dans le monde auraient été rendues.

Fortement approuvée par le nouveau ministre de la Culture, la loi est aujourd'hui entre les mains des députés.

Ill. Major General Horatio Gordon Robley with his collection of Maori heads, an illustration from Medicine Man: The Forgotten Museum of Henry Wellcome, British Museum Press, 2003.






Félicien Marboeuf : œuvres sans artiste

Posté par Magali le 01.07.09 à 13:31 | tags : art contemporain, exposition

Faire de la vie une œuvre d'art, ou plus exactement partir de la vie d'un personnage imaginaire, mais relié par de multiples connexions à des êtres et à des faits bien réels, et en faire des œuvres d'art. Tel est le propos de la passionnante, mais non moins serrée, exposition organisée à la Fondation d'entreprise Ricard par le critique d'art, ex-rédacteur en chef d'art press et commissaire d'exposition Jean-Yves Jouannais, en prolongement de son ouvrage Artistes sans œuvres. I would prefer not to, publié en 1997 (réédité aujourd'hui aux éditions Verticales).

L'auteur y fait le salutaire recensement (et l'apologie) d'un « art qui n'existe qu'en creux », plaçant en exergue cette phrase de Montaigne« Notre grand et glorieux chef-d'œuvre, c'est vivre à propos » (Les Essais, III, 13). Détaillant les démarches de ceux chez qui « l'œuvre est présente partout, et visible nulle part », Jean-Yves Jouannais convoque dans ce panthéon des indifférents « déségotisés » et des fumistes notoires les figures de Marcel Duchamp, Jacques Vaché, Félix Fénéon, Jorge Luis Borges ou Yves Klein, ou cite le cas de la « Société perpendiculaire » administrant un « Bureau des Projets non réalisés »...

Un chapitre entier est consacré à Félicien Marboeuf (1852-1924), connu de son vivant comme « le plus grand écrivain n'ayant jamais écrit », célébrité amie de Marcel Proust (auquel il aurait même inspiré une grande partie de la Recherche), mais qui en réalité n'a jamais existé. L'exposition de la Fondation Ricard propose d'évoquer la vie du grand homme à travers une série d'œuvres d'artistes contemporains complétant le propos de Jean-Yves Jouannais.

Certains ont imaginé un Félicien Marboeuf tangible, notamment par des portraits peints dans le style de l'époque (Antoine Roegiers), des enregistrements de sa voix lisant des textes célèbres (Nicolas Darrot), une reconstitution de son intérieur (par le styliste Christian Lacroix), ou des photos d'une station de métro parisienne « Marboeuf » (Guy Girard).

D'autres œuvres traitent du thème de la disparition de l'auteur (Marboeuf se serait enfui à Glooscap, au Canada, après avoir été accusé d'attentat à la pudeur sur une enfant de onze ans), comme le magnifique mur de photographies d'hommes célèbres aux yeux clos d'Alain Rivière, les autoportraits à la limite de l'invisible de Luc Andrié ou encore l'évocation par des plans et photos de la ville de Glooscap, cité imaginaire dont l'artiste Alain Bublex alimente la véracité depuis une douzaine d'années.

Rassemblant des œuvres sans fioritures, ayant en commun la simplicité et la force d'intention, comme ces socles sans œuvres d'Isabelle Cornaro, l'exposition de la Fondation Ricard fait un pied-de-nez aux égotismes artistes. Une véritable bouffée d'air frais et d'intelligence.


Félicien Marboeuf (1852-1924), une proposition de Jean-Yves Jouannais, jusqu'au 11 juillet 2009 à la Fondation d'entreprise Ricard, Paris. Plus d'infos.
Avec Luc Andrié, Gilles Barbier, Alain Bublex, Isabelle Cornaro, Nicolas Darrot, Olivier Dollinger, Christophe Duchatelet, Jean-Baptiste Ganne, Dora Garcia, Franck Gérard, Guy Girard, Jakob+MacFarlane, Christian Lacroix, Perrine Lievens, Pascal Martinez, Nora Martirosyan, Antoine Poncet, Pascal Quignard, Alain Rivière, Antoine Roegiers, Denis Savary.

A lire : Jean-Yves Jouannais, Artistes sans œuvres. I would prefer not to, réédition revue et augmentée d'une préface d'Enrique Vila-Matas, 2009, Éditions Verticales, 120 pages, 17,90 euros.

Ill. Guy Girard, Station Marboeuf, 2009, vidéo, courtesy de l'artiste.



Le diaporama de l'expo "Une image peut en cacher une autre" au Grand Palais

Posté par Magali le 30.06.09 à 12:32 | tags : exposition, grand palais
L'histoire de l'art, au moins jusqu'à la naissance de l'art conceptuel à la fin du XXe siècle, aura été affaire d'œil, de vision, de « plaisir scopique » comme aurait dit Freud, en faisant appel au sens de la vue plus qu'à tout autre. Certains artistes, en particulier Arcimboldo et Dalí, ont poussé ce plaisir sensible jusqu'à un point d'extrême ambiguïté en donnant à leurs images un double sens, les rendant ainsi subjectives, voire subversives.

Jusqu'au week-end prochain, le Grand Palais propose, à travers près de 250 œuvres, une autre histoire de l'art, ambigüe et non univoque, et qui renouvelle l'interprétation des images. Séance de décryptage à travers le diaporama de l'exposition « Une image peut en cacher une autre » au Grand Palais.



Une image peut en cacher une autre. Arcimboldo, Dalí, Raetz, jusqu'au 6 juillet 2009 au Grand Palais, Paris. www.rmn.fr



L'art contemporain présumé coupable

Posté par Magali le 26.06.09 à 14:19 | tags : exposition, art contemporain
Véritable serpent de mer judiciaire, l'affaire de la mise en examen des concepteurs de l'exposition « Présumés innocents », organisée en 2000 au Capc – Musée d'art contemporain de Bordeaux sur le thème de la représentation de l'enfance dans l'art contemporain, connaît un nouveau rebondissement cette semaine. Alors que la Cour européenne des droits de l’homme limite à quatre ans le délai d’instruction, un juge d'instruction bordelais a en effet décidé l'envoi en tribunal correctionnel de l'ex-directeur du Capc, Henry-Claude Cousseau (actuel directeur de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris), et des commissaires de l'expo, Marie-Laure Bernadac, aujourd'hui conservatrice au Louvre chargée de l'art contemporain, et Stéphanie Moisdon, critique d'art.

Ces trois personnalités connues du monde de l'art avaient été accusées en 2006 (soit six ans après les faits) par une association de protection de l'enfance, nommée La Mouette, d'avoir présenter des œuvres choquantes. Les délits qui leur sont toujours reprochés aujourd'hui : « diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique » et « diffusion de messages violents, pornographiques ou contraires à la dignité humaine susceptibles d'être vus par un mineur ». A en revanche été abandonné le délit de corruption de mineurs. Parmi les œuvres incriminées, des photos de Nan Goldin, Cindy Sherman, Christian Boltanski ou Gary Gross, notamment sa fameuse photo de Brooke Shields âgée de 13 ans, nue dans son bain, d'une fascinante perversité (ill.), une toile de Marlene Dumas, ou des dessins d'Ugo Rondinone montrant des enfants « dans des situations équivoques ».

Quant aux œuvres auxquelles des mineurs auraient pu avoir accès, le juge d'instruction ne lache pas le morceau en déclarant : « Le simple fait que l'œuvre ait été susceptible d'être vue par un mineur caractérise l'infraction ». On croyait l'affaire close depuis un moment (un non-lieu a été prononcé en 2008), d'autant que les œuvres incriminées sont visibles aujourd'hui dans de nombreuses collections publiques ou privées. Si on ne s'interroge pas sur le mobile du crime (si crime il y a), l'attention se porte aujourd'hui sur le mobile de l'accusation, et sur ce qui ressemble plutôt à une véritable croisade contre l'art contemporain et contre toute forme de liberté d'expression. Affaire à suivre donc...


Ill. Gary Gross
, Brooke Shields : The woman in the child, 1980



Le graff, de la rue à la salle de vente et au musée

Posté par Magali le 25.06.09 à 15:43 | tags : exposition, street art

Depuis quelques années, quelques critiques et de nombreux marchands d'art tombent en grâce devant ce que l'on nomme le street art, ou art urbain, tandis que la RATP et autres services de voirie municipales continuent à se battre pour effacer de leurs rames et rues toute manifestation graphique — qu'elle soit artistique ou non.

Comme l'annonçait lundi le Figaro, le street art aujourd'hui se vend à merveille : après une vente consacrée au même thème en décembre dernier chez Artcurial, 480 000 euros ont été récoltés ce week-end par la maison de vente Millon-Cornette de Saint Cyr, lors d'une vente organisée à La Cigale, haut lieu de la nuit rock parisienne. Si les commissaires-priseurs se félicitent du résultat, on remarque tout de même qu'un peu moins d'un tiers des œuvres n'ont pas trouvé preneurs : un succès certes, vu le prix des adjudications (notamment 15 000 euros pour une œuvre de Shaka, artiste français, estimée 4000-6000 euros), mais pas un raz-de-marée non plus.

A noter également que la plupart des œuvres sont réalisées certes à la bombe, mais « sur toile » : or, le street art ne se définit-il pas en premier lieu par son contexte de création, la rue, et non pas l'atelier ? Si les codes du graffiti ont immédiatement été récupérés par la publicité et le design, médiums consommateurs, l'art les avait lui aussi déjà absorbés et digérés dès les années 1980, avec Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat : mais ces artistes, une fois acquis un certain niveau de reconnaissance, ne se revendiquèrent plus comme des artistes de la rue, et ainsi se dépolitisèrent largement. Car déplaçant le contexte de l'art, on en déplace le sens : en ce qui concerne le graffiti, la revendication d'une créativité hors des sentiers battus de l'académisme et du marché de l'art est essentielle pour comprendre que c'est un avant tout un geste politique, traduit plus ou moins brillamment (jugement critique qui souffre de ne pas être très politiquement correct, semble-t-il) par une esthétique.

Après l'expo « TAG » au Grand Palais au printemps, une exposition intitulée « Né dans la rue. Graffiti » ouvrira ses portes le 7 juillet à la Fondation Cartier pour l'art contemporain. La manifestation se veut très documentaire, avec photos et vidéos témoignant de la naissance du graffiti à New York dans les années 1970. Par ailleurs, plusieurs artistes sont invités à taguer le bâtiment de Jean Nouvel, et des œuvres seront « créées spécialement pour l’événement ». Sur toile ? On en reparle bientôt dans Flu.

Né dans la rue. Graffiti
, du 7 juillet au 29 novembre 2009, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. www.fondation.cartier.com

Ill. Henry Chalfant, Stalingrad, 1985.

Voir égalemet notre sélection de toiles graffées.




En images : Stéphane Vigny, doucement faire irruption dans le réel

Posté par Magali le 24.06.09 à 08:39 | tags : art contemporain

Le travail du jeune artiste Stéphane Vigny évoque un post-dadaïsme gentiment fêlé ou un art sournoisement conceptuel, au choix. Ainsi Stéphane Vigny présente actuellement dans le cadre de l'expo collective « Spy Numbers » au Palais de Tokyo un authentique poteau électrique intitulé L'Original est une copie, ready-made monumental qui s'intègre à merveille dans l'architecture post-industrielle du bâtiment, jusqu'à s'y confondre.

Pour sa première exposition personnelle, « Sam Suffit », à la galerie LHK, l'artiste joue dans ses œuvres avec la réinvention de formes sculpturales autonomes à partir d'éléments issus de la culture populaire. A découvrir avant de la visiter, 6 rue Saint-Claude, à Paris, un diaporama de l'expo de Stéphane Vigny.

 




Stéphane Vigny, Sam Suffit
, à la galerie LHK, 6 rue Saint-Claude, Paris, jusqu'au 11 juillet 2009.
www.galerielh.com

Ill. Stéphane Vigny, Jamaïque, 2009. Courtesy Galerie LHK, photo: Eric Tabuchi

 




Frédéric Mitterrand nommé Ministre de la Culture

Posté par Magali le 23.06.09 à 14:03

Exit Christine Albanel, ministre bavarde dont l'unique marque au gouvernement Sarkozy aura été d'avoir commis une loi inappliquable et archaïque. Non content de recruter dans les rangs du Parti socialiste des ministrables dont les dents doivent rayer le parquet de l'Elysée, le Président de la République s'attaque carrément au cœur de la mitterrandie en recrutant dans la famille même de son prédécesseur.

Dès demain mercredi, Frédéric Mitterrand, neveu de François, quittera son poste de directeur de la Villa Médicis à Rome, qui n'aura été finalement pour lui qu'un formidable tremplin, pour prendre les rênes d'un ministère en bien mauvaise passe. Menacée de restructuration, voire de démantèlement, la rue de Valois a besoin aujourd'hui d'un personnage de terrain, non seulement familier des milieux de la culture, mais aussi porteur d'une vision forte pour soutenir les arts dans un pays qui sacrifie de plus en plus la culture à l'autel des loisirs et de la communication. Scénariste, animateur télé, commentateur des fastes royaux, écrivain, producteur, réalisateur, Frédéric Mitterrand représente le côté bling-bling d'une certaine gauche. Croit-il, comme son oncle l'avait exprimé, aux "forces de l'esprit" ? On ose l'espérer.




Quatrièmes de couv'

Posté par Magali le 22.06.09 à 18:49 | tags : art contemporain, livres d'art
Claire Fontaine, duo d'artistes auto-proclamé « ready-made », formé à Paris en 2005, est connu pour son travail de détournement des codes de l'art conceptuel, notamment ceux liés au langage. Ni l'un ni l'autre membre du « collectif » ne se nomme Claire ou Fontaine, mais la référence aux cahiers d'écoliers, ou à la comptine, sont là pour rappeler la notion de « ready-made » et l'ironie de leur démarche. Auteur de briques (les Brickbats) enveloppés de couvertures de livre, de messages écrits soit au néon (comme « il y a trop d'innumaniter est j'ai pas trouver mon droit »), soit au noir de fumée (« The educated consumer is our best consumer »), Claire Fontaine revendique un art non dénué d'une portée politique.

Poursuivant sa réflexion sur le livre comme vecteur opérant, elle (le féminin est de rigueur) publie aux éditions Dilecta un ouvrage, intitulé Vivre, Vaincre, dont le propos est d'explorer « non pas la surface mais l'extériorité du livre en tant qu'objet ». Véhicule de communication, le livre est envisagé sous sa forme dernière, à savoir la quatrième de couverture, interface qui n'est pas visible d'abord, mais, qui, traditionnellement, renseigne le lecteur sur le contenu.

Cinquante-quatre quatrièmes se succèdent ainsi, reproduisant telles quelles les informations livresques indispensables, jusqu'au prix, rappelant au passage le statut irrémédiablement commercial de l'objet-livre. Dans ce petit jeu de devinettes (ont été éliminées les éditions qui reproduisaient le nom de l'ouvrage et l'auteur), on suit de manière erratique la pensée des lecteurs, dans un zapping qui met à plat les connaissances et les références, de Vivre ! Vaincre soi-même la dépression, d'une certaine (et réelle) Claire Fontaine, à Foucault, Rancière ou Lénine. Et se dessine ainsi en creux un portrait des mystérieux auteurs du livre.


Vivre, Vaincre, de Claire Fontaine, éditions Dilecta, 120 pages, 25 euros.



De l'art en barres au Lab-Labanque de Béthune

Posté par Magali le 20.06.09 à 16:46 | tags : art contemporain

Un ancien bâtiment de la Banque de France transformé en « centre de production et de diffusion des arts visuels » : la ville de Béthune, près de Lens, assume son passé en assignant à l'art ce lieu emblématique du capitalisme, qui en impose dans cette région minière marquée par les crises et les luttes sociales. Au Lab-Labanque, conçu comme un foyer de rencontres entre les artistes et la population locale, c'est dans la salle des coffres, dans la salle des guichets, dans le bureau du directeur et dans ses anciens appartements, marqués par une décoration bourgeoise toujours en place, que l'art, proposition disruptive par excellence et donc potentiellement subversive, a pris ses quartiers, comme les sans-culottes prirent la Bastille. Aujourd'hui les coffres sont vides, l'art est partout — belle utopie.

Après une mémorable proposition de Claude Lévêque cet hiver, intitulée La Rumeur des Batailles, le Lab-Labanque, ouvert en 2007, invite quatre jeunes artistes à investir ses murs, pour des propositions qui entrent chacune à leur manière en résonnance avec les lieux. Stéphane Thidet expose fort à propos un Terril de confettis noirs, que l'on avait pu voir l'an passé à la FIAC, mais qui trouve bien évidemment ici un écho démultiplié, entre hommage au pays minier et ambiance de fin de partie. Chargé d'occuper la salle des guichets, l'artiste a décroché du plafond les néons à la lumière disgrâcieuse, référence ironique à la sculpture de néons chère aux post-modernes, qui ainsi barrent l'espace et en modifient le parcours. Contrôlés à distance, des portes claquent, des tiroirs se ferment brutalement, comme dans une partition de Pierre Henry... : une ambiance à la Shining nous fait rapidement grimper à l'étage.


 
Là, la jeune (et locale) artiste Bertille Bak, ancienne élève du Fresnoy, nous fait vivre l'expérience d'une communauté du Nord menacée de délocalisation, mais fière de son passé difficile. C'est dans les appartements du directeur qu'elle expose les marques de cette identité : plaques de rue exposées dans des reliquaires (Bak est passée dans l'atelier de Boltanski à l'Ecole des Beaux-Arts), portes démultipliées, mur peint de fausses briques. Une vidéo joliment drôle montre les stratégies de résistance d'une petite commune, Barlin : on y communique par des tubes, le journal passe de porte en porte, on balance des pavés sur les démolisseurs, on déploie du grillage pour jouer aux auto-tamponneuses dans les rues... une sorte de Bienvenue chez les chtis surréaliste et plein d'espoir qui nous dirait : le Nord c'est bien aussi !
 

Enfin, le duo Cléa Coudsi et Eric Herbin, au dernier étage, également issus du Fresnoy, met à profit ses capacités techniques pour créer des œuvres très poétiques, en réalisant un mur d'enveloppes qui parlent (des SMS sont lus par des voix de synthèse lorsqu'on rabat l'enveloppe), et une table de lettres aimantées qui bougent. Aléatoires, les œuvres nous délivrent un message. Lequel ? Là n'est pas la question.

Stéphane Thidet, Bertille Bak, Cléa Coudsi & Eric Herbin, au Lab-Labanque, Béthune, jusqu'au 12 juillet 2009.

Le site et le blog de Lab-Labanque

Ill. Stéphane Thidet, Bertille Bak et Cléa Coudsi & Eric Herbin au Lab-Labanque.




Abramovic au MoMA : l'expo-épreuve

Posté par Magali le 18.06.09 à 09:20 | tags : performance, moma

 


L'artiste d'origine serbe Marina Abramovic est sans doute l'une des plus grandes performeuses de l'histoire de l'art, et la représentante vivante d'un art engagé, du côté du corps, du féminin et du politique, une artiste entière et intelligente.

Son œuvre, dont on a pu prendre toute la mesure ce printemps dans l'exposition de photographies de ses performances à la galerie Serge Le Borgne, fera l'objet d'une rétrospective exceptionnelle au MoMA de New York de mars à mai 2010, chroniquée par des photographies et vidéos.

L'événement, cependant, sera une performance inédite et d'une pénibilité inégalée. A l'occasion de cette exposition intitulée « The Artist is Present », Marina Abramovic créera la pièce la plus longue de sa carrière, en étant présente à chaque minute d'ouverture au public. Sept heures par jour (dix le vendredi), six jours par semaine (soit 586 heures en tout), l'artiste de soixante-deux ans sera là, sur une des plates-formes montées en zig-zag sur le mur nord de l'atrium du musée. Les échelles les reliant étant hérissées de couteaux, elle ne pourra ni monter, ni descendre — l'artiste aura été placée là par une grue avant l'ouverture du musée —, ne disposera pas d'eau ou de nourriture, ni de siège ou coussin, et n'aura pas accès aux toilettes. Le public pourra l'observer d'en-bas, sur des chaises longues, grâce à des jumelles. Abramovic descendra de niveau au fur et à mesure de l'exposition, pour se retrouver à la fin au niveau des spectateurs.

Pour Marina Abramovic, il s'agit du « voyage biographique et spirituel d'un artiste ouvert et vulnérable », et de la « descente de l'ego », jusqu'au niveau du public. Lequel sera lui aussi mis  à rude épreuve.

 


www.moma.org

Ill. Marina Abramovic, AAA_AAA (with Ulay), 1977-2006, courtesy galerie Serge Le Borgne, Paris




Palmarès des musées : le Centre Pompidou détrône le Louvre

Posté par Magali le 16.06.09 à 11:26 | tags : musées

Comme chaque année, le Journal des Arts, via son éditeur Artclair, publie un "palmarès des musées" français, au nombre de 362, jugés à l'aune de trois critères généraux : la qualité de l'accueil du public, le dynamisme et la politique de conservation. Parmi les éléments qui déterminent les valeurs du barème, sont retenus notamment la qualité des expositions temporaires, l'existence et l'efficacité d'un site Internet, la proportion des budgets d’acquisition sur le budget global, la recherche de mécénat, les tarifs, etc.

Si les musées parisiens, en règle générale mieux dotés et plus fréquentés, caracolent à la tête du classement, la surprise vient du fait qu'après cinq ans à la première place, le musée du Louvre dégringole en troisième position, laissant la pole position au Centre Pompidou, et la seconde au musée du Quai Branly. Puis viennent notamment le Palais des Beaux-Arts de Lille et les musées des Beaux-Arts de Lyon et de Rouen, structures municipales ultra-dynamiques et proposant depuis de nombreuses années des expositions d'intérêt international, comme "Repartir à zéro" à Lyon ou "Istanbul, traversée", actuellement à Lille.

D'une manière générale, on note que la fréquentation des musées en France a augmenté de près de 10 %, avec en tout 40 millions de visiteurs — ce qui pose par ailleurs des problèmes de saturation, notamment au Louvre —, et que les dépenses consacrées aux expositions temporaires ont cru de 23 %, tandis que les acquisitions ont baissé de 18 %. Mais 2009 risque d'être une année plus difficile, avec notamment l'annulation ou le report des expositions, comme c'est le cas au musée des Arts décoratifs.

 

Ill. Jean Widmer, Etudes préliminaires pour le logo du CGP, 1974-1977 © Centre Georges Pompidou, Logo

 




Sept jours dans le monde de l'art, par Sarah Thornton

Posté par Magali le 15.06.09 à 11:49 | tags : économie, livres d'art, foire, art contemporain
Le monde de l'art contemporain est une vaste nébuleuse opaque, qui demande à quiconque tente d'en expliciter les étranges coutumes des efforts faramineux de patience sociale et d'intrigue diplomatique. Sarah Thornton, journaliste canadienne résidant en Grande-Bretagne, écrit depuis plusieurs années sur le marché de l'art et l'art contemporain pour les revues The Art Newspaper ou The Economist, et s'est lancée en 2004 dans un projet périlleux : décrire avec les outils de la sociologie un milieu social extrêmement codifié, de ses plus hautes sphères (les collectionneurs) à ses aspects les plus pragmatiques (l'école d'art). Heureusement Sarah Thornton apporte à son étude gonzo une bonne dose d'humour, maniant joyeusement un trait acerbe qui pourrait laisser penser que tout cela est pure fiction, si on ne savait pas d'expérience que rien n'est exagéré...

En sept « journées » quasi bibliques se succèdent autant d'instantanés du monde de l'art. On débute par « la vente aux enchères », entrée en matière la plus violente qui soit, où l'on découvre la théâtralité de l'événement, et des personnages bien croqués, à la limite de la caricature (la journaliste snob, le collectionneur cynique, le marchand maniaque...), que l'on retrouve tout au long du livre. Puis viennent « la master class », sommet de conceptualisme bohème, « la foire » (Bâle), rendez-vous VIP de l'art, « le prix » (ici le Turner Prize) — « Reflète-t-il la qualité ou le crée-t-il ? » —, « le magazine » (dans les bureaux d'Artforum à New York), qui sonde la critique d'art, laquelle, un brin désabusée, « traduit en mots quelque chose que tout le monde a vu », « la visite de l'atelier » (celui de Murakami, expert ès marketing) et pour finir « la Biennale » (Venise, « instant de synthèse »).

Seul bémol, l'ouvrage, publié en 2008 chez W. W. Norton & Company, à New York, est antérieur à la crise actuelle, qui, semble-t-il, a changé la donne dans le marché de l'art — notamment dans ce que l'auteure nomme le « second marché », plus sensible aux fluctuations économiques. Un second tome peut-être à suivre ?


Sarah Thornton, Sept jours dans le monde de l'art, Paris, éditions Autrement, 280 p., 22 euros.



Art Basel échappe à la crise de la quarantaine

Posté par Magali le 11.06.09 à 09:29 | tags : foire, art contemporain
 
Non, nous n'étions pas à Art Basel (vous pouvez rejoindre le groupe We're not in Basel sur Facebook), et nous ne participions pas au marathon alpin qui a fait courir le monde de l'art (et même Brad Pitt, qui aurait acheté cette toile de Neo Rauch au marchand new-yorkais David Zwirner pour un peu moins d'un million de dollars) de Venise (voir le groupe cousin We are NOT in Venice) à Bâle en début de semaine, mais cela n'empêche pas d'avoir un petit aperçu de ce qui se trame dans les allées de la plus grande foire d'art contemporain, organisée depuis quarante ans dans la petite et discrète ville suisse. D'après les premières rumeurs, les spéculateurs auraient fait l'impasse cette année, pour cause évidente de crise économique, tandis que les collectionneurs, les vrais, restent fidèles à leur hobby, comme si de rien n'était. C'est aussi que les galeristes ont fourni, semble-t-il, un effort démesuré pour présenter des œuvres d'exception et des valeurs sûres : ainsi le Suisse Bruno Bischofberger proposait une toile d'Andy Warhol de onze mètres de large, Big Retrospective Painting, pour 74 millions de dollars...

Mais Art Basel, c'est plus qu'une simple foire, avec ses 300 galeries prestigieuses et ses 2500 artistes représentés. Plusieurs sections de la foire permettent de découvrir des œuvres qui ne sont pas seulement réservées à la vente — même si elles permettent de faire progresser nettement leur cote. Ainsi Art Unlimited présente soixante projets « hors format » (voir l'œuvre de Tatjana Doll en illustration), tandis que les Art Statements proposent la découverte de vingt-sept artistes dits « émergents », avec à la clé deux prix d'environ 20 000 euros, plus l'acquisition des œuvres exposées, et leur don à des musées européens (l'un des deux gagnants, Geert Goiris, est représenté par la galerie parisienne Art Concept). Art Premiere juxtapose les œuvres d'artistes de générations différentes, et huit Public Art Projects (avec notamment Valentin Carron, Jeppe Hein ou Mathieu Mercier) porteront Art Basel hors de ses murs.



Cette année, l'événement est la représentation les 10, 11 et 12 juin de Il Tempo del Postino au Théâtre de Bâle, œuvre du curateur suisse Hans Ulrich Obrist et de l'artiste français Philippe Parreno datée de 2007, dont le principe est la re-présentation d'œuvres dans le temps, et non pas dans l'espace. Parmi les artistes participants en live à ce group show on retrouve pas mal de stars de l'art contemporain : Matthew Barney, Tacita Dean, Olafur Eliasson, Fischli & Weiss, Liam Gillick, Dominique Gonzalez-Foerster, Douglas Gordon, Carsten Höller, Pierre Huyghe, Anri Sala, Tino Sehgal ou Rirkrit Tiravanija. Pour Philippe Parreno, l'intérêt d'une telle manifestation au sein d'une foire telle qu'Art Basel est de montrer « des œuvres qu'on ne peut acheter, mais qui existent quand même »...


Art 40 Basel, foire d'art moderne et contemporain de Bâle, du 10 au 14 juin. www.artbasel.com

Ill. Tatjana Doll, section Art Unlimited, Cristina Guerra ContemporaryArt, Lisboa et Galerie Gebr. Lehmann, Dresden, Berlin.
Geert Goiris, Wihteout #6, 2008, galerie Art Concept, Paris.



Les 200 artistes du XXe siècle

Posté par Magali le 10.06.09 à 10:25 | tags : art contemporain

Aussi évidente, injuste, inutile, artificielle, superficielle, médiatique qu'elle soit, la liste des « 200 artistes les plus importants depuis 1900 » publiée par le Times, en collaboration avec la Saatchi Gallery, en dit bien plus sur les votants — 1,4 millions ! — que sur la « valeur » réelle des artistes eux-mêmes et sur l'art du XXe siècle.

En première place, ça n'est pas une surprise, on trouve un peintre, Pablo Picasso, archétype de l'artiste absolu. A noter qu'on compte quatre français dans le top 10 : Cézanne, Monet, Duchamp et Matisse (Gauguin, mort en 1903, arrivant à la 11e place avec une voix de moins seulement que le 10e, Mondrian) — mais que le plus « jeune », Duchamp, est mort il y a plus de quarante ans... Le premier artiste vivant de la liste, Jasper Johns, 79 ans, arrive en 18e place. Certaines places au classement surprennent : l'Allemand Martin Kippenberger se trouve en 20e position, loin devant son compatriote Anselm Kiefer (82e), De Kooning est devant Kandinsky, et  certains sont là certainement en raison de leur britannité (David Bomberg ?).


L'absolue partialité des votes reflète bien plus les goûts actuels du public qu'une réelle hiérarchie objective : retour au goût pour la peinture et à ses valeurs sûres (le premier sculpteur, Brancusi, est à la 16e place), préférence donnée aux artistes modernes plutôt qu'aux contemporains (la plupart des artistes sont morts depuis bien longtemps), absence totale d'artistes contemporains français (on aurait pu y voir Daniel Buren ou Christian Boltanski, notamment), très faible représentation des femmes (on en a compté 19, soit environ 10%, mais allez donc voir l'expo elles@centrepompidou...).

Et vous, vous auriez voté pour qui ?




Les musées, touchés par la crise, annulent leurs expos

Posté par Magali le 09.06.09 à 09:14 | tags : économie
 

Une enquête publiée dans le numéro de juin 2009 du journal The Art Newspaper montre, preuves à l'appui, que la récession touche durement le monde de l'art, en annonçant l'annulation de plus d'une vingtaine d'expositions majeures dans le monde entier en 2009-2010 — ou leur report à une date inconnue, comme c'est le cas pour la manifestation consacrée à l'art contemporain indien prévue au Centre Pompidou l'année prochaine, et repoussée hypothétiquement à 2011.

Si cette étude ne met en évidence que la « partie émergée de l'iceberg » — le programme des expositions en 2010 n'ayant pas été publié par toutes les insitutions —, elle tient pour responsable principale la crise économique actuelle qui réduit considérablement les budgets alloués par les gouvernements à la culture, tout en rendant frileux les principaux mécènes. Il est ainsi démontré que la situation est bien pire aux Etats-Unis qu'en Europe, non seulement parce que le pays est plus durement touché, mais aussi parce qu'une grande partie des financements des musées américains (non pas la majorité, comme on le pense souvent, mais environ un tiers en moyenne) provient du mécénat privé et des fameux « fonds de dotation » (endowments) réduits comme peau de chagrin par la crise.

A titre d'exemple, l'exposition monographique consacrée à l'artiste brésilien Cildo Meireles, présentée à la Tate Modern, à Londres, à l'automne dernier, puis au musée d'art contemporain de Barcelone ce printemps, a annulé sa tournée nord-américaine, qui devait faire escale à Houston et à Toronto. Parmi les institutions les plus à cours de liquidités, le Los Angeles County Museum of Art (LACMA), qui annule pas moins de trois expos importantes en 2009-2010. Problème : les expos tournantes permettent aux musées qui les « lancent » de faire un intéressant retour sur investissement, et les annulations inopinées leur imposent un sérieux coût, comme l'avoue le directeur du Victoria & Albert Museum, Mark Jones, dont l'exposition Surreal Things: Surrealism and Design, inaugurée prochainement à Londres, ne voyagera finalement pas au Minneapolis Institute of Arts en 2010, comme prévu.

Autre exemple, franco-américain cette fois, la rétrospective de l'œuvre du peintre pompier Jean-Léon Gérôme, prévue fin 2010 au Getty Museum de Los Angeles, puis début 2011 au musée d'Orsay, ne passera pas par la case du Baltimore’s Walters Art Museum, dont le directeur estime qu'elle engendrerait une perte nette de 300 000 dollars.

Pour les rendre plus rentables, divers musées ont recours à la prolongation des expositions, ainsi la Tate Britain qui annonce une durée de six mois au lieu des trois initialement prévus pour la rétrospective monumentale consacrée au sculpteur Henry Moore. Less is more...

Ill. Jean-Léon Gérôme, La Bacchante, 1853, musée des Beaux-Arts de Nantes.






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