Fred le Chevalier colle ses dessins à tout va dans la ville. Il parsème les murs de ses petits personnages rétro, auréolés d'une aura poétique.
Dans un café de Montmartre, on l'a rencontré, allure de poète dandy et badge d'une de ses créations épinglé au manteau. Il nous a parlé de ses débuts dans l'art de rue, son goût pour le collage public et ses inspirations, le tout parsemé d'anecdotes qui font sourire. Aujourd'hui, celui qui considère que "une semaine sans collage est bancale" se pose la question de son statut. Découverte du personnage et de son univers.
Voir le diaporama : Fred le Chevalier, un poète de rue
Une fois encore, l'artiste britannique Damien Hirst - à qui l'on doit le fameux crâne en diamant estimé à 100 millions de dollars et qui reste invendu - a réussi son dernier coup marketing. Ses Spot Paintings, série de toiles recouvertes de pois de toutes couleurs et de tous formats, sont exposées depuis le 12 janvier dans les onze galeries de Larry Gagosian (Londres, New York, Paris, Athènes etc.). Et se vendent comme des petits pains, entre 400 000 et 1,5 millions de dollars tout de même !
Pour attirer le chaland, le duo Hirst/Gagosian, experts du marché de l'art et de la spéculation, savent comment s'y prendre. Étals garnis et bien tenus (la galerie parisienne, ouverte seulement depuis 2010, est d'un blanc immaculé) et personnel dévoué prêt à remplir votre panier de course (beaucoup de gardiens de salle surtout). En guise de harangue, ils proposent cette année aux collectionneurs qui auront visité les onze expositions de gagner une œuvre - oui, comme à la tombola, mais au mérite et avec le coût du carburant du jet privé en plus. Depuis l'inauguration, six ont déjà eu ce privilège. Et pour les moins fortunés d'entre nous, l'équipe Hirst/Gagosian a pensé à tout : une carte postale et un tee-shirt « I love DH » sont accessibles à moins de 35 dollars...
Beaucoup n'y voient déjà qu'une opération de séduction commerciale ; quelques-uns, plus indulgents, apprécient l'aspect décoratif ou rétrospectif de l'ensemble - l'intégralité des Spot Paintings réalisés à partir de 1986, collections privées comprises, sera exposée. On peut aussi adhérer aux intentions esthétiques de l'artiste, à savoir : « Saisir la gaieté de la couleur » sans rien produire d'autre qu'une structure pour la recevoir. « Faire œuvre de coloriste » tout simplement.
Quoi qu'on en pense, qu'on acclame le stratège ou le condamne, cette méga-exposition pourrait être le signe d'un creux dans la carrière de l'artiste, obligé de multiplier les coups de pubs pour combler le manque d'inspiration. Gardons aussi à l'esprit que Damien Hirst n'est pas l'art contemporain à lui tout seul. Que ses « frasques » ne servent pas de nouvel argument aux adversaires systématiques de la création actuelle.
Damien Hirst, tee-shirt I "DH", courtesy Gagosian Gallery. Exposition du 12 janvier au 18 février 2012.

Le verdict tombait à la mi-janvier dernier dans les lignes du Quotidien de l‘art, l'artiste Anri Sala allait représenter la France à la Biennale de Venise 2013, après Christian Boltanski (2011), Claude Lévêque (2009) et Sophie Calle (2007). A la nouvelle, le petit milieu de l'art frétillait à l'avance de plaisir et saluait, à l'unanimité, le choix de la commission décisionnaire (composée de conservateurs dont Alexia Fabre, la directrice du MAC/VAL, de collectionneurs et d'institutionnels). Pour comprendre ce raz-de-marée d'enthousiasme (que l'on partage complètement), voici un top five « des bonnes raisons pour avoir choisi Anri Sala comme représentant de la France à la 55e Biennale de Venise ».
1/ Son âge
Né en 1974, Anri Sala est le plus jeune élu vénitien de l'hexagone depuis Fabrice Hyber en 1997. Après Christian Boltanski, âgé de 68 ans et déjà bien « institutionnalisé », cette sélection confirme l'existence d'une scène nationale fraîche et dynamique. Et la prise de conscience des "experts" de l'art contemporain quant à l'urgence de sa valorisation.
2/ Son nomadisme
D'origine albanaise, travaillant entre Paris et Berlin - la capitale européenne des arts pour quelques temps encore, avant d'être détrônée par Glasgow ou Bruxelles -, bien représenté à l'international (biennales de Moscou, Sao Paulo et Sydney), Anri Sala correspond à l'image (idéale?) que l'on se fait de l'artiste du XXIe siècle : vagabond, attaché à ses racines sans ancrage moribond, « citoyen des arts » avant toute chose. Un observateur attentif du monde qui l'entoure, et pas seulement à travers la fenêtre de son atelier.
3/ Son actu du moment
En mai 2011, il était chez Chantal Crousel, sa galerie parisienne, pour une très belle exposition monographique, et à la Serpentine Gallery à Londres. En 2012, il participera à l'exposition collective de la Kunsthalle de Dusseldorf, « Les espaces de mémoire », et s'installera confortablement dans la Galerie sud du Centre Pompidou du 2 mai au 6 août prochains. De quoi se familiariser avec son travail et occuper le terrain artistique avant les réjouissances vénitiennes de 2013.
4/ Ses œuvres-partitions
Avant de passer par les écoles des arts décoratifs de Paris et du Fresnoy (Tourcoing), Anri Sala était musicien. Et aujourd'hui encore, il conçoit ses expositions comme des partitions. Il s'intéresse au temps, au rythme, à l'écho ou aux décalages entre le son et les images. La musique est le matériau de l'œuvre et se retrouve parfois où on l'attend le moins : sur une corniche d'immeuble pour une improvisation aérienne du saxophoniste Jeemel Moondoc (la vidéo Long Sorrow), dans une ville assiégée parcourue à toute allure par une jeune violoniste chantonnant la Pathétique de Tchaïkovsi (le film 1385 Days) ou en tournant nous-même la manivelle d'une boite à musique emprisonnée dans du verre.
5/ Son rapport à l'architecture
Enfin, il n'est pas toujours facile d'investir le pavillon français des Giardini datant du début du XXe siècle, tout en rondeur et colonnes. Or Anri Sala (comme Claude Lévêque avant lui) est un maître en matière de muséographie. Chacune de ses expositions est pensée comme une nouvelle œuvre en soi. Il s'adapte non seulement au lieu mais il en réinvente l'espace à partir du son et de l'image. Le visiteur expérimente le parcours dans une chorégraphie personnelle. Il réagit de façon différente à la mélodie provenant d'une pièce attenante mais dont la source reste invisible ou à la superposition de plusieurs couches sonores. L'espace d'exposition devient le support d'une parabole, qui dit le monde, l'histoire, le temps, sans recourir au narratif et par une esthétique à la limite du visible.
Et quand on sait que les concurrents en liste étaient de taille (Tatiana Trouvé et Bertrand Lavier), Anri Sala mérite définitivement un stand up, et peut-être même un Lion d'or...
Anri Sala, No Barragan, No Cry, 2002, Courtesy de Hauser & Wirth / Galerie Chantal Crousel.

Avec la disparition d'Antoni Tapiès - l'artiste catalan de 88 ans est mort le 06 février à Barcelone où il résidait -, c'est tout un pan de l'art du XXe siècle qui s'est éteint définitivement avec lui.
Le peintre et sculpteur né en 1923 avait fréquenté les surréalistes et les dadaïstes, Juan Miro et le poète Joan Brossa, avec qui il fondait le groupe Dau al Set en 1948. Puis vint le tour des américains Willem de Kooning et Franz Kline, du mouvement Gutaï qu‘il fit connaître en France, et de la plongée à mains nues dans ce que Tapiès nomma lui-même « l'art informel» : un expressionnisme abstrait sali au « tachisme ». Un matiérisme » donnant la part belle aux matériaux pauvres et non picturaux : sable, poudre de marbre, ficelle, corde, paille, papiers... et qui intègrera même des objets à partir des années 1980. Son installation Rinzen, constituée d'un lit presque démantelé et d'une série de chaises, reçoit le Lion d'or de la Biennale de Venise en 1993.
Si avec le temps, des signes, des symboles identifiables comme la croix (qu'il utilisera dans sa signature) se retrouvent de plus en plus dans ses œuvres, sa peinture-sculpture reste un chaos, un « champ de bataille » comme il aime à la décrire, « où les blessures se multiplient à l'infini » - meurtrie, griffée, lacérée, défigurée par les empâtements, démantibulée. Siège de pulsions mais aux vertus cathartiques, « talisman » (le mot est de lui) qui guérit ceux qui le regardent. On reconnaît aujourd'hui cette fièvre libératrice chez Miquel Barcelo ou Anselm Kiefer.
Toute de briques vêtue, couverte d'une sculpture-barbelés de l'artiste, sa fondation à Barcelone réunit un panorama impressionnant de son œuvre. Un beau lieu pour une visite posthume. Au cœur même de la cité qui l'a vu naître, commencer à peindre et mourir.
Antoni Tapiès, Rinzen, installation, 1992-93. MACBA. Copyright Céline Piettre.

Vas-y (drôle de titre qu‘on se dit) n'est pas seulement un livre d'art, un livre sur l'art. C'est une utopie. Un saut dans le vide avec réception incertaine. Un élan d'art partagé entre un auteur en herbe (journaliste de profession), un peintre possédé par Dubuffet (si, si!), et un graphiste amoureux du papier et des typographies délicates.
Une utopie? Parce que les artisans de ce projet tricéphale, Théophile Pillault (la plume), Thomas Labarthe (le pinceau ou la truelle) et Renaud Paumero (la souris), se sont enfermés deux mois dans une galerie à Marseille, à ne rien faire d'autre que ça. Ce projet-livre. Sans savoir comment ça allait finir. Si même ça allait finir. Quelle insolence (et pendant ce temps il y a des gens qui triment!). Quelle belle indécence. Qui a dit que le XXe siècle avait sonné la mort des idéologies?
Vas-y est un anachronisme. Un beau livre à l'ancienne, reliure à la suisse, finition parfaite (et même pas de fautes de typo, diantre!). Des doubles pages qui fleurent bon la cellulose, et qui exhaleront leurs arômes en vieillissant. Quant au travail pictural de Toma-L, entre art de rue-intello à la Basquiat et expressionnisme abstrait, où le geste, ample, impacte avec violence la toile, on ose pas y croire tellement il semble à rebours de la tendance actuelle. Ou alors peut-être, quand on voit le succès du musée d'art brut à Lille (le Lam), en plein dedans justement?
Vas-y n'en finit pas avec ses contradictions. Déconnecté, il ne l'est pas tout à fait. Derrière ses airs vintage se cachent un site internet, une bande son créée pour l‘occasion, un documentaire de 55 minutes sur la genèse du projet. A la fois totalement désuet et ouvert au virtuel. Le livre se prolonge en dehors de lui-même - c'est bien connu, le confinement nuit fortement à la conservation du papier.
L'assortiment est improbable donc, grand écart entre passé et futur. Vas-y est freak, un tantinet naïf et décalé. C'est ce qu'on aime. Chaque propriétaire du livre a le droit à un morceau de peinture de 10x10 cm signé par l‘artiste. Le mien est presque blanc, avec un trait noir, et quelques poils. Un micro-paysage, silencieux, chargé d'un peu de son environnement. Et comme le dit Théophile Pillault, qui se débrouille plutôt pas mal dans son rôle de poète en intérim : « Vois nos encres. Poses-y tes mots, tes sentiments. Donne vie aux bêtes, peuple nos mondes et songe à leurs dialogues. Il y a tellement à voir, ils ont tellement à dire. » Après tout, créer - un livre, une toile, une mélodie - c'est peut-être aussi simple que ça.

La prochaine exposition de l'artiste japonais Takashi Murakami, qui s'ouvre le 9 février à Doha (la capitale du Qatar), est à la (dé)mesure de sa carrière. Colossale - plus de soixante œuvres, dont une peinture de 100m de long qui encercle les 7000 m2 du Al-Riwaq Exhibition Hall du Musée des arts d'Islam. Autant colorée et extatique que faussement débonnaire - les fleurs côtoient les monstres. Et aussi modeste qu'un jéroboam de Dom Pérignon millésimé emballé dans un tapis persan. Avec vue sur la mer en prime.
Expo-blockbuster
Le lieu (sérieux concurrent de Dubaï), le titre (Murakami-Ego), le commissaire (Massimiliano Gioni, futur directeur de la Biennale de Venise 2013), la vocation rétrospective de l'ensemble, tout concourt à faire de cette exposition un événement. La scénographie a d'ailleurs des allures de parc à thème ou d'attraction, de métropoles clignotantes. Chapiteau-écran de cinéma, animation numérique, toiles et piédestaux monumentaux. Et pour la placer d'emblée sous le signe de l'égo qu'elle met justement en scène, le portrait gonflable de Murakami accueille le visiteur. Ce dernier entre de plain-pied dans l'univers de l'artiste, encore plus outrancier, plus boursoufflé qu'à son habitude.
De la finesse dans un monde de brute?
Les contempteurs de Murakami vont s'en donner à cœur joie. L'exposition réunit tout ce qu'il y a de pire chez le créateur-entrepreneur : du cher, du gros, du voyant, du kitch. Mais de meilleur aussi: une forme d'art-divertissement épicé au wasabi, trempé dans une ironie juteuse, assaisonné d'autodérision, qui s'avale trop vite et se digère mal. C'est-ce que veut l'artiste justement, par son esthétique « kawaï » (mignon) nourrie aux mangas : exhiber une monde globalisé, consumériste et obsessionnel. L'exposition est un furoncle prêt à exploser. La bulle-symptôme d'une psychose hallucinogène collective.
Takashi Murakami fait son beurre (rance) de notre débauche contemporaine. Et on peut lui reprocher à raison, comme à un Jeff Koons ou à un Maurizio Cattelan, de pousser le bouchon un peu trop loin (jusqu'au Qatar!) et d'en tirer d'indécents bénéfices. Mais on oublie aussi, souvent, d'apprécier la finesse de certains aspects de son travail. Chez Murakami, il y a plusieurs couches. Sous l'épiderme, superficiel, le derme de l'œuvre se fait délicat et plus dense. Une fois découvert, on s'étonne de sa maîtrise des techniques traditionnelles japonaises comme la peinture à la feuille d'or sur âme de bois. On reconnaît enfin ses références érudites au Bouddhisme, au cinéma occidental et à l'art de Ogata Kôrin. En grattant encore un peu, on prend la mesure de son engagement envers la jeune création japonaise (à qui il consacre une partie des revenus de son atelier-entreprise).
Et qu'on soit millionnaire qatari ou simple amateur d'art, on devrait sortir de l'exposition de Doha un peu sonné, nauséeux et une peur douceâtre au ventre, comme après un tour de grand huit sans ceinture de sécurité.
Takashi Murakami, Tan Tan Bo Puking - a.k.a. Gero Tan, 2002. Acrylique surtoile montée sur bois. 360 x 720 x 6,7 cm (4 panneaux). Unique. Courtesy Galerie Perrotin.
Posé nonchalamment contre le mur de la galerie Bugada et Cargnel, le parallélépipède rectangle noir-charbon d'Etienne Chambaud, fac-similé du fameux monolithe de Stanley Kubrick - celui de 2001 : l'odyssée de l'espace bien sûr - aspire le regard. Avec sa silhouette minimale et énigmatique, il est le centre de gravité de la superbe exposition « I should learn to look at an empty sky and feel its total dark sublime », présentée jusqu'au 10 mars rue Rebeval, et qui réunit, pour un deuxième volet, une sélection d'œuvres contemporaines en lien avec l'art abstrait. 
Singeries
La petite histoire de ce monolithe version arts plastiques commence en 2005 au Zoo de Mulhouse. L'artiste installe son « décor » dans l' « arène des macaques », le confrontant ainsi, comme dans le film de Stanley Kubrick, à un groupe de primates. La scène est retranscrite en direct au Centre d'art de Lausanne. Diffusée en streaming, donc sans enregistrement vidéo, la performance ne dure que le temps de l'exposition suisse, soit quelques mois. Le monolithe présenté aujourd'hui chez Bugada et Cargnel en est l'unique vestige.
Contrairement à ce qu'il se passe dans le film de Kubrick, sa présence n'a évidemment que peu d'effets sur la communauté de singes. Aucune révélation ni salut n'en découle - rappelons que dans 2001 l'apparition du bloc mystérieux semble être à l'origine de la découverte de l'outil par les primates et permet, en même temps que la survie du groupe, leur entrée dans l'humanité. Réactivée dans le réel, l'expérience cinématographique est profondément déceptive. Par ce déplacement, la raison, la technique, le progrès, la transcendance - que symbolise tout à la fois le monolithe kubrickien - sont mis en échec. Pas besoin, comme chez Kubrick d'attendre la fin du film. Ici, l'humanité montre d'emblée ses contradictions. Le sample les amplifie. La citation crée une atmosphère tantôt burlesque, tantôt apocalyptique.
Abrégé de l'art abstrait
Mais le monolithe expatrié garde son aura intacte. Objet étrange, hors du monde, il continue de fasciner même dans l'espace aseptisé de la galerie d'art. On peut y voir une réflexion sur la captivité (avec le zoo comme domicile temporaire) ou la mort des idéologies : connaissance, progrès, bien et mal, histoire de l‘art et des formes - le monolithe n'est-il pas aussi une stèle ? On pourrait aussi gloser sur les liens entre l'art minimal et le cinéma de Kubrick. Or ce qui nous intéresse ici, c'est le caractère « insaisissable » de cette forme pure; sa résistance à l'entendement. Dans cette exposition, le monolithe fonctionne comme un haïku dédié à l'art abstrait. Un petit poème visuel qui trace, avec seulement quelques angles et des lignes droites, un autre espace, métaphysique. Monochrome, sculpture, allégorie, équation géométrique, livre-écran, totem ou trou noir, le Troupeau du dehors est d'abord une énigme. Révélée par la couleur sombre, la lumière y glisse sur la surface, écho à l'aube crépusculaire des premières minutes de l'odyssée kubrickienne.
Etienne Chambaud, Le Troupeau du dehors, 2004. Peinture sur aluminium. 200 x 90 x 25 cm. Pièce unique. Courtesy Galerie BUGADA & CARGNEL © Martin Argyroglo

Depuis quelques heures, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Notre précieuse Joconde nationale aurait trouvé sa sœur jumelle en une copie quasi identique exhumée des réserves du Musée du Prado. Certainement réalisée par un des proches disciples de Léonard de Vinci, Andrea Salai (son amant) ou Francesco Melzi, elle se démarque des nombreuses répliques déjà existantes. D'abord par la date de son exécution, contemporaine de l'originale (1505). Par son exceptionnel état de conversation ensuite, qui nous donne une idée de l'éclat de Mona Lisa dans la fleur de l'âge. Et enfin, par la très grande proximité entre les deux toiles - même les dessins sous-jacents, examinés grâce aux techniques de réflectographie infrarouge, sont similaires. Cela à quelques exceptions près, la petite dernière étant peinte sur du noyer et non sur du peuplier, une rareté dans l'Italie florentine du XVIe siècle.
C'est sa restauration récente par le musée madrilène qui, en révélant le paysage de l'arrière plan dissimulé jusqu'alors sous un fond noir datant du XVIIIe siècle, a mis le feu aux poudres justement, propulsant le tableau en haut des charts des copies connues. La Mona Lisa espagnole devrait bientôt rencontrer sa grande sœur au Musée du Louvre, à l'occasion de l'exposition consacrée au maître toscan en mars prochain. Sa découverte pourrait aussi relancer le débat houleux autour de l'éventuel « nettoyage » de la toile française, dont les pigments jaunis par le temps gênent, pour certains conservateurs, la lisibilité de l'œuvre. Les détails du jabot et du voile sont d'ailleurs observables pour la première fois sur la version dupliquée, beaucoup plus lumineuse.
Quoiqu'il en soit, finie l'exclusivité. La Joconde parisienne n'est plus seule. Son double sonnera peut-être la fin de la jocondophilie (brillamment moquée par Jean Margat en 1959 dans son Traité de Jocondoclastie) et qui a rempli les salles et les caisses du Musée du Louvre. Car à tort ou à raison, éminente trouvaille scientifique ou pâle reproduction, la Mona Lisa ibérique risque de devenir une curiosité touristique à haut pouvoir attractif...
La Joconde du Musée du Louvre (à gauche) et La Joconde du Musée du Prado (à droite). Courtesy afp.com/Jean-Pierre Muller-Javier Sorian
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