
Jeune micro-maison d'édition indépendante basée à Rennes et pilotée en solo par un éditeur tout aussi jeune, Bartolomé Sanson, Kaugummi (« chewing gum » en allemand) publie depuis 2005 livres d'artistes, magazines et disques à quelques dizaines d'exemplaires seulement, vendus à un prix peu élevé.
Une des dernières parutions, Dream Sequence de Felicia Atkinson (24 pages, 10 euros), se présente comme un livret de dessins imprimés sur papier calque, format à l'italienne, où les tracés au crayon se superposent comme les impressions mêlées du rêve. Kaugummi fait le pari d'un objet éditorial modeste et rapidement parcouru, mais qui tire de sa simplicité même une poésie de l'instant.
Le semestriel Kaugummi Magazine permet de se faire une petite idée de l'enjeu d'une telle entreprise éditoriale : publier et diffuser les œuvres graphiques ou photographiques d'artistes jeunes (parmi lesquels Frédéric Fleury, Philippe Gerlach, Ann & Leylagoor, Marlene Marino, Kerozen...), mettre en regard des œuvres qui revendiquent la non-spectacularité et réunir des artistes dans une sorte de communauté esthétique. Le numéro 5, sous-titré « day » from sunrise ton sunset, propose au fil des pages, sans texte aucun, un kaléïdoscope photographique de sensations visuelles, de la chaleur des draps du matin à la lumière d'un réverbère dans un pare-brise de voiture, en passant par la torpeur de midi à l'ombre des feuillages, ou le temps du repos, un livre coincé sous le coude.
Si les imprimés sont principalement consacrés à la photographie et au dessin, les disques publiés par le label Kaugummi font la part belle à l'expérimentation musicale, doublée d'une conception originale de l'objet lui-même. Ainsi le disque Anna's Present du duo Folle Eglise inclut une photographie trouvée, une plume et une cordelette...
L'aventure éditoriale se poursuit sur le web avec le blog de Kaugummi, consacré aux pratiques artistiques alternatives, et où l'on découvre quelques perles, comme ces dessins de Suzanne Sattler, ou les photos d'Erin Jane Nelson.
Le site des éditions Kaugummi
Ill. Pages de Kaugummi Magazine n°5 © Kaugummi

Michael Dell, fondateur de Dell Computers, vient d'acquérir par l'intermédiaire de sa société d'investissement MSD Capital une partie des archives photographiques de la célèbre agence Magnum, fondée en 1947 par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Soit les 200 000 tirages de presse originaux qui constituent les archives du siège new-yorkais de Magnum. Si on ne connaît pas le montant exact de la transaction, celui de l'assurance, estimé à 100 millions de dollars, donne une idée de la somme engagée.
Après la faillite de Gamma il y a quelques mois à Paris, et la cessation des activités de l'agence de photojournalisme L'Œil public, c'est donc un monument de l'histoire de la photographie du XXe siècle qui commence à s'effriter.
Parmi les photographes représentés dans le fonds d'archives figurent Henri Cartier-Bresson, René Burri, Eliott Erwitt, Eve Arnold ou Dennis Stock. Michael Dell, qui a lancé sa société d'informatique en 1983 à l'université du Texas, à Austin, a choisi de confier les archives au Ransom Center de l'université, où elles seront cataloguées et rendues accessibles aux chercheurs et au public. Elles viendront enrichir une collection de photographies déjà exceptionnelle, qui compte en particulier ce que l'on considère comme la première photographie de l'histoire, d'une valeur inestimable, une vue de toits sur feuille bitumée de Nicéphore Nièpce, intitulée Le Point de vue du Gras et datée de 1827.
Le site de l'agence Magnum
Le site du Ransom Center de l'université du Texas
Photo : Martin Luther King, Bob Adelman/Magnum Photos

74,2 millions d'euros : c'est ce que vous auriez eu à débourser hier chez Sotheby's à Londres pour acquérir L'Homme qui marche I, sculpture en bronze de Giacometti estimée entre 13,7 et 20,6 millions d'euros. Multipliant presque par quatre son estimation la plus élevée, ce nouveau record pour la vente publique d'une œuvre d'art succède donc à celui obtenu en 2004 chez Sotheby's à New York pour le Garçon à la pipe de Picasso, qui changea de mains pour environ 66,4 millions d'euros.
L'enchère aura duré en tout et pour tout huit minutes, et mis en concurrence dix acheteurs potentiels livrés à une lutte acharnée, avant d'être adjugée à « un enchérisseur anonyme au téléphone », comme c'est très souvent le cas. L'œuvre, qui appartient à la fameuse série de L'Homme qui marche de Giacometti, inspiré de celui de Rodin, a été fondue par l'artiste lui-même en 1961 et appartenait à la banque allemande Dresdner Bank, propriété de la Commerzbank.
Le climat est plutôt au beau fixe donc pour les ventes d'art moderne et impressionniste qui se déroulent actuellement à Londres, avant l'art contemporain la semaine prochaine. Kirche in Cassone, paysage de Klimt restitué à l'héritier d'un collectionneur viennois spolié pendant la guerre, Victor Zuckerkandl, s'est vendu hier pour 30,7 millions d'euros (loin, certes des 135 millions de dollars du Portrait d'Adèle Bloch-Bauer du même artiste, cédé en vente privée en 2006). Mardi, c'est un portrait de Jacqueline, Tête de femme, de Picasso, qui s'est vendue chez la maison concurrente Christie's pour 9,3 millions d'euros, somme deux fois supérieure aux estimations.
A consulter :
. le catalogue de la vente d'art moderne et impressionniste chez Sotheby's du 3 février
. le catalogue de la vente d'art contemporain chez Sotheby's du 11 février
Ill. Alberto Giacometti, L'Homme qui marche I, 1961, courtesy Sotheby's London
« Pendant que la lumière focalise

Claude Closky, Do you want love or lust?, Artists' Web Projet, Dia Art Foundation, New York (www.diaart.org)
L'artiste britannique d'origine indienne Anish Kapoor, lauréat du Turner Prize en 1991, est en passe de remporter la compétition pour le monument commémoratif des Jeux Olympiques de 2012 à Londres, face à son compatriote Antony Gormley. Le résultat définitif du concours sera connu début mars.
Une spirale de plus de 120 mètres de haut devrait être construite dans le parc olympique. Estimé à 15 millions de livres (environ 17,3 millions d'euros), le monument sera financé par Lakshmi Mittal, le magnat indien de l'acier (et homme le plus riche résidant en Grande-Bretagne), sur une suggestion du maire de Londres, Boris Johnson.
La spirale conçue par Anish Kapoor, artiste connu pour ses œuvres monumentales et organiques, devrait être une structure d'acier asymétrique, ressemblant à un amas d'anneaux brisés entrelacés. Illuminée la nuit, elle fera écho à l'Aquatics Center conçu par l'architecte Zaha Hadid à proximité. À l'intérieur, des ascenseurs permettront aux visiteurs une vue panoramique sur Londres. Un restaurant est également prévu.
La galeriste new-yorkaise d'Anish Kapoor, Barbara Gladstone, compare déjà l'œuvre à la tour Eiffel (qui mesure plus de 300 mètres), comme prouesse technologique et symbole d'optimisme. On peut aussi ajouter qu'elle sera un symbole de la réussite financière de Lakshmi Mittal, dont la fortune est estimée aujourd'hui à 14 milliards d'euros.
Photo : Anish Kapoor, Marsyas, 2002, The Unilever Series, installation à la Tate Modern, Londres. Photocredit : Marcus Leith and Andrew Dunkley © Tate Photography
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