Fils de miniaturiste, Antoine-Jean Gros entre à l’âge de quatorze ans dans l’atelier de
David, et étudie à l’Académie. Peu attiré par le néo-classicisme pur et dur, il préfère
Rubens et, par une certaine violence dans les attitudes de ses personnages, est très « baroque » pour son époque.
En 1793, Gros quitte le Paris révolutionnaire, pour séjourne huit ans en Italie. Là, il réalise des compositions dont les sujets illustrent le courant préromantique, notamment sur le thème d’Ossian, et exécute des portraits de membres de la société génoise. Fin 1796, il fait la connaissance de Bonaparte, et peint Bonaparte au pont d’Arcole, avant d’être nommé par son nouveau protecteur adjoint de la commission chargée de choisir les œuvres d’art à envoyer en France.
Gros ne retourne à Paris qu’en 1801, et expose au Salon : l’esquisse pour
La Bataille de Nazareth, d’un grand souffle, fait scandale. Trois ans plus tard, le peintre devient célèbre grâce à Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa : le thème héroïque emprunté à l'histoire contemporaine, le réalisme anatomique et ethnique, l’éclairage contrasté, la couleur toute vénitienne, le décor de mosquée (une des premières manifestations de l'orientalisme au XIXe siècle) placent l'œuvre au seuil de la peinture romantique et moderne.
La Bataille d’Eylau, en 1808, est une autre œuvre majeure, réalisée d’après un programme précis, pour montrer le geste magnanime de Napoléon visitant le champ de bataille au lendemain du combat : le visage pâle de l’empereur et le réalisme des morts et des blessés enthousiasment toute la jeune génération romantique. Parallèlement à ces scènes de bataille, Gros multiplie les portraits de dignitaires de l’Empire.
Les tableaux que l’artiste expose après la chute de Napoléon n’auront pas le même degré d’actualité et témoignent d’un nouvel académisme : Gros prend la défense de la doctrine pure de David, mais sa puissance d’invention diminue au profit d’un certain maniérisme.
Nommé baron par le roi Charles X, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts et membre de l’Institut, Antoine-Jean Gros se noie dans la Seine en 1835, amer aux critiques du dernier tableau,
Hercule et Diomède, qu’il expose au Salon cette année-là.
Quelques œuvres majeures :Bonaparte au pont d’Arcole (1796, musée du château de Versailles)
Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1804, Paris, musée du Louvre)
La Bataille d’Aboukir (1806, musée du château de Versailles)
La Bataille d’Eylau (1808, Paris, musée du Louvre)
La Bataille des Pyramides (1810, musée du château de Versailles)
Joachim Murat, roi de Naples (1812, Paris, musée du Louvre)
Bacchus & Ariane (1822, Ottawa, Museum of Fine Arts)
Coupole du Panthéon (1811-1824)
Hercule et Diomède (1835, Toulouse, musée des Augustins)