Après des études entreprises à l'école des beaux-arts de Kazan (entre 1910 et 1914 – où il découvre l’Art nouveau) puis à l'école des arts appliqués de Moscou (où il fréquente le cercle des cubo-futuristes dont Victor Tatline), Alexandre Rodtchenko décide de se lancer comme artiste. A ses débuts, il s’inspire du futurisme (en 1914, il participe à une soirée futuriste avec de Vladimir Vladimirovitch Maïakovski…), puis très vite crée son propre style : un art très marqué par la géométrie. Au moment de la première guerre mondiale, il tend vers le Constructivisme (ex. le
Café pittoresque, 1917). Il peint de nombreuses huiles sur toile – la plupart sont intitulées
Composition – et crée des constructions suspendues avec des matières particulièrement fragiles.
Lors de la Révolution de 1917, Alexandre Rodtchenko engage politiquement son art. Il anime la Fédération de gauche du syndicat des peintres, participe à la revue
LEF (il illustre notamment les couvertures) et réorganise la section des arts décoratifs à l'IZO. En 1918, Alexandre Rodtchenko rencontre
Vassili Kandinsky et participe avec lui à la création du musée de la Culture artistique de Moscou (inauguré en 1925).
Alexandre Rodtchenko peint ses trois derniers tableaux en 1921 ; il s’agit de trois monochromes intitulés
Noir,
Rouge et
Jaune. En 1923, il affirme que la peinture sur chevalet est devenue obsolète ; il décide alors de se tourner vers des pratiques plus « technologiques ». En 1924, il déclare que la photographie est le médium le mieux adapté à son époque (la peinture est jugée encombrante inutile aux masses et peu pratique car unique). Il ne retravaille jamais ses photographies en laboratoire mais opère de savants cadrages (parfois, il use de grands angles pour donner des effets de perspectives – ex. La Scierie).
Alexandre Rodtchenko se penche sur des perspectives audacieuses et inaccoutumées. Il crée d’étonnantes vues en plongée (vues depuis un toit, « vues d’oiseau », ex.
La Rue Miosmitskaïa) et contre-plongée (vues du sol, « vues de grenouille », ex.
Echelle de secours). Les clichés de sa série des « Pionniers » font partie de ses plus célèbres vues en contre-plongée ; Alexandre Rodtchenko parvient à procurer à ces visages en raccourci une impression d’avenir radieux.
La Jeune femme au Leica (1934) est l’une de ses photographies les plus réussies. Un Leica dans les mains (Alexandre Rodtchenko utilise cet appareil depuis 1929), une femme attend assise dans un parc. L’espace est dissymétrique, marqué par des jeux de diagonales se croisant, des contrastes entre des éléments clairs et d’autres plus sombres. Tout prend gagne ainsi une dimension monumentale.