D'un combat de trente années, je suis sorti vainqueur. J'ai libéré l'humanité de l'ornement superflu. ”
Après des études menées à l’Ecole royale des arts et métiers de Reichenberg, puis d’architecture à l’Institut universitaire technique de Dresde, Adolf Loos entreprend un séjour aux États-Unis (1893-1896) où il a l’occasion de découvrir les avenues new-yorkaises, de visiter l’Exposition universelle de Chicago (1893) et d’apprécier le style fonctionnel de Louis Sullivan. De retour à Vienne, il s’oppose radicalement à la volubilité des adeptes de la Sécession viennoise (proches de l’Art nouveau) et prône un style « sans style » : fonctionnel, épuré et fondé sur la géométrie. La véritable beauté ne lui semble pas résider dans les ornements mais dans les rapports que les volumes entretiennent entre eux.
Précurseur de l’architecture moderne, ses idées radicales reçoivent un large échos grâce à son enseignement (
Richard Joseph Neutra et
Rudolf Michael Schindler sont ses élèves les plus connus), son journal
L’Autre (destiné à introduire et promouvoir la culture occidentale en Autriche), ainsi que son pamphlet
Ornement et crime (1908, rediffusé dans la revue
L'esprit Nouveau, dirigée par
Le Corbusier). Hors de son temps, son art puriste ne laisse personne indifférent. Quelques uns l’admirent, beaucoup le décrient. Suite à son intervention consistant à éliminer toute décoration superflue, le Café Museum (1889) ne tarde pas à être rebaptisé, par bon nombre de Viennois heurtés, le « Café Nihilismus ». Son immeuble Michaelplatz (1910), aux fenêtres dépourvues d’encadrement, est affublé du surnom de « maison sans sourcils »… Ses deux constructions les plus radicales sont les villas Steiner et Scheu (1910-1912). Construites en béton armé, elles prennent l’apparence de deux cubes blancs, ne supportent aucun habillage et poussent la réduction formelle jusqu’à la suppression de l’articulation entre le corps de logis et le toit.
Suite à la chute de l’Empire austro-hongrois, le parti social démocrate prend le contrôle de Vienne et souhaite répondre à la pénurie de logements (plan « Vienne la Rouge »). Adolf Loos se voit confier la direction de l’Office des cités ouvrières et formule un projet de création d’unités d’habitation. Malheureusement pour lui, ses propositions ne sont pas retenues. Adolf Loos est dégoûté et décide de s’installer à Paris en 1922. Sur place, il a l’occasion de s’exprimer lors de cours a la Sorbonne et continue de réaliser des plans de villas pour quelques artistes reconnus : notamment
Tristan Tzara (maison construite entre 1925 et 1926) et Joséphine Baker (habitation non réalisée, initialement prévue avec un revêtement de marbre rayé de blanc et de noir).